‹ Marcel, tragédie en cinq actesChapitre 22 sur 50 · ACTE III , SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III , SCENE III

LE DAUPHIN

Si je m'en souvenais , il faudrait les punir.

CRAON

Ah! soyez moins clément, et qu'un arrêt sévère Impose à vos sujets un effroi salutaire...

LE DAUPHIN

La justice en frappant avec sévérité, N'a jamais de ses lois banni l'humanité.

CRAON

Eh! n ont-ils donc porté que des coups légitimes?

LE DAUPHIN

En blâmant leurs forfaits n'imitons pas leurs crimes. Mon père avec amour a su les gouverner , Craon , vers leur devoir je veux les ramener ; Je l'essaîrai du moins.

CRAON

Sous le sceptre d'un maître, Ils aiment à fléchir.

LE DAUPHIN

Je crois les mieux connaître Etranger aux besoins , aux maux de ses sujets, Souvent le fils des rois , caché dans son palais, Dès sa plus tendre enfance environné d'hommages, S'appuyant sur la foi de ces vains témoignages , Ouvre un esprit facile à la voix des flatteurs ; Et, prompt à consulter ces oracles menteurs, Croit lire sur leurs traits, qu'aucun malheur n'altère , Le bonheur de son peuple et l'amour de la terre! D'un semblable destin le ciel m'a préservé. C'est au milieu des camps que je fus élevé; Au sortir du berceau j'ai pris part à vos guerres. Le peuple m'est connu: son orgueil, ses misères , Sa haine , son amour , ses fureurs , sa pitié , Ses funestes penchans, j'ai tout étudié.

Mais seul de nos malheurs le peuple est-il coupable? Des désordres publics est-il seul responsable , Et n'a-t-on pas dans l'ombre excité ses forfaits ? Mais ces grands que mon père à comblés de bienfaits , -A la cause du roi sont-ils restés fidèles? Leurs noms déshonorés protègent les rebelles; Vassaux indépendans , pour accroître leurs droits , Ils oppriment le peuple en menaçant les rois. Craon, si de mon père exerçant la puissance , Sur tous les révoltés j'étendais ma vengeance , Si mon ressentiment frappait des mêmes coups Et ce peuple et ces grands...

CRAON

Prince...

LE DAUPHIN

Rassurez-vous.

Avant les jours nombreux qui donnent la sagesse, Les leçons du malheur ont vieilli ma jeunesse.

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