TATIEN. — LES DEUX SYSTÈMES DAPOLOGIE
Tatien, après la mort de Justin1, resta plusieurs années à Rome. Il y continua l'école de son maître, professant toujours pour lui une haute admiration*, mais chaque jour s'écartant de plus en plus de son esprit. Il compta des élèves distingués, entre autres l'Asiate Rhodon, fécond écrivain, qui devint plus tard un des soutiens de l'orthodoxie contre Marcion et Apelle *. Ce fut probablement dans les premières années du règne de Marc-Aurèle que Tatien composa cet écrit, dur et incorrect de style, parfois vif et piquant, qui passe, à bon droit, pour un des
4. Voir V Église chrétienne, p. 484, 485. %. Orat. adv. Grœcos, 48, 49.
3. Rhodon, dans Eus., V, xm, 4, 8 ; saint Jer., De viris Mustribus, 37.
[An 164] MARC-AURELE. 103
monuments les plus originaux de l'apologétique chrétienne au 11e siècle.
L'ouvrage est intitulé Contre les Grecs. La haine de la Grèce était, en effet, le sentiment dominant de Tatien. En vrai Syrien1, il jalouse et déteste les arts et la littérature qui avaient conquis l'admiration du genre humain. Les dieux païens lui semblent la personnification de l'immoralité. Le monde de statues grecques qu'il voyait à Rome ne lui donnait pas de repos2. Récapitulant les personnages en l'honneur de qui elles avaient été dressées, il arrivait à trouver que presque tous, hommes et femmes, avaient été des gens de mauvaise vie3. Les horreurs de l'amphithéâtre le révoltaient à meilleur droit4; mais il confondait à tort avec les cruautés romaines les jeux nationaux et le théâtre des Grecs. Euripide, Ménandre, lui paraissaient des maîtres de débauche, et (vœu qui fut trop exaucé!) il souhaitait que leurs œuvres fussent anéanties5.
\. revvYiôelç ev Tti t©v Àdouptwv "$(§ 42), sans doute l'Adiabène. Cf. Epiph.. Hœr., indic. ad tom. m libri I. Tatien parle, en effet, des persécutions comme quelqu'un qui n'est pas sujet de l'empire (§ 4). Le ton du § 1er est d'un homme étranger à la patrie gréco-romaine.