‹ MargueriteChapitre 19 sur 48 · BONNARD, BEAUSÉJOUR · texte numérisé non relu

BONNARD, BEAUSÉJOUR

Beausêjuilr reste sur le seuil au fouil , sans regarder dans le salon: il parie à un groom êléganl qu'on aperçoit en deliors de la purte.

BEADSÉJOCR.

James, tu vas partir a i'iiistant.

BONWARD, sur le devant, à pari.

Il tutoie ses gens?... ce doit être cela.

BEAUSÉJOCB, de même.

Je reste ici huit jours encore... entends-tu?... huit jours!... Il me faut assez de toilettes, gilets, pantalons, cravates, pour n'être pas babillé deux fuis de même.

BONNARD, à pan, sur le devant.

C'est bien ça!... ce que la tante appelle un charmant jeune homme.

BEAUSÉJOCB, de même.

Il est bien entendu que je m'habille trois fois par jour.

BO'NARD, à pan, et haitssant les épaules. Vrai grand seigneur!

BEAUSÉJOUR, aijanl toujours l'air de chercher s'il n'ottblie rie», et tirant de sa poche iin petit portefeuille où il prend un billet. Au groom avec tin mystère affecté.

Ce billet chez la marquise de Montade.

BONNARD, à part. Rien n'y manque !.. . quel mari I

BEAUSÉJOUR, au groom.

Va aussi chez le major Wickson , ou plutôt au club, et tu sauras le jour de sa course avec Sélicourt : je suis engagé de deux cents louis dans le pari.

BONNARD, à part Il ruinera ma nièce, c'est sûr.

BEAUSÉJOUR

Va vite, et crève un cheval, s'il le fautl... ( // entre dans le salon et regarde. ) Tiens î... elle n'y est pas!... J'aurai dit tout cela pour rien. ( Il rappelle te groom qui réparait.) James! James!... pas de bavardages sur tout ceci avec la femme de chambre de M"» BeauvaU... i^/ le congédie d'un geste et se frotte les mains. ) Quand je lui défends de parler d'une chose , je suis bien sûr que c'est la première qu'il va dire.

BONNARD, à part.

Le fat!... comme son pèrel... il lui ressemble... mais le père était mieux.

BEAUSÉJOUR, s'avançant.

Pardon , monsieur!... je ne vous voyais pas.. . Vous êtes?...

BONNARD

Un amateur de choses bizarres.

BEAUSÉJOUR , regardant de temps en temps autour de lui comme attendant quelqu'un.

Les choses bizarres?. . J'en suis fàcbé, monsieur, mais elles ne sont plus de mode. BONNARD, le regardant.

Il parait que si.

BEAUSEJOUR.

Je vous jure que non!... Les curiosités?... Bah! c'est fini, usé!... Le gothique est chez les couturières; le chinois chez les vieilles filles; les cristaux dans les cafés, et les dorures chez les agens de change... nous n'en voulons plusl... ( A part. ) M™" iJeatival se fait bien attendre! BONNARD, a part.

Qu'on dise encore que les nobles ne sont plus dédaigneux! Le père était poli au moins.

BEAUSÉJOUR

Tout cet amas de curiosités dans un appartement fait ressembler celui qui l'habite à un marchand retiré qui n'a pu se défaire de son fonds de magasin ; et certes nous ne voulons pas ressemblera des marchands retirés... H donc I

BONNARD, a part.

Ils n'étaient pas de cette force-là autrefois.

BEAUSÉJOUR

Monsieur semble étonné ?... il ne va pas dans le monde, peut-être î

BONNARD

J'en ai fait deux fois le tour depuis vingt ans, monsieur.

BEAUSÉJOUR, riant.

Ah! bon! bien! délicieux!... mais nous ne comptons le monde que de la rue Saint-Lazare à la rue de Varennes , en élagu.mt encore les troiJ quarts de ce qui est renfermé dans cet espace.

BONNARD, à part.

Ils sont cent fois plus insolens et plus ridicules qu'ils ne l'ont jamais été.

BEAUSÉJOUR, à pan.

M"" Beauval ne peut tarder; il faut que je me débarrasse de l'importun. ( llam. ) Monsieur, nous sommes maintenant amateurs de la nature.

BONNARD

Pourquoi pas du naturel ?

BEAUSÉJOUR

Nous donnons des fêtes champêtres pour qu'on en rende compte dans les journaux de Paris, et nos plaisirs sont en proportion du nombre des abonnés.

