‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 352 sur 436 · LE CULTE ET LA DISCIPLINE · texte numérisé non relu

LE CULTE ET LA DISCIPLINE

L'histoire d'une religion n'est pas l'histoire d'une théologie. Les subtilités sans valeur qu'on décore de ce nom sont le parasite qui dévore les religions bien plutôt qu'elles n'en sont l'âme. Jésus n'eut pas de théologie; il eut le sentiment le plus vif qu'on ait eu des choses divines et de la communion filiale de l'homme avec Dieu. Aussi n'institua-t-il pas de culte proprement dit, en dehors de celui qu'il trouva déjà établi par le judaïsme. La « fraction du pain n , accompagnée d'actions de grâces, ou eucharistie, fut le seul rite un peu symbolique qu'il adopta, et encore Jésus ne fit-il que lui donner de l'importance et se l'approprier; car la beraka (bénédiction), avant de rompre le pain, a toujours été un usage juif. Quoi qu'il en sait, ce mystère du pain et du vin, considérés comme étant le corps et le sang de Jésus, si bien que

ceux qui en mangent ou en boivent participent de Jésus, devint l'élément générateur de tout un culte. Uecclesia ou l'assemblée en fut la base. Jamais le christianisme ne sortit de là. Vecclesia, ayant pour objet central la communion ou eucharistie, devint la messe; or la messe a toujours réduit le reste du culte chrétien au rang d'accessoire et de pratique secondaire.

On était loin, vers le temps de Marc-Aurèle, de la réunion chrétienne primitive, pendant laquelle deux ou trois prophètes, souvent des femmes, tombaient en extase, parlant en même temps et se demandant les uns aux autres, après l'accès, quelles merveilles ils avaient dites. Gela ne se voyait plus que chez les montanistes. Dans l'immense majorité des Églises, les anciens et l'évêque président l'assemblée, règlent les lectures, parlent seuls. Les femmes sont assises à part, silencieuses et voilées. L'ordre règne partout, grâce à un nombre considérable d'employés secondaires, ayant des fonctions distinctes ■ . Peu à peu le siège de Yépiscopos et les sièges des presbyteri constituent un hémicycle central, un chœur. L'eucharistie exige une table, devaîît laquelle le célébrant prononce les prières et les paroles mystérieuses. Bientôt on établit un ambon pour les lectures et les sermons, puis un

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