L'EMPIRE CHRETIEN
Des raisons anciennes et profondes voulaient donc, nonobstant les apparences contraires, que l'empire se fît chrétien 4. La doctrine chrétienne sur l'origine du pouvoir semblait faite exprès pour devenir la doctrine de l'État romain. L'autorité aime l'autorité. Des hommes aussi conservateurs que les évoques devaient avoir une terrible tentation de se réconcilier avec la force publique, dont ils reconnaissaient que l'action s'exerce le plus souvent pour le bien. Jésus avait tracé la règle. L'effigie de la monnaie était pour lui le critérium suprême de la légitimité, au delà duquel il n'y avait rien à chercher. En plein règne de Néron, saint Paul écrivait : « Que chacun soit soumis aux puissances régnantes ; car il n'y a pas de puissance qui ne
\. Les Apôtres, p. 316, note *.
vienne de Dieu. Les puissances qui existent sont ordonnées par Dieu; en sorte que celui qui fait de l'opposition aux puissances résiste a l'ordre établi par Dieu1. » Quelques années après, Pierre, ou celui qui écrivit en son nom l'épître connue sous le nom de Prima Pétri, s'exprime d'une façon presque identique2. Clément est également un sujet on ne peut plus dévoué de l'empire romain 8. Enfin, un des traits de saint Luc, nous l'avons vu, c'est son respect pour l'autorité impériale et les précautions qu'il prend pour ne pas la blesser4.
Certes, il y avait des chrétiens exaltés qui partageaient entièrement les colères juives et ne rêvaient que la destruction de la ville idolâtre, identifiée par eux avec Babylone. Tels étaient les auteurs d'apocalypses et les auteurs d'écrits sibyllins. Pour eux, Christ et César étaient deux termes inconciliables8. Mais les fidèles des grandes Églises avaient de tout autres idées. En 70, l'Eglise de Jérusalem, avec un
4. Rom., xiii, 4-7. Cf. TU, m, 4. Voir Saint Paul, p. 475 et 476.
2. I Pétri, h, 43 et suiv. ; iv, 44-46; Voir l'Antéchrist, p. 416.