‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 37 sur 436 · Lucien, Alex · texte numérisé non relu

Lucien, Alex

60 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 161]

Marc-Aurèle lui-même présida la cérémonie, en costume de pontife, entouré de personnages vêtus de longues robes. Les deux lions furent assommés à coups de bâton sur l'autre rive ', et les Romains taillés en pièces. Ces mésaventures ne perdirent point l'imposteur, qui, protégé par Rutilianus, sut échapper à tout ce que les défenseurs du bon sens public essayèrent pour l'arrêter. Il mourut dans sa gloire; ses statues, vers 178, étaient l'objet d'un culte public, surtout à Parium, où son tombeau décorait la place publique 2 . Nicomédie mit Glycon sur ses monnaies3 ; Pergame aussi l'honora4 . Des inscriptions latines, trouvées en Dacie et dans la Mœsie supérieure, attestent que Glycon eut au loin de nombreux dévots et qu'Alexandre lui fut associé comme dieu5. Cette théologie baroque eut même son développe-

t'. Colonne Antonine, Bellori, pi. 13.

2. Athénag., Leg., 26. On a eu tort d'élever des doutes sur l'identité de l'Alexandre dont parle Athénagore et d'Alexandre d'Abonotique. Tout au plus se pourrait-il que la statué de Parium ne fût pas tumulaire.

3. Cavedoni, Bull, de l'Inst. arch., 1840, p. 407-409; L. Fivel, Gazette archéol., sept. 4879, p. 4 84-187.

4. Panofka, Asklepios und die Asklepiaden, p. 48; Fivel, l. 6: Gela résulte des noms de stratèges Glycon et Glyconien, plutôt que du type.

5. Corp. inscr. lat., uot 4024, 1022 (Àlba Julia, en Transylvanie); Ephemeris epigr. Corp. inscr. lat. suppl., t. II, fascic. iv, p. 334 (rive gauche du Vardar).

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ment. On donna au serpent une femelle, la dracena * ; on associa Glycon à l'agathodémon Chnoubis et au mystique Iao*. Ni comédie conserve le serpent à tête humaine sur ses monnaies jusque vers 240 3. En 252, la religion de Glycon fleurit encore à Ionopolis4. Le nom substitué par l'imposteur à celui d'Abonotique8 a été plus durable que mille changements mieux justifiés. Il subsiste de nos jours dans le nom d'apparence turque Inéboli.

Peregrinus, après son étrange suicide d'Olympie, obtint aussi à Parium des statues et un culte. Il rendit des oracles, et les malades furent guéris par son intercession 6.

Ainsi le progrès intellectuel ne répondait nullement au progrès social. L'attachement à la religion d'État n'entretenait que la superstition et empêchait l'établissement d'une bonne instruction publiaue.

4. Ephemeris, I. c. Quelques monnaies d'Ionopolis offrent deux serpents. Mionnet, suppl., t. IV, p. 5-jO, n° 4. Voir Gazette archéol., sept. 1879, p. 486.

2. Fr. Lenormant, Catal: du baron Behr, p. 228; Gazette archéol., nov. 4878, p. 182, 483.

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