‹ Mari magnoChapitre 30 sur 33 · JE LES AI VUS · texte numérisé non relu

JE LES AI VUS

Je les ai vus là-bas la nuit, tes yeux, Dans la cabane des bergers, Sous le baraquement des terrassiers, Aux confins des prairies, près de la butte des pionniers.

Au détour des jardins naïfs où les colons

Se complaisaient à façonner un peu de la patrie,

Combien de fois je me suis arrêté

Chercher ma fleur pourpre de sang, fauve, de feu.

O toi qui m'as damné mais enivré, Comme une des boissons qu'on boit là-bas sous le soleil austral.

Et ta voix répondait : — Et moi,

Ne t'ai-je pas damné aussi,

Et mon amour ne t'a-t-il pas, toi aussi, enivré,

Comme un de ces parfums que l'on respire

Ici nos nuits de France?

MONTE, 0 MA PLAINTE Monte, ô ma plainte, vers mes lèvres!

Autrefois j'entendais des chants tendres d'oiseaux chanteurs;

Les matins autrefois étaient mes frais camarades;

J'avais avec l'étang des conversations qui ne finis saient pas;

Je m'amusais des bêtes des prairies et des mouches de la fenêtre;

Un éternel présent exaltait ma fragilité;

J'interpellais de cris grandiloquents le soleil;

Entre les fleurs de mon jardin j'ordonnais des concours et je distribuais des prix,

Et je riais, dressant des arches claironnantes devant la porte de la vie.

Je n'entends aujourd'hui que la voix chuchotante de mon cœur.

Descends, ma plainte, vers mon cœur!

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