‹ Marguerite de Lorraine, duchesse d'AlençonChapitre 9 sur 29 · CHAPITRE \U · texte numérisé non relu

CHAPITRE \U

Marguerite gouverne son duché avec sagesse et habileté. — Ses vofages à Paris. — Education et mariage de ses enfants.

Veuve à tingt-neuf ans, Marguerite eut à porter, avec le poids de sa douleur, le double fardeau de la tutelle de ses enfants et de l'administration de ses états. E\le ne se dissimula pas l'étendue de ses devoirs , ne recula pas devant les difficultés et sut constamment se tenir à la hauteur de sa

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nooTélle position. Le rai de France eut la peiuiée de la décharger du titre de tatriee; elle s^y refusa éoergiquement , ne Toalant se soustraire à aucune de ses obligations de souveraiae et de mère.

A la mort de René, l'amortissement des dettes antérieures au mariage était com^ mencé y mais il restait encore beaucoup à payer; la somme des créances s'élevait à environ 300,000 écus , c'est - à - dire à 4,500,000 francs de notre époque. * Cette considération décida la duchesse à ordonner de nouvelles économies. Elle se hâta de supprimer un certajn nombre de charges de cour, et fit de plus en plus pénétrer un ordre sévère dans les diverses branches de radminîstraUon. Sans oublier les exigences

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de son rang, elle sapprima tonte pompe inutile et jusqu'à Tapparénce de la superfluité. Ses sujets y touchés de ses efforts et

désireux de lui .offrir un nouveau témoignage de leur admiration, voulurent s'imposer de nouvelles charges pour alléger celles de la duchesse y et leur concours empressé facilita une liquidation très-onéreuse pour des revenus médiocres.

Persuadée de Fimportance de relations fréquentes et personnelles avec les habitants de son duché, elle pensait qu'aucune survdllance ne devait remplacer la sienne; et, pour Teiercer plus complètement, elle voulut visiter les différentes parties de ses états. Elle s'arrêtait dans les villes et même dans les villages où sa présence lui paraissait

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utile , donnait audience à ses yaisaux , recueillait les plaintes, s'enquérait des désir», réformait immédiatement les abus , rendait la justice en plein air , comme saint Louis au pied du chêne de Vincennes, et portait partout cette pénétration , cette rectitude d^esprit qui formaient les traits saillants de sa haute intelligence. Elle se réservait de . préférence les causes .des opprimés et des pauvres; elle les écoutait avec une patience < inaltérable y et se félfcitait de pouvoir leur procurer le bénéfice de Timpartialité y en les délivrant des frais et des lenteurs de la procédure ordinaire.

Les bons résultats de sa première tournée la décidèrent à la renouveler souvent. Ni la rigueur des saisons \ ni la difficulté des

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cheiQJos , ni la ta^)les8e de sa santé , rien ne Tempêchait d'exécuter ses voyages. Elle ne manquait pas de visiter les établiçi^ments religieux et d'honorer les saints protecteurs

de ses états. Alençon, Bellême , Donafront, Saint*Aubin possédaient leurs reliques vénérés. Marguerite allait souvent se proster ner à leurs pieds pour recommander ses enfants et ses sujets. Les heures consacrées à ces pèlerinages n'étaient pas perdues pour la bonne administration de ses états; après une fervente prière , la princesse se relevait plus éclairée sur ses devoirs et plus forte pour les accomplir.

On répondra devant Di6u du mal qu'on aurait pu empêcher et du bien qu'on aurait dû accomplir. Elle savait depuis son enfance

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que plus 1^ pQsitioD est élevée et plus cette respoDsabiUié est étendue. Aussi, pour la rendre moins 'redoutable , s'efforçait-elle de bien choisir les dépositaires de sa confiance; elle donna le pouvoir aux personnages les plus dignes, et voulut élever dans l'estime publique le niveau des fonctionnaires de tout rang. Elle réprimait une première faute avec fermeté ; mais la récidive la trouvait in^ flexible et ne pouvait rien espérer de son indulgence. Elle répétait souvent que la mission du pouvoir est de faire régner la justice y et qu'en oubliant cette obligation il s'expose au mépris public.

Elle ajoutait à ses paroles l'autorité de

ses exemples. L'ordre y la décence et la piété régnaient dans sa mai$on. Elle veillait avec

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tine maternelle sollicitude sar toutes les personnes attachées à son service. Elle éloignait d^elles toutes les ^occasions de chute , les préservait des dangers de Toisiveté , employait ses demoiselles aux ornements d'église,

et ses pages à divers travaux appropriés à leur âgH. Chaque soir, elle réunissait tout

le monde pour la prière ^ la lecture de piété

€t l'explication de la doctrine chrétienne.