BONNARD

Ma foi, monsieur, il me semble que quand j'étais jeune on s'amusait tout simplement pour s'amuser, et je me rappelle qu'a l'époque où le père Bourichon...

BEAUSÉJOUR, vivemenl.

Hein?... quel nom dites-vous là?

BONNARD

Le nom de Bourichon!... oh! cela n'a pas un air aristocratique, n'est-ce pas?... et les gens comme vous ne connaissent pas un pareil nomî

BEAUSÉJOUR, à part.

Plût à Dieu 1...

BONNARD

La maison Bonnard et Bourichon, bonnetier!, rue du Petit-Lion.

BEAUSÉJOUR, à part.

C'est bien ça !... je vais me trouver mal!...

MAGASIN THEATRAL

BONNABD.

Vous semblez contrarié?... qu'avez-vous donc?

BEAtlSÉJOCR.

Moi?... rien!... rien'.... que puis-je avoir?

BONNARD

Le père Bourichon, monsieur, a laissé une grande fortune, et un fils qui, dit-on , rougit du nom de son père!... Il s'est donné un nom de fantaisie... Ueaucour... BoiUour... je ne sais pas

au juste... seulement ça finit en our mais je

le saurai I...

BEACSÉJODR, à pari.

Oh! le bourreau !

BONNARD

Moi qui suis observateur, qui devine à la première vue, que je le rencontre seulement... et nous rirons!... pas lui peut-être?... Quelle grimace faites-vous donc?... c'est cela qui vous choque?... ah! je le crois bien I... vous, un grand seigneur I...

BEACSÉJOUR , à pari.

Se moque-t-il? ou se trompe-til?

Vous êtes comme votre père I...

BEAUSÉJOCR.

Mon père ?...

BONNARD

Je l'ai connu.

BE.iCSÉJOUR.

Vous connaissez donc... ?

BONNARD

Je connais les pères, moi, oui, monsieur! J'aimerais autant, je l'avoue, être d'âge à ne connaître que les fils ; mais il y a vingt ans que j'ai quitté ]a France, et je suis en arrière d'une génération ! Votre père, et j'ai peur que vous ne suiviez son ciemple, a plus d'une fois porté le trouble dans les ménages et la séduction dans les cœurs. EKAUSÉJOUR, ù pan.

Le père Bourichon?... le plus vertueux bon- DCtier du quartier des Innocensî

BONNARD

Il abusait un peu des avantages que la nature lui avait donnés.

BEACSÉJODR, souriant.

Est-ce que j'abuse, moi, des avantages que m'a donnés la nature?... c'est possible I

BONNARD

Oh! c'élait un véritable grand seigneur!... Le jeu, le luxe, les femmes !...

BEAUSÉJOCR.

Oh! oh! monsieur!... [A part.)\\ y aerreur !.. c'est sûri

BONNARD

Du scandale! des duels!...

BEACSÉJOUR, n part.

Si mon pauvre père Bourichon a, de sa vie, touché une épée...

BONNARD

Oui, monsieur, j'ai connu le comte de Sainl- Méry.

BEAUSEJOCR, à part.

Il me prend pour le comte? j'aime mieux ça!

BONNARD

Et je crains que son fils...

BEADSÉJOCR.

Son Gis, monsieur, est un homme d'honneur.

BONNARD

Homme d'honneur!.. . fort beau mot, qui ne signifie pas grand'chose!...

Ain : De t'ofre bonté gcntreiise.

ï.'liunneur njquit Jcs modernes usages ; D'un beau m-inleau c'est un gueux revelu, Qui lie la foule usurpe les hommages, Et de ses droils dépouille la vertu :

Son fdux e'cUt ressemlile à la dorure

Qui l)rille un jour aux jeux qu'elle aLusait

Mais la venu toujours solide et pure. C'est l'or qui résiste au creuset.

Aussi j'aimerais mieux un homme vertueux, et, comme disait le père Bourichon...

BEAUSÉJOBR, à part.

Encore!...

BONNARD

J'aime à citer son gros bon sens, et je m'étonne que son fils en ait manqué!... Aussi je veux le trouver, et je n'aurai pas de repos que je n'aie vu Cadet Bourichon... c'est ainsi que nous le nommions!

BEACSÉJOCR, à part.

Ohl .. il faut que je l'emmène d'ici ! [Haut.) niais venez donc, monsieur, visiter les curiosités du paysl

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