‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 182 sur 436 · Pensées, VII · texte numérisé non relu

Pensées, VII

[An 174) MARC-AURÊLE. Î71

sous lesquelles il cherche à se représenter la vanité de toute chose1, ces preuves souvent naïves de l'universelle frivolité, témoignent des combats qu'il eut à livrer pour éteindre en lui tout désir. Parfois il en résulte quelque chose d'âpre et de triste; la lecture de Marc-Aurèle fortifie, mais ne console pas ; elle laisse dans l'âme un vide à la fois délicieux et cruel, qu'on n'échangerait pas contre la pleine satisfaction. L'humilité, le renoncement, la sévérité pour soi-même n'ont jamais été poussés plus loin. La gloire, cette dernière illusion des grandes âmes, est réduite à néant. Il faut faire le bien sans s'inquiéter si personne le saura. Il voit que l'histoire parlera de lui ; mais de combien d'indignes ne parle-t-elie pas * ? L'absolue mortification où il était arrivé avait éteint en lui jusqu'à la dernière fibre de l'amourpropre. On peut même dire que cet excès de vertu lui a nui. Les historiens l'ont pris au mot. Peu de grands règnes ont été plus maltraités par l'historiographie. Marius Maximus et Dion Gassius parlèrent de Marc avec amour, mais sans talent; leurs ouvrages, d'ailleurs, ne nous sont parvenus qu'en lambeaux, et nous ne connaissons la vie de l'illustre

\. Voir surtout Pensées,VI, 43, et aussi VIII, 24, 37; IX, 36;

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