SCÈNE III
B ON N EM AIN ; MADAME D'AUBER VILLE , P u»
MADAME d’aUBERVILLE, entrant.
Ah! par exemple! Marceline!... c’est le docteur.
Bonnemainl...
MADAME D’AUBER VILLE
Il paraît que les crocodiles n’en ont pas voulu.
MARCELINE, à Pierre.
Va prévenir monsieur. .. (Pierre «ort. Marceline serre la main du docteur qui l’embrasse.) Mon bon ami, avez-vous fait un bon voyage? Me ramenez-vous un petit négrillon?... Avez-vous pensé à toutes mes commissions?... Oh! comme il est bruni... regardez donc, madame...
MADAME D’AUBERVILLE.
Cela ne lui va pas mal... Vous êtes rajeuni, Bonnemain... Et moi, comment me trouvez-vous?
BONNEMAIN
Trop jeune... (il pose son doigt sur son cœur.) de là !
Et moi?
BONNEMAIN
Trop vieille... (il pose son doigt sur son front.) d’ici !
Oui, oui, c’est convenu : je suis positive comme un grandlivre, soupçonneuse comme un vieux procureur, sceptique comme le bonhomme « Que sais-je ?... » En me promenant un jour dans une imprimerie, j’ai avalé, par mégardc, la case aux points d’interrogation. C’est un malheur, mais... ce n’est pas là ce que je vous demande...
BONNEMAIN
Vous voulez que je vous dise que vous êtes embellie?...
.Mais oui vraiment...
BONNEMAIN
Qu’est-ce que cela vous fait ?
Cela me plaît à entendre... On me le dit tous les jours... et je trouve toujours cela très-spirituel et très-joli... Aucun de ces messieurs n’y manque, et cela m’amuse toujours... Eh bien, est-ce encore un signe de décrépitude?
BONNEMAIN
Ma chère, la coquetterie est la scolastique du cœur, et cela sent diantrement le Bas-Empire...