‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 9 sur 436 · Ibid., Vil, 70; VUI · texte numérisé non relu

Ibid., Vil, 70; VUI

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n'étaient pas comme lui ; il ne se croyait pas le droit de s'imposer à eux.

Il voyait bien la bassesse des hommes; mais il ne se l'avouait pas. Cette façon de s'aveugler volontairement est le défaut des cœurs d'élite. Le monde n'étant pas tel qu'ils le voudraient, ils se mentent à eux-mêmes pour le voir autre qu'il n'est. De là un peu de convenu dans les jugements1. Chez Marc- Aurèle, ce convenu nous cause parfois un certain agacement. Si nous voulions le croire, ses maîtres, dont plusieurs furent des hommes assez médiocres, auraient été sans exception des hommes supérieurs. On dirait que tout le monde autour de lui a été vertueux. C'est à tel point quon a pu se demander si ce frère dont il fait un si grand éloge, dans son action de grâces aux dieux*, n'était pas son frère par adoption, le débauché Lucius Ver us. Il est sûr que le bon empereur était capable de fortes illusions quand il s'agissait de prêter à autrui ses propres vertus.

Personne de sensé ne niera que ce fût une grande âme. Était-ce un grand esprit? Oui, puisqu'il vit à des profondeurs infinies dans l'abîme du devoir et de la conscience. Il ne manqua de décision que sur

\ . J. Dion Cassius, LXXI, 34. Pensées, à chaque page. 2. Pensées, I, M. Il s'agit plutôt de Claudius Severus

16 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 161]

un point. 11 n'osa jamais nier absolument le surnaturel. Certes, nous partageons sa crainte de Fathéisme ; nous comprenons admirablement ce qu'il veut dire, quand il nous parle de son horreur pour un monde sans Dieu et sans Providence * ; mais ce que nous comprenons moins, c'est qu'il parle sérieusement de dieux intervenant dans les choses humaines par des volontés particulières*. La faiblesse de son éducation scientifique explique seule une pareille défaillance. Pour se préserver des erreurs vulgaires, il n'avait ni la légèreté d'Adrien ni l'esprit de Lucien. Ce qu'il faut dire, c'est que ces erreurs étaient chez lui sans conséquence. Le surnaturel n'était pas la base de sa piété. Sa religion se bornait à quelques superstitions médicales8 et à une condescendance patriotique pour de vieux usages4. Les initiations d'Eleusis ne paraissent pas avoir tenu grande

4. Pensées, II, 3, 4, 41 ; III, 9, 44 ; IV, 48; V, 33; VI, 44; VII, 70; IX, 11, 27, 37; X, 4, 8, 25; XI, 20; XII, 2, 5, 42, 28, 34. Cf. Épictète, Diss., II, xx, 32.

2. Il ne repoussait pas les augures, l'astrologie; mais peutêtre était-ce par nécessité politique (Capitolin, Ant. PhiL, 4 3). Comp. Pensées , I, 6, 47.

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