‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 285 sur 436 · Malth., xvih · texte numérisé non relu

Malth., xvih

lors domine l'individu, le chasse au besoin de son sein. Bientôt l'Eglise, corps instable et changeant, se personnifie dans les anciens ; les pouvoirs de l'Église deviennent les pouvoirs d'un clergé dispensateur de toutes les grâces, intermédiaire entre Dieu et le fidèle. L'inspiration passe de l'individu à la communauté. L'Église est devenue tout dans le christianisme ; un pas de plus, l'évêque devient tout dans l'Église. L'obéissance à l'Église, puis à l'évêque, est envisagée comme le premier des devoirs ; l'innovation est la marque du faux ; le schisme sera désormais pour le chrétien le pire des crimes 4.

Ainsi l'Église primitive eut à la fois l'ordre et l'excessive liberté. Le pédantisme de la scolastique était encore inconnu. L'Église catholique acceptait vite les idées fécondes qui naissaient chez les hérétiques, en retranchant ce qu'elles avaient de trop sec • taire. La spontanéité de la théologie dépassait tout ce qui s'est vu plus tard. Sans parler des gnostiques, qui poussent la fantaisie aux dernières limites, saint

4. Irénée, III, iv; xxiv, 4. Voir surtout saint Gyprien, Épîtres, S, 3, 4, 43, 45, 48, 56, 57, 59, 63, 65, 66, 67, 72, 73. Notez rcâvra p'voç aÛTo; ûv dans le Peregrinus de Lucien, §14. Le mot Xomo'c se trouve pour la première fois dans l'épltie de Clément, ch. xl; puis dans l'epître pseudo-clémentine à Jacques, § 5. Cf. Glém. d'Alex., Slrom., III, 42 (p. 499); V, 6 (p. 240), etc. Quant au mot xWipo;, il a le sens d* « ordre », et il a été opposé à Xauw'ç, comme ordo (sous-entendu nobilissimus) a été opposé à plebs.

rAn 179] MARC-AURÈLE. 409

Justin, l'auteur des Reconnaissances > pseudo-Hermas, Marcion, ces innombrables maîtres apparaissant de toutes parts, taillent en plein drap, si l'on peut s'exprimer ainsi ; chacun se fait une christologie à sa guise. Mais, au milieu de l'énorme variété d'opinions qui remplit le premier âge chrétien, se constitue un point fixe, l'opinion de la catholicité. Pour convaincre l'hérétique, il n'est pas nécessaire de raisonner avec lui. Il suffit de lui montrer qu'il n'est pas en communion avec l'Église catholique, avec les grandes Églises qui font remonter leur succession d'évêques jusqu'aux apôtres1. Quod semper, quod ubique devient la règle absolue de vérité. L'argument de prescription, auquel Tertullien donnera une forme si éloquente, résume toute la controverse catholique. Prouver à quelqu'un qu'il est un novateur, un tard venu dans la théologie, c'est lui prouver qu'il a tort. Règle insuffisante, puisque, par une singulière ironie du sort, le docteur même qui a développé cette méthode de réfutation d'une façon si impérieuse est mort hérétique !

La correspondance entre les Églises fut de bonne heure une habitude 2. Les lettres circulaires des

4. Irénée, III, iv, 4 ; Tertullien, Prœscr., 36. 2. Se rappeler l'affaire du montanisme et de la pâque. Voir surtout Eusèbe, H, E., V, cb. xxy.

440 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 179J

chefs des grandes Églises, lues le dimanche à la réunion des fidèles, étaient une continuation de la littérature apostolique1. L'église, comme la synagogue et la mosquée, est une chose essentiellement citadine. Le christianisme (on en peut dire autant du judaïsme et de l'islamisme) sera une religion de villes, non une religion de campagnards. Le campagnard, le paganus, sera la dernière résistance que rencontrera le christianisme. Les chrétiens campagnards, très peu nombreux, venaient à l'église de la ville voisine \

Le municipe romain devint ainsi le berceau de l'Église. Gomme les campagnes et les petites villes reçurent l'Évangile des grandes villes, elles en reçurent aussi leur clergé, toujours soumis à l'évêque de la grande ville. Entre les villes, la civitas a seule une véritable Église, avec un épiscopos ; la petite ville est dans la dépendance ecclésiastique de la grande3. Cette primatie des grandes villes fut un fait capital. La grande ville une fois convertie, la petite ville et la campagne suivirent le mouvement. Le diocèse4 fut ainsi l'unité originelle du conglomérat chrétien.

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