MADAME DE M O N T P E R R I E R
Elle a voulu venir à Saint-Servan plus tôt qu’à l’ordinaire, nous y sommes depuis six semaines, le pays est charmant... il me plait maintenant que, grâce à mon titre authentique de comtesse, j’ai pu faire ma paix avec tout le monde,... et elle que je croyais un boule-en-lrain, il faut la croix et la bannière pour la dérider ! Elle n’est bonne à rien... Tu n’es bonne à rien... Elis n’entend pas!... Marceline !... Marceline!...
MARCELINE, sortant do sa rêverie.
Hein?
MADAME DE MONTPERHIER.
C’est de toi que nous parlons... Qu’as-tu?
Moi?... rien... Que disiez-vous?
MADAME DE MONTPERRIER.
Que tu vis un peu trop dans les espaces imaginaires...
Mais, vraiment, vous ôtes incroyables tous, avec votre persécution... On no peut donc pas être* un peu à soi-méme! 11 semble que, pour vous, je ne sois qu’une comédienne dont l’emploi est de vous divertir. Public exigeant et tyrannique, vous vous fâchez parce que vous me trouvez mauvaise... C’est votre faute! Ne me forcez pas à jouer... Je rêve... je pense... je suis en train de devenir un bas-bleu... je prépare mes mémoires 1...
MADAME D’AUBERVILLE .
Ou un roman?
J’y pense aussi, madame, et je compte vous demander quelques épisodes...
BONNEMAIN , vivement.
J’admire, ma parole d’honneur, cette manie des gens de vouloir toujours s’occuper de ce que pensent, de ce que font les autres... Marceline est triste... eh bien, tant mieux!... J’aime mieux la voir comme cela que comme vous la voudriez encore .. Vous lui avez fait une éducation qui ne lui convenait pas... elle est peut-être en train de s’en, faire une autre plus conforme à sa nature. . .
MADAME D’AUBERVILLE.
Pouhl... El à propos de quoi?
BONNEMAIN
Ah ! vous êtes trop curieuse. . . Demandez à la Providence le secret de ses desseins.
MADAME D’AUBE R VILLE . r
Ne donnez donc pas, mon cher, des proportions exagérées aux maussaderies d’une enfant gâtée, aux caprices d’un mauvais caractère... Qu’elle me boude, moi, personnellement, comme elle le fait depuis quelque temps, je la prie de croire que je m’en console; mais je dois la rappeler à ses devoirs de maîtresse de maison, qu’elle oublie un peu plus qu’il n’est convenable.
D’abord, madame, je ne suis point la maitresse de la maison ; c’est à vous qu’appartient ici ce titre et qu’en reviennent les prérogatives et les charges. Moi, je ne suis qu’une pauvre fille, une étrangère, qui l’avait un peu trop oublié peut-être, mais qui rentre dans l’humilité de son rôle et désire n’en plus sortir...
MADAME D’AUBE R VIL LE
C’est absurde!
BONNEMAIN
Je ne trouve pas.
MADAME D’AUDERVILLE
Oh I vous, vous devez l’encourager dans ces belles idées...
MADAME DE MONTPEBRIER.
T’a-t-on dit quelque chose qui ait pu le contrarier, te blesser?
Je ne m’en serais pas aperçue.
MADAME DE MONTPERRIER.
M. de Mirmont...
M. de Mirmont est plus obligeant et plus aimable que jamais... Docteur, vous savez que je vous accompagne auprès de votre malade.
MADAME d’aüBERVILLE.
Comment va-t-il, au fait, ce pauvre Robcrtin?
BONNEMAIN
Fort mal... C’est un homme perdu...
Qu’allons-nous faire de sa fille?... Pauvre enfant!...