‹ Marcel, tragédie en cinq actesChapitre 6 sur 50 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

Pour m'égaler aux grands descendre à leur hauteur; Mieux instruit, j'ai prévu que féconds en ruines, Ces momens désastreux de guerres intestines , Ces boulevcrsemens où l'état est livré , M'ouvriraient aux honneurs un chemin assuré. Des Rainfroi, des Martel, rajeunissant l'histoire, Je veux à ces grands noms associer ma gloire. Que de fois leur audace a troublé mon sommeil! J'enviais leur destin, et lorsqu'à mon réveil, De leur vaste pouvoir mesurant l'étendue, Sur mon néant soudain je reportais la vue, Mon orgueil irrité comptait avec effroi L'espace qui sépare un sujet de son roi,* J'ai voulu le combler... et si je ne m'abuse, De mon ambition ce jour porte l'excuse.

LAIGNEVILLE.

Tu ne l'ignores pas , la voix des préjugés Tient encor sous son joug les Français engagés. Le dauphin compte ici des partisans fidèles, Ennemis déclarés des réformes nouvelles ; Maillard est de ce nombre : échevin de Paris , Il peut dans le silence observer tes amis; Il peut...

MARCEL

Sur mes projets il est sans défiance; Sou amitié long-tems brigua mon alliance, Et puisque mon destin se décide aujourd'hui, Que puis-je avoir encore à redouter de lui? Nos droits ont des soutiens jusque dans la noblesse, Qu'indigne des Valois la constante faiblesse. Les Craon, les d'Harcourt, à Marcel sont unis; Par des traités secrets leur secours m'est promis. Descendant du haut rang où brillaient leurs ancêtres , Ils se font nos égaux , nous deviendrons leurs maîtres.

10 MARCEL

CONSAC

Des intérêts publics constamment éloigné, A son obscurité le peuple résigné, Sous le pouvoir royal, exempt d'inquiétude, De la fidélité s'est fait une habitude.

MARCEL

Cessez de lui prêter un pareil sentiment:

Le peuple, mes amis, aime le cbangement.

Ne craignons point des grands les inconstans suffrages,

Le parti qui triomphe a toujours leurs hommages.

De nos dissentions immobiles témoins,

A se faire oublier ils bornent tous leurs soins ;

Dans les jours de dangers ils gardent le silence,

De leurs stériles vœux protègent l'innocence ;

Mais toujours dévoués au parti du bonheur,

Ils pleurent les vaincus , et servent le vainqueur !

Qu'aujourd'hui je triomphe, et demain leurs cohortes

De mon humble demeure assiégeront les portes;

Et demain vils flatteurs à me plaire empressés...

Laigneville et Consac sortent.

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