CHAPITRE XXVII
Le 5 août 178, le saint empereur quitta Rome1 pour retourner, avec Commode, à ces interminables guerres du Danube, qu'il voulait couronner par la formation de provinces frontières solidement constituées. Les succès furent éclatants. On semblait toucher au terme tant désiré, et qui n'avait été retardé que par la révolte d'Avidius. Quelques mois encore, et l'entreprise militaire la plus importante du 11e siècle allait être terminée. Malheureusement, l'empereur était très faible. Il avait l'estomac si ruiné, qu'il vivait souvent un jour entier de quelques prises de thériaque 2. Il ne mangeait que quand il avait à haranguer les
4. Ce que 4it Vulcatius Gallicanus (Avid. Cass., 3) d'uns sorte de cours philosophique que Marc-Aurèle aurait fait avant d§ partir est bien peu vraisemblable.
t. Dion Cassius, LXXI, 6; Galien, De ther.. t.
[An 180] MARC-AURÈLE, 485
soldats. Vienne sur le Danube était, à ce qu'il semble, le quartier général de l'armée1. Une maladie contagieuse régnait dans le pays, depuis plusieurs années2, et décimait les légions.
Le 10 mars J80, l'empereur tomba malade8. Jl salua sur-le-champ la mort comme la bienvenue, s'abstint de toute nourriture et de toute boisson, ne parla et n'agit plus désormais que comme du bord de la tombe. Ayant fait venir Commode, il le supplia d'achever la guerre pour ne point paraître trahir l'État par un départ précipité. Le sixième jour de sa maladie, il appela ses amis et leur parla sur le ton qui lui était habituel, c'est-à-dire avec une légère ironie, de l'absolue vanité des choses et du peu de cas qu'il faut faire de la mort. Ils versaient d'abondantes larmes : « Pourquoi pleurer sur moi? leur dit-il. Songez à sauver l'armée. Je ne fais que vous précéder; adieu! » On voulut savoir à qui il recommandait son fils : « A vous, dit-il, s'il en est
4. Selon Tertullien (Apol., 25), Marc-Aurèle mourut à Sirmium. Philoslrate, Soph., II, 4, 26, l'appuierait; mais Aurelius Victor {Cœs., 46; Epit., 46) l'emporte.