Vulcatius Gallicanus, A vid
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empoisonnèrent son intérieur ; car Faustine appuya la résistance de sa fille, et ce fut un des motifs qui la jetèrent dans l'opposition contre son mari1.
Si Marc-Àurèle n'avait uni à sa bonté un rare degré de sens pratique, son engouement pour une classe de personnes, qui ne valait pas toujours ce que sa profession faisait supposer, l'eût entraîné à des fautes. La religion a eu ses ridicules; la philosophie a eu les siens. Ces gens qui couvraient les places publiques, armés de gourdins, étalant leurs longues barbes, leurs besaces et leurs manteaux râpés, ces cordonniers, ces artisans qui abandonnaient leur échoppe pour mener la vie oisive du cynique mendiant, excitaient chez les gens d'esprit la même antipathie qu'excita plus tard dans la bourgeoisie bien élevée le capucin vagabond2. Mais, en général, malgré le respect un peu exagéré qu'il avait a priori pour le costume des philosophes, Marc- Aurèle portait dans le discernement des hommes un tact fort juste 3. Tout le groupe des sages qui se
4 . Capitolin, Ant. Phil., 20. Voir mes Mèl. d'hist., p. 1 93, 1 94. C'est à tort qu'on a mêlé Faustine à la conspiration d'Avidius. Mèl., p. 184 et suiv.
2. Lucien, Bis accus., 6; Dem.,19, 48; Piscator, 45; Fugitivi, 12-22; Épictète, Dissert., III, xxn, 50, 80; Aulu-Gelle,IX, 2.
3. La même distinction était délicatement observée par Épictète. Dissert., III, xxn ; IV, vin, xi.
40 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 161]
serraient autour du pouvoir présentait un aspect très vénérable; l'empereur les envisageait moins comme des maîtres ou des amis que comme des frères, qui lui étaient associés dans le gouvernement. Les philosophes, comme l'avait rêvé Sénèque, étaient devenus un pouvoir de l'État, une institution constitutionnelle en quelque sorte, un conseil privé dont l'influence sur les affaires publiques était capitale.
Ce curieux phénomène, qui ne s'est vu qu'une fois dans l'histoire, tenait certainement au caractère de l'empereur; mais il tenait aussi à la nature de l'empire et à la conception romaine de l'Etat, conception toute rationaliste, où ne se mêlait aucune idée théocratique. La loi était l'expression de la raison; il était donc naturel que les hommes de la raison arrivassent un jour ou l'autre au pouvoir. Comme juges des cas de conscience, les philosophes avaient un rôle en quelque sorte légal l. Depuis des siècles, la philosophie grecque faisait l'éducation de la haute société romaine : presque tous les précepteurs étaient Grecs; l'éducation se faisait toute en grec*. La Grèce ne compte pas de plus belle victoire que celle qu'elle
\. Aulu-Gelle, XIV, 2. On en a des exemples même sous Domitien, Corresp. de Pline et de Trajan, lviii (lvi), affaire d'Archippe.
2. Quintilien, I, i, 3; Lucien, De mercede conductis, 24, 40.
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remporta ainsi par ses pédagogues et ses professeurs1. La philosophie prenait de plus en plus le caractère d'une religion ; elle avait ses prédicateurs, ses missionnaires % ses directeurs de conscience, ses casuistes3. Les grands personnages entretenaient auprès d'eux un philosophe familier, qui était en même temps leur ami intime4, leur moniteur, le gardien de leur âme5. De là une profession qui avait ses épines et pour laquelle la première condition était un extérieur vénérable, une belle barbe, une façon de porter le manteau avec dignité \ Rubellius Plautus eut, dit-on, près de lui « deux docteurs en sagesse »,
Notez surtout la colère de Juvénal contre les Grecs qui écrasent la littérature latine et font de Rome « une ville grecque », où les Romains meurent de faim. [Sat., m, etc.)