« Quand elle allait à Paris , dit le P. Duha-

meau , on reconnaissait les gentilshommes de

sa maison à leur vertu extraordinaire plutôt

que par autres marques ou livrées. Quant

atix dames de sa cour j ce sera assez de

dire pour leur recommandation que celles

qui sortirent de chez la duchesse pour prendre

parti au monde, y* demeurèrent comme des

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religieuses , et que celles qui entrèrent enf religion y moururent comme des saintes. »

Mai^uerite a?ait de Tinitiative pour entreprendre les réformes ^ de la perséYérance pour les mener à bonne fin, de Tordre pour leur assigner le temps et le rang convenables. Elle savait conduire de front les affaires les plus diverses et parfois les plus délicates.

Désireuse d'améliorer la législation en ▼îgueur dans le Perche^ elle convoqua les trois états de ce comtés leur exposa les lacunes y les obscurités de la coutume du pays ] et fit adopter une rédaction nouvelle plus conforme aux lois de l'équité. En même temps elle s'occupait des arts; elle les encourageait à remplir leur mission , c'est-à-dire à populariser l'amour du vrai et du beau.

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EJle lie $e méprenait pa^s sur les plus solides

garanties de la prospérité publique; elle la cherchait^ avant tout, dans une conaaissance plus complété et une pratique plus exacte dé la religion. Aussi s'efforçatitHelle de procurer à beaucoup de paroisses djes prédications extraordinaires sous forme de mission ou de retraite ; elle envoyait dans les villes comme dans les campagnes des instituteurs et d^s maîtresses chargés de répandre les lumières de Tinstruciion chrétienne ; et , aussitôt après l'acquittement des dettes qui lui avaient été léguées , elle favorisa , par de généreux sacriûces, la foadatiori des établissements religieux , ces pépinièlres toujours »

fertiles de dévouement et de salut.

A la Flèche y elle termine et complète leâ

coûstrûcitiotid GomtneDcées par le duc René, en faveur du tiers-ordre qu^il y avait établi.

Elié appelle à €hâteau-Gontier le& religieuses de Sainte-Elisabeth y et leur donne la direction d'un hôpital dont l'administration laïque servait mal les intérêts det pauvres.

 Mortagne , elle restaure et àugmreBte un établissement destiné aussi au soulagement des. malades.

A AiençOn y elle ax:hève la r6con3tnrctioii de l'é^se Saint-Léonard et affecte à ce travail des sommes cobsicihérables. Pour purifier de plus en plus le souvenir de ses joies terrestres^ elle donne son manteau de noces à la fabrique de lia paroisse , et ; le magbifique vêtement devient une chappe tieetinée aux grandes solennités. Cette ville

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dat encore à la piété de Marguerite aoe jolie chapelle dédiée à saint Joseph , et nne maison de religieuses clarisses. Le couvent fut fondé près du château , dans une ile du parc. La <luchesse s^y réfugiait de temps à autre pour vaquer plus librement à ses exercices de religion. Elle Tavait d'ailleurs doté d'une charmante église accessible aux ^dèles du dehors. Les vitraux du chœur représentaient d'un côté le duc R^né avec son fils Charles, de l'autre Marguerite arec ses deux filles. La révolution de 1793 fit de ce précieux établissement un monceau de ruines. Mais l'ordre des Clarisses revit i Alençon; il s'y est rétabli au commencement de ce siècle , et les sœurs conservent encore une écuelle de bois , l'unique vais-

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selle de Marguerite devenue religieuse. Elles ont pu rentrer en possession d^un inestimable trésor : c^est un morceau de la vraie XIroix j placé dans un beau reliquaire en forme d'ostensoir ^ et donné par la princesse au monastère qu'elle avait fondé.

Les relations de Marguerite avec la cour de France étaient affectueuses ~et cordiales. Charles YIII et Louis XII vénérai^t ses vertus et prêtaient à son autorité un appui bienveillant, Quand François I®^ monta sur

le trône , une nouvelle ajliance avait resserré les liens des deux maisons. Â la mort de René ^ le roi avait prié la duchesse d'amener à Paris ses enfants, au moins une fois chaque année ; elle en avait pris rengagement y elle, y resta fidèle. Ces visites régu-

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lières entretenaient des relations utiles à l'avenir de sa fftmille y et loi offraient IJoccasion d'acquérir de nouveaux mérites. C'est i Paris qu'elle rencontra saint François de Paule. Cet illustre fondateur d'un ordre cher à l'Eglise, était sorti de son monastère d'Italie pour obéir au souverain Pontife , et s'était rendu en France , afin d*aider Louis XI à bien mourir. Charles VIII , admirateur de sa haute sagesse et désireux de pouvoir le consulter à loisir , lui avait fait construire un couvent dans le parc du Plessis , et y avait attaché des revenus suffisants pour nourrir ses austères religieux. Marguerite eut souvent recours aux conseils du saint, et trouva dans ses exhortations un nouveau moyen de progrès et de perfeotion.

