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Marcel Bertrand (1847-1907)

Le 13 Février, en son domicile de la rue de Vaugirard, Marcel Bertrand, ingénieur en chef au Corps des Mines, professeur de Géologie à l'Ecole des Mines, membre de l’Académie des Sciences, notre géologue le plus illustre, le chef incontesté de l’école orogénique et tectonique française, l’incomparable maître pour qui la formation des montagnes a semblé, un moment, n’avoir pas de secrets, s’est éteint doucement, vaincu par une très longue et très cruelle maladie, sans avoir même achevé sa soixantième année. Frappé en pleine force, il y a sept ans, et comme terrassé par le deuil le plus affreux que l’on puisse imaginer, il ne s’était jamais relevé de cette douleur et de cette épouvante ; et nous l’avions vu, graduellement, perdre sa vigueur physique et son goût au travail, abandonner son enseignement, et même, hélas ! se désintéresser peu à peu des études où il avait excellé et qui lui étaient jadis infiniment chères. Et cette agonie était si terrible et si implacable, que la mort, qui lentement s’approchait, nous semblait, à la fin, venir en libératrice, plutôt qu’en ennemie.

La carrière scientifique de Marcel Bertrand n’a guère duré qu’une

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vingtaine d'années : mais elle a été singulièrement féconde, et sa dernière phase, de 1894 à 1900, a été éclatante, et presque triomphale. Pendant ces vingt ans d’un labeur acharné, il n’a pas cessé un seul jour de songer au grand problème de la formation des montagnes. L’orogénie a été sa pensée dominante, sa constante préoccupation. = C’est dans le Jura français, d’abord, qu’il apprend à observer les mouvements relatifs des terrains refoulés et plissés. Puis il étudie la Provence, où il découvre bien vite, sous le calme trompeur d’un relief atténué par l'érosion, et sous l’apparente simplicité de la structure géologique, des difficultés invraisemblables. Non seulement les terrains provençaux ont été plissés, mais leurs plis se sont déversés et couchés les uns sur les autres ; et quelques uns d’entre eux ont cheminé, et comme roulé, sur les autres plis, qui leur servent de substratum, et qu'ils écrasent. Des lambeaux de ces plis couchés, témoins tronçonnés d’un ancienne nappe de charriage, traînent aujourd’hui ça et là, et reposent sur un soubassement de hasard.

Entre temps, Marcel Bertrand s’est intéressé aux Alpes. Il compare, à la structure du bassin houiller franco-belge décrite par M. Gosselet, les coupes des Alpes de Glaris dessinées par M. Albert Heim. Et, tout nouveau venu dans ces questions si embrouillées, il a, en 1884, la tranquille audace de donner du problème de Glaris une solution inattendue, et de prédire l'extension, à la plus grande partie des Alpes suisses, de la structure en plis couchés, ou en nappes superposées venues du Sud- Cela paraît à tout le monde une incroyable fantaisie. Mais voici qu'en 1891 l’idée est reprise par M. Hans Schardt, et qu’en 1895 elle est précisée par M. Maurice Lugeon, et devient une véritable théorie. En 1902, cette théorie, la théorie des grandes nappes, est appliquée, encore par M. Lugeon, à tout l’ensemble des Alpes suisses. En 1903, enfin, l’on s’aperçoit qu’elle est vraie pour toute la chaîne des Alpes, et l’on constate, avec admiration, que Marcel Bertrand a ou et prédit, dix-neuf ans à l'avance, Vexacte solution du problème alpin.

A partir de 1889, Marcel Bertrand, ayant achevé l’étude de la Provence, se donne tout entier aux Alpes. Il dirige les travaux des jeunes géologues français qui ont entrepris le révision de l’œuvre de Charles Lory. Il dresse la carte géologique détaillée des montagnes où serpente la frontière franco-italienne, entre le tunnel de Fréjus et le Mont Blanc. Il montre la structure en éventail de la zone houile lère, dans le Briançonnais, la Maurienne et la Tarentaise. Il établit rigoureusement la jeunesse relative de ce terrain schisteux singulier, formidablement épais, et incroyablement monotone, que Charles Lory avait désigné sous le nom de Schistes lustrés. I] suit jusqu’au Mont Rose les gneiss et les micaschistes permo-carbonifères, dont

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