Dissert., xi, xiv, xvm, édit. Diïbner
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Ainsi se réalisa un véritable miracle historique, ce qu'on peut appeler le règne des philosophes. C'est le moment d'étudier ce qu'un tel régime favorisa, ce qu'il abaissa. — 11 servit merveilleusement aux progrès sociaux et moraux; l'humanité, la douceur des mœurs y gagnèrent infiniment; l'idée d'un État gouverné par la sagesse, la bienveillance et la raison fut fondée pour toujours. Au contraire, la force militaire, l'art et la littérature subirent une certaine décadence. Les philosophes et les lettrés étaient loin d'être la même chose. Les philosophes prenaient en pitié la frivolité des lettrés, leur goût pour les applaudissements1. Les lettrés souriaient de la barbarie du style des philosophes, de leur manque de manières, de leurs barbes et de leurs manteaux. Marc-Aurèle, après avoir hésité entre les deux directions, se décida -hautement pour les philosophes. 11 négligea le latin, cessa d'encourager le soin d'écrire en cette langue, préféra le grec, qui était la langue de ses auteurs favoris.
La ruine complète de la littérature latine est dès lors décidée. L'Occident baisse rapidement, tandis
veuÉToxjav p.ovov. Maxime de Tyr, derniers mots du dise, vm, édit. Dûbner.
1. Épictète, Dissert., I, xxi; II, xxm; III, ix, xxm; Aulu» Gelle, V, 1 ; Plutarque, De audiendo, 13, 15. Se rappeler Quinti- Hen, \nsl., prooem.* 2 ; X, i, 3; XI, i, 4; XII, n, 1,3; m.
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que l'Orient devient de jour en jour plus brillant; on voit déjà poindre Constantin. Les arts plastiques, si fort aimés d'Adrien, devaient paraître à Marc- Aurèle des quasi-vanités. Ce qui reste de son arc de triomphe1 est assez mou; tout le monde, jusqu'aux barbares, y a l'air excellent; les chevaux ont un œil attendri et philanthrope. La colonne Antonine est un ouvrage curieux, mais sans délicatesse dans l'exécution, très inférieur au temple d'Antonin et Faustine, élevé sous le règne précédent. La statue équestre du Gapitole nous charme par l'image sincère qu'elle nous présente de l'excellent empereur; mais l'artiste n'a pas le droit d'abdiquer toute crânerie à ce point. On sent que la totale ruine des arts du dessin, qui va s'accomplir en cinquante ans, a des causes profondes. Le christianisme et la philosophie y travaillaient également. Le monde se détachait trop de la forme et de la beauté. Il ne voulait plus que de ce qui améliore le sort des faibles et adoucit les forts. La philosophie dominante était morale au plus haut degré, mais elle était peu scientifique; elle ne poussait pas à la recherche. Une telle philosophie n'avait rien de tout à fait incompatible avec des cultes aussi peu dogmatiques que l'étaient ceux d'alors. Les philosophes étaient souvent revêtus de 4 . Au palais des Conservateurs, à Rome.
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fonctions sacerdotales dans leurs villes respectives1. Ainsi le stoïcisme, qui contribua si puissamment à l'amélioration des âmes, fut faible contre la superstition ; il éleva les cœurs, non les esprits. Le nombre des vrais savants était imperceptible. Galien même n'est pas un esprit positif; il admet les songes médicaux et plusieurs des superstitions du temps *. Malgré les lois ', les magiciens les plus malfaisants réussissaient. L'Orient, avec son cortège de chimères, débordait4. En province, toutes les folies trouvaient des adeptes.
La Béotie avait un demi- dieu, un certain Sostrate, espèce de colosse idiot, menant une vie sauvage, dans lequel tous voyaient Hercule ressuscité. On le considérait comme le bon génie de la contrée, et on le consultait de toutes parts*.
Chose plus incroyable ! la sotte religion d'Alexandre d'Abonotique, que nous avons vue naître dans les