ACTE V , SCENE VI
MAILLARD
Je présente sans peur, instruit de ton dessein, Le cœur d'un honnête homme au fer d'un assassin.
LAIGNEVILLE.
Ah! si je n'écoutais qu'une juste vengeance....
MAILLARD
Frappe donc... Que ma mort soit utile à la France ; Frappe... et que remplissant Paris d'un cri d'effroi , Du trépas qui l'attend elle instruise mon roi.
consac , aux conjurés.
Ah ! gardons-nous...
MAILLARD
Pourquoi cette crainte timide?
Votre âme sans remords médite un parricide; Vos mains au sang d'un roi hrûlent de se plonger, Et d'un forfait ohscur vous n'osez vous charger!
LAIGNEVILLE.
Rends grâce à la pitié.
MATLLARD.
Votre pitié m'offense.
LAIGNEVILLE, à demi-voix aux conjurés. Des soins plus importans veulent notre présence ; Amis, suivez-moi tous...
MAILLARD , se plaçant devant eux.
Vous ne sortirez pas !
Ces lieux sont par mon ordre entourés de soldats. Vos complots pour Maillard ne sont plus un mystère.
LAIGNEVILLE.
Peux-tu nommer ainsi le projet salutaire ,
Qui , d'un royaume éteint relevant la splendeur,
Détrône l'anarchie et nous donne un sauveur.
MAILLARD
Enfans dénaturés d'une mère chérie, Est-ce en la déchirant qu'on sauve sa patrie?
58 MARCEL
Ce coupable ennemi du pur sang de nos rois , L'appui des factieux, l'infâme Navarrois, Sur nos dissentions veut fonder sa puissance: Et vous servez ses vœux , et vous aimez la France ! De l'honneur à vos pieds foulant les saintes lois , Vous armez votre main contre un fils de Valois; Et l'exilant du trône où régnaient ses ancêtres , Au sang d'un ennemi vous demandez des maîtres ! Et vous êtes Français !
LAIGNEVILLE.
De ce titre sacré Il n'est aucun de nous qui ne soit honoré; C'est en ce nom qu'ici, libres de nos suffrages, Nous choisissons les rois dignes de nos hommages.
MAILLARD
Et quand il serait vrai que le peuple aujourd'hui D'un monarque nouveau sollicitât l'appui, Et qu'ajoutant aux maux qui désolent la France, 11 se crût dégagé de son obéissance; Faut-il qu'un étranger... Ah ! des fils de Pépin Quand le tems à l'oubli condamna le destin; Quand il fallut choisir pour la France nouvelle Un chef brave, prudent, et surtout digne d'elle, Dans ce jour solennel que firent vos aïeux ? Sur des héros Français ils jetèrent les yeux; Un d'entr'eux, le plus grand, peut-être le plus juste, Du bandeau de Clovis ceignit son front auguste. Vos pères s'honoraient par un semblable choix. Français, ils n'allaient point pour se donner des rois, D'un empire voisin consultant les annales , Greffer des noms obscurs sur nos tiges royales: Jamais un étranger n'aurait régné sur eux!
LAIGNEVILLE.
ICe pouvons-nous élire un guerrier valeureux?...