SCÈNE VIII
Les Mêmes, ANNA, entr’ouvraot la porte du n* 2, qui l’empêche d’être vue des officiers.) ANNA , à part.
J’ai cru entendre prononcer un nom! (Voyant les officiers à table.) Comment, parmi ces officiers?..
MARCO, continuant.
MARCO, gâtaient.
Eh bien ! mes amis, quelles nouvelles aa régiment?.. avons-nous fait bien des malheureuses ? bien des victimes?
FRANCESCO, riant.
Pas mal, colonel !
MARCO
A fa bonne heure !.. il faut maintenir la discipline et les bons principes! (A Francesco.) Qu’est devenue votre jolie veuve de Ferrare, mon cher Francesco?..
FRANCESCO
J’allais la quitter, colonel , lorsqu’un de mes bons amis m’a rendu le service de me l’enlever.
MARCO
Oh! céleste- amitié! je te rèconnais-là !.. et vous, Belmonté, votre petite danseuse, Zanetta ?
FRANCESCO
Il l’a troquée contre un alezan magnifique !
MARCO
A merveille ! je vois avec plaisir que personne ne's’est dérangé !..
FRANCESCO
Mais c’est vous, colonel , qui devez avoir des merveilles à nous raconter! pendant ce long voyage, que de pères trompés, de beautés subjuguées !
MARCO , avec embarras.
Ne parlons pas de cela!..
FRANCESCO
Si fait, vous en devez le récit, à vos élèves
(Remplissant son verre.) Et je bois d’avance...
marco.
Au plus malencontreux des chevaliers errans.
tous.
Comment?
MARCO
C’esf comme je vous le dis ! D’abord , à mon arrivée en Angleterre... je commets l’imprudence de tomber amoureux... oh ! mais amoureux tout de bon... car cela ne ressemblait à rien de connu ! première école !.. la tête , la raison, tout était parti ! seconde école !.. je vou- ,
Chose unique ! sa haine me la fit aimer davantage, troisième école !.. et dès ce moment, je commençai le métier d’amoureux sérieux...
c’est-à-dire de l’étre le plus stupide qui soit au monde! seulement, pour frapper son imagination par quelque chose de bizarre, d’original... je me gardai bien de me montrer!., toujours invisible , je me bornais , pour interprètes de mon amour, à de tendres billets, des bouquets mystérieux, de plaintives romances.
anna, à part.
C’est lui ! il m’a suivie !
MARCO
Eh bien !.. malgré les mesures les mieux prises, elle m’est échappée tout-à-coup, et je cours après elle.
LES OFFICIERS, riant.
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
FRANCESCO
Joli dénouement !
ANNA, a part.
Je respire! (Cherchant à voir sa ligure.) Impossible de distinguer ses traits... je voudrais bien le voir, cependant ! pour le fuir plus sûrement!
FRANCESCO, riant.
Voulez-vous que je vous dise, colonel! vous avei eu affaire a une coquette qui s’est donné les airs d’une vertu.
marco, riant.
Qu’elle n’avait peut-être qu’en discours!
ANNA , à part.
Ah ! rborreur !
marco , une peu échauffiL.
Oui , oui, c’est une prude !
FRANCESCO
Une bégueule...
marco;
Comme toutes les Anglaises f anna, à part.
Très bien !..
MARCO
Mais elle est en Italie , j’en suis sûr, je la retrouverai!... je me vengerai!... j 'emploiera» y toutes les ruses possibles pour m’en Caire aimer.
Il AH CO.
{D*un ion comique et passionne 1 .) Je lui dirai que «OV je ne puis vivre sans elle, que je meurs d’amour ! je n’en penserai pas un mot, mais c’est égal..! et quand elle sera à mes pieds, je la livre aux brocards de toute l’Italie !..
ANNA, a part.
Ah ! quel homme affreux !
FRANCESCO
Bah ! vous l’épouserez.
MARCO
Jamais!..
FRANCESCO
Dix mille piasires!
TOUS
Je suis de moitié.
MARCO, échauffé.
Je tiens!.. (Posant son verre arec bruit.) Et si ma belle inhumaine était là !.. vive Dieu!
ANNA, effrayée, et refermant brusquement la porte.
Ciel!
TOUS, sc retournant.
FRANCESCO
(Ju’est-ce que tu portes-là ?
CATARINA
Le dîner du n* 2 !
marco , a part.
Très bien! (Il écrit au crayon sur une page de ses tablettes qu’il déchire ensuite.) « Votre invisible lie quitte plus celte porte, et cette fois «vous ne m’échapperez pas ! *
(Il ploie le papier et le cache.) CATARINA, toujours entourée des officiers, et posant son panier pour se défendre.
Laissoz-moi donc , mauvais sujets! je vais appeler le Colonel... (Appelant.) Colonel!..
marco, s’avançant.
Allons, allons. Messieurs! qu’cst-cc que c’est donc que ça ? je la prends sous ma protection , celte petile. (Lui pinçant le menton.) Elle est gentille !
CATARINA , regardant les officiers, et les déûant. Là!
Hein?
MARCO
Quoi?
FRANCESCO, se levant.
Cette porte qui s’est refermée.
MARCO , de même.
On nous écoutait !
FRANCESCO
11 faut être bien curieux !
MARCO
Ça ne peut être que des femmes ! Parbleu !
je veux savoir... (Il s’approche tout doucement de la porie de la chambre.) Ne faites pas de bruit!.. (Il regarde par la serrure. Pendant ce temps , les garçons ont enlevé rapidement ia table et les chaises.)
LES OFFICIERS, A mi-voix.
Eh bien ?
MARCO
La serrure est si petile... ou j’ai peut-être la vue un peu troublée... attendez! j’aperçois une main charmante... et des yeux... (Avec surprise.) Est-il possible?..
FnAKCESCO.
Qu’est-ce donc?
MARCO
Je ne me trompe pas ! c’est elle ! c’est bien elle !..
FRANCESCO
Votre belle Anglaise?
MARCO
Justement ! le destin me la livre ! (Apercevant la servante.) Chut! voici Catarina! assuronsnous que je ne m'abuse point!
MARCO, la cajolant.
Je voudrais bien voir qu'on la tourmentât!
qu'on lui dérdbàl la moindre des choses...
(Il l’embrasse.)
CATARINA , fièrement.
Ah ! je savais bieu qu’il ne souffrirait pas...
MARCO
Où vas-tu donc , ma petite?
CATARINA, montrant le u" 2.
Dans cette chambre.
MARCO
Impossible! en état de siège!., et à moins que tu u'aies le mot d'ordre...
CATARINA, souriant.
Le mot d'ordre ?
MARCO
Oui; qui est-ce qui loge là?
CATARINA
Pardine! une Anglaise... Mistriss Anna Dudlêy.
MARCO, réprimant sa joie.
Anna! (Gravement.) C'est juste, voilà le laissez-passer !
(En lui donnant un baiser, il glisse son papier dans
le panier de Catarina , sans qu’elle s’en aperçoive.)
CATARINA
Ah ça, mais, en voilà deux, avec son air de de me défendre!., et moi qui ne m’en apercevais pas!
(Elle entre au n* 2 , dont la porte se referme.)
MARCO, aux officiers.
C’est bieu elle, que mon heureuse étoile nous amène!.. Mes amis, vous allez me seconder...
et...