‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 343 sur 436 · Eusèbe, V, ch. xxi · texte numérisé non relu

Eusèbe, V, ch. xxi

%. Voir les Évangiles, p. 392 et suiv., 399, 404.

[An 18V)] MARC-AURÈLE. 493

tions de la haute noblesse romaine, il se trouva des provinciaux, des Orientaux, des Syriens, pour relever la grande association où tous trouvaient paix et profit. Septime-Sévère refit sans élévation morale, mais non sans gloire, ce qu'avait fait Vespasien.

Certes, les hommes de cette dynastie nouvelle ne sont pas comparables aux grands empereurs du ne siècle. Même Alexandre -Sévère, qui égale Antonin et Marc en bonté, leur est bien inférieur en intelligence, en noblesse. Le principe du gouvernement est détestable; c'est la surenchère de complaisance envers les légions, la révolte mise à prix ; on ne s'adresse au soldat que la bourse au poing. Le despotisme militaire ne revêtit jamais de forme plus éhontée; mais le despotisme militaire peut avoir la vie longue. A côté de spectacles hideux, sous ces empereurs syriens qu'on dédaigne, que de réformes! Quel progrès dans la législation ! Quel jour que celui (sous Caracalla) où tout homme libre, habitant de l'empire, arrive à l'égalité des droits1 ! Il ne faut pas s'exagérer les avantages qu'offrait alors cette égalité ; les mots, cependant, ne sont jamais tout à fait vides en politique. On héritait de choses excellentes. Les philosophes de l'école de Marc-Aurèle avaient dis-

4. Dion Gassius, LXXVII, 9; saint Aug., De civ. Dei, V, M ; Ulpien, Digeste, I, v, 47.

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paru; mais les jurisconsultes les remplaçaient. Papinien, Ulpien, Paul, Gaïus, Modestin, Florentinus, Marcien *, pendant des années exécrables, font des chefs-d'œuvre et créent véritablement le droit de l'avenir2. Très inférieurs à Trajan et aux Antonins pour les traditions politiques, les empereurs syriens, par cela même qu'ils ne sont pas Romains et n'ont rien des préjugés romains, font souvent preuve d'une ouverture d'esprit que ne pouvaient avoir les grands empereurs du 11e siècle, tous si profondément conservateurs. Ils permettent, encouragent même les collèges ou syndicats*. Se laissant aller en cet ordre jusqu'à l'excès, ils voudraient des corps de métiers organisés en castes, avec des costumes à part4. Ils ouvrent à deux battants les portes de l'empire. L'un d'eux, le fils de Mammée, ce bon et touchant Alexandre-Sévère, égale presque, par sa bonté plébéienne, les vertus patriciennes des beaux siècles; les plus hautes pensées pâlissent auprès des droites effusions de son cœur.

C'est surtout en religion que les empereurs dits

4. Sans parler de plusieurs autres célébrités des Pandectes, qui paraissent se rattacher au temps d'Alexandre-Sévère. ê. Cod. Théod., I, iv, De responsis prudentum. 3. Lampride, Alex.-Sév.» 33.

Â. Lampride, HêUog*, 4; Alexandre-Sévère, 27.

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syriens inaugurent une largeur d'idées et une tolérance inconnues jusque-là. Ces Syriennes d'Emèse, belles, intelligentes, téméraires jusqu'à l'utopie, Julia Domna, Julia Massa, Julia Mammaea, Julia Soémie, ne sont retenues par aucune tradition ni convenance sociale. Elles osent ce que jamais Romaine n'avait osé; elles entrent au sénat, y délibèrent, gouvernent effectivement l'empire, rêvent de Sémiramis et de Nitocris1. Voilà ce que n'eût pas fait une Faustine, malgré sa légèreté; elle eût été arrêtée par le tact, par le sentiment du ridicule, par les règles de la bonne société romaine. Les Syriennes ne reculent devant rien. Elles ont un sénat de femmes, qui édicté toutes les extravagances2. Le culte romain leur paraît froid et insignifiant. N'y étant attachées par aucune raison de famille, et leur imagination se trouvant plus en harmonie avec le christianisme qu'avec le paganisme italien, ces femmes se complaisent en des récits de voyages de dieux sur la terre ; Philostrate les enchante avec son Apollonius; peut-être eurent-elles avec le christianisme une secrète affiliation. Pendant ce temps, les dernières dames respectables de l'ancienne société, comme cette vieille fille de Marc-

4. DioD Cassius, LXXVIII, 23; Hérodien, V, 3 etsuiv.; VI, 4 et suiv. ; Lampride, Hèliog., 2, 4, 44.

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