V. ci-dessus, p. 185 et suiv., 182 et suhr
372 ORIGINES DU CHRISTIANISME. \ An 178]
futer1. L'effet du livre fut donc très peu étendu. Au ive siècle, Hiéroclès et Julien s'en servirent et le copièrent presque ; mais il était trop tard. Gelse n'enleva probablement pas un seul disciple à Jésus. Il avait raison au point de vue du bon sens naturel ; mais le simple bon sens, quand il se trouve en opposition avec les besoins du mysticisme, est bien peu écouté. Le sol n'avait pas été préparé par un bon ministère de l'instruction publique. Il faut se rappeler que l'empereur n'était pas lui-même exempt de toute attache au surnaturel; les meilleurs esprits du siècle admettaient les songes médicaux et les guérisons miraculeuses dans les temples des dieux. Le nombre des rationalistes purs, si considérable au 1er siècle, est maintenant très restreint. Les esprits qui, comme le Caecilius de Minucius Félix, avouent une sorte d'athéisme, n'en tiennent que plus énergiquement pour le culte établi *« Dans la seconde moitié du 11e siècle, nous ne voyons réellement qu'un seul homme qui, étant supérieur à toute superstition, eût bien le droit de sourire de toutes les folies hu-
4. Orig., Contre Celse, préf., 3, 5. Les allusions à Celse qu'on a cru remarquer dans Minucius Félix et dans Tertullien ne prouvent pas que ces derniers eussent lu dans l'original l'écrit même de Celse.
2. Octamus, 5, 7. V. ci-après, p. 393 et suiv. Cœcilius, d'ailleurs, admet les prédictions (§ 7)
mai nés et de les prendre également en pitié. Cet homme, l'esprit à la fois le plus solide et le plus charmant de son temps, c'est Lucien.
Ici plus d'équivoque. Lucien rejette absolument le surnaturel *. Gelse admet toutes les religions; Lucien les nie toutes \ Celse se croit consciencieusement obligé d'étudier le christianisme dans ses sources; Lucien, qui sait d'avance à quoi s'en tenir, n'en prend qu'une notion très superficielle. Son idéal est Démonax 3, qui, à l'inverse de Gelse, ne fait pas de sacrifices, ne s'initie à aucun mystère, n'a d'autre religion qu'une gaieté et une bienveillance universelles.
Cette entière différence dans le point de départ fait que Lucien est bien moins éloigné des chrétiens que ne l'est Gelse. Lui qui aurait mieux que personne le droit d'être sévère pour le surnaturel des nouveaux sectaires, car il n'admet aucun surnaturel, se montre, au contraire, par moments, assez indulgent pour eux. Gomme les chrétiens, Lucien est un démolisseur du paganisme, un sujet résigné, mais non affectionné de Rome. Jamais, chez lui, une inquiétude patrio-