JULIEN, MARCELINE, BONNEMAIN, PIERRE
JULIEN, allant à eux.
Vous ôtes exacts; merci, Pierre... Merci, mademoiselle... En vous demandant de venir ici j’ai exigé de vous un grand effort.
sans doute, une preuve de courage viril que je n’eusse attendue d’aucune autre; mais qui n’était pas, je le savais, au-dessus de vos forces. J’étais bien sûr que vous vous rendriez à mon invitation. Vous savez ce dont il s’agit... (Marceline fait un signe affirmatif, ne pouvant parier.) Dans quelques instants je me bats ici, avec monsieur de Mirmont.
MARCELINE, d’une voie étouffée.
Pour moi.
JULIEN, simplement.
Pour vous. C’était le mains que je vous dusse, après vous avoir insultée, comme je l’ai lait, hier, chez vous, sans aucun droit. Je voulais vous demander pardon aujourd’hui... n’étant pas sûr de demain.
Vous étiez dans votre droit en m’insultant... je suis une misérable.
JULIEN, gravement.
Non. J’ai entendu votre conversation avec monsieur de Mirmont et votre appel énergique et sublime à la loi qu’on invoquait contre vous. Il n’v a faute que là où il y a conscience de l’acte; il n’y a crime que là où il y a eu préméditation et volonté. Le misérable, le criminel, c’est J’autre ! de vous aimais, vous m’aimiez, je ne devais pas m’inquiéter du reste : mon devoir était d’immoler mon orgueil à mon-amour et ma colère à votre douleur. Je ne l’ai pas fait. Je n’ai été qu’un homme. J’en ai insulté un autre. . . il faut que je le tue ou qu’il me tue. Cria ne changera rien à ce qui a été... mais cela peut empêcher ce qui devrait être, c’est-à-dire que nous sovions heureux, vous par moi, moi par vous. Nous ne comprenons bien certaines choses que lorsque la mort est à nos côtés. Il semble qu’elle nous éclaire... Si je survis, vous serez ma femme... Si je succombe... je vous aurai dit, avant de mourir que je vous estime, que je vous aime et que je n’ai jamais aimé que vous.
MARCELINE, a reo angoisse.
Julien!
JULIEN
Je sens que je suis rentré complètement en possession de moi-même ; mon âme est forte, ma main est ferme, et c’cst à vous que je le dois; merci! (a Bonnemain.) Voici mon testament, (il remet un pli à Bonnemain.) L’avenirde Marceline yest assuré. Vous aurez soin qu’elle vive : le suicide ne prouve rien. Et maintenant (a Marceline.) éloignez-vous... Éloignez- vous... jusqu’à ce que le destin ait parlé! (a Pierre.) Pierre... (il lui confie Marceline.) Allez! Allez !
Pierre s'éloigne avec Marceline.