S^ séjours k \^ cour de France changeaient peu aoii genre de Vyd. Elle n^y modifiait ni la couleur ni la simplicité de ses

vêtements. Là , comme dans ses états . elle

ne portait ni soie , ni ornements , ni pierre* ries, ni bijo\)i. Sa journée se partageait entre les offices de TEglise , les exercices de piété, Tédqcation de ses enfants, le soin des pauvres, la visite des malades et Tinstri^ction de ses serviteurs. Son zèle ne se reposait pas ; toujours avide du salut' des âmeç, il sut intéresser la reine Anne de Bretagne au sort des filles rcspentanles, et la décider à leur ouvrir dés refuges à Paris et plus tard dans les pirovinces. Cette œuvre, f]^ue Marguerite fonda elle -môme dans son

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douché , préserva d^s rechutes de nombreuses

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victimes, des passions humaioes , et ouvrit à beaucoup d^entre elles les portes du ciel.

La pieuse princesse s'abstenait le plus possible des fètès de la cour ; elle 7 paraissait très- rarement, et seulement pour condescendre aux désirs du roi ; mais souvent elle assistait aux réunions intimes qui se formaient le soir autour du souverain. Elle j

,1 apportait ses travaux d'aiguille et les continuait, tout en verss^nt dans la conversation le tribut de son esprit et de son amabilité ; mais son maintien grave , sans cesser d'être gracieux , quelquefois aussi la réprobation de son silence , imposaient aux esprits légers , aux langues acérées. A sa vue, les plaisanteries inconvenantes j. les anecdotes scanda-

cuàpitri m ^i

leiises expiraient sar les lèrres. Dans le doute, les regards de la reine se tournaient de son côté et semblaient demander une direction.

Elle ne prenait pas la parole, mais sa physionomie parlait pour elle et suffisait à maintenir la causerie dans une direction irréprochable. Une telle conduite^ un si extraordinaire ascendant déconcertaient les âmes mondaines; 'ennemies de tout' ce qui gêne, elles se répandirent d^abprd en plaintes et

en critiques; mais l'admiration finit par l'emporter, et chacun ne la désignait plus que sous le nom de la mainte duchesse*

Les soins si multipliés que Marguerite donnait au gouvernement de sou duché ne l'empêchaient pas de s'occuper beaucoup de ses enfants. Les distractions inévitables d'Alen-

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, çoa et le désir de leur faire respirer au ûr pur Pavaient décidée k les établir au châteaa de Mauves; elle dirigeait elle-même leur éducation, allait souvent les voir, réglait le plan des études , et indiquait les ouvrages qui. devaient passer sous leurs yeux. Elle attachait un grand prix au développement de leur intelligence; mais elle s^étudait^ avant tout, à former leur cœur, & cultiver le bon grain et i étouffer Ti vraie. Elle ne se faisait aucune illusion sur leurs défauts de caractère ; elle les corrigeait avec patience et fermeté. Elle avait de bonne heure liabitué ses enfants à se confier en elle comme im malade en son médecin ; elle leur apprenait à réprimer leurs mauvais penchants, à gagner de Tempire sur eux-mêmes, et à

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substitaer âasa leur fime rbumilité à Por* gaeil^ le dévouement à Tégoiéine; elle cul* iivait , avec une discrétion calculée / leurs jdiftpositîoDs charitables^ et leur oBhût la joie d'une aumône ou d'une visite de pauvres comme le prix et la récompense de leurs efforts. Elle les amenait à recosnailre que nos fautes sont nos vrais malbeurs ; que la piété est la 'source du bonbeur, et que les biens les plus dignes d'estiine sont les dons de

la grâce et de la sainteté.

ff Montais, disait-elle \ Charles ^ la plus grande gk)ire de c^x de votre qualité n'est pas d'avoir des hommes qui leur obâssent, mais plutôt c'est leur honneur et leur bien 4'obéir à Dieu.... Retenez^Ie, il faut aimer fi^eu pl99 que toute chose. »

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Une éducatron si bien entendae porta ses fruits. Les années ne diminuèrent ni la

docilité ni la déférence de ses enfants. Us ne cessèrent pas un seul jour d^être^a con-

solalion de son veuvage. Quand il fallut songer à les. établir^, Marguerite , dans le choix des alliances y donna la préférence à cell^ qui lui semblaient offrir le plus de chances pour le salut.

Françoise, sa, fille aîoée, épousa en premières noces François d'Orléans j duc de Longueville , le perdit après sept ans de mariage j et ne conserva pas même Punique enfant issu de cette union ; elle en contracta one seconde avec Charles de Bourbon , duc de Vendôme, et donna le jour à Antoine de Vendôme , roi de Navarre , père de Henri IV.

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