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d'économie sociale". Mais Gérin-Lajoie s'est inspiré de tant de patriotisme que le rôle idéal qu'il assigne au défricheur canadien et l'existence prospère que son imagination lui fait vivre confèrent un mérite littéraire à plusieurs pages de cette œuvre, sociale au premier chef.
Louis Hémon, lui, s'est arrêté dans un milieu que nous avons tous mi ou dont nous avons maintes fois vu les pareiLs. Apercevons, après lui, ce qu'il y a observé de pittoresque et de saisissant, et ce qu'il a tiré et que l'on ne se doutait point qu'il pût tirer de ce trou perûu. Par le talent peu tapageur d'iin romancier encore inconnu, voilà que c^' trou perdu est promu à la dignité littéraire : et vous verrez que des touristes fixeront désormais dans leur itinéraire la petite patrie de Maria Chapdelaine, comme d'autres y m-ettent le pays d'Evangéline. iouis—SémoiL-aous.. a effectivement donné le portrait réel et définitif d'une famille de llÛ£liÊiiûii~Ciinadien-fran£ais. dans le cadre qui eonveiiaiJL-à-ce. portrait. •--.-^.,-.— ^ .,„^.,.^ ^
En observant ainsi le défricheur canadien, Louis Hémon ne s'est donc soucié que de littérature, de par son état qui était de peindre et non de prêcher : son métier est si sûr. son rendu si exact, sans maniérisme et sans fignolage, que la pensée patriotique et sociale se dégage de son œuvre, tout comme l'impression littéraire se dégage du patriotisme aussi sincère qui a inspiré Jpan Eivard. C'est par sa fidélité à exprimer les seinJTuentj^ de ses personnages que Louis Hémon révèle ^^° TîiirîrflIPi p7-'^^''>iTfT«^g fie leur attachement à la teri'e natale. Et c'est ainsi qu'une pensée discrètement patriotique, que l'auteur soucieux de son impersonnalité d'artiste n'a pas voulu exjîrimer autrement, s'exhale de son récit, comme de la vérité même, et procure un sens et défère même un rôle à ce livre qui aurait pu se contenter d'être intéressant. Les circonstances qui font paraître au Canada cette œuvre en des heures suprêmement douloureuses pour la France et pour l'Angleterre et donc pour nous tous, en accentuent singulièrement la pensée et la rendent tout à fait digne de la bonne foi et de la véracité de l'auteur, cependant qu'en la faisant ainsi jaillir, il ne songeait point que la guerre fût si proche. Effectivement et au moment | le meilleur, ce r^o\\ véi-i^liqur i^t ^liiirèro fera connaître f en France les vertus de ces paysans canadiens dont les * fils ou les petits-fils se retrouvent dans toutes les guerres saintes, et plus nombreux que jamais dans la grande guerre qui est la lutte décisive du droit des peuples et des gens contre le débordement furieux de
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l'arrogance bocliisante; il célèbre paisiblement J.' "amour sacré jle. Ig, ]).utrie-!.; il démontre encore l'affection que Tés écrivains de France, comme toiis les Français, éprouvent à notre endroit lorsqu'ils nous étudient et nous regardent de près, et qu'il suffit d'un peu de sympathie et tl'attention de part et d'autre pour que nous nous connaissions mieux, entre Canadiens et Français, ou plutôt que nous nous reconnaissions, de loin et en tout temps, aussi bien que Français et Canadiens se reconnaissent aujourd'hui dans les tranchées, face à l'ennemi commun... Mais, c'est entendu, le roman de Gérin- Lajoie est un plaidoyer, et celui de Louis Hémon est uaajeinture. On ne saurait conséquemment comparer rïm à l'autre. Toutefois, ils se ressemblent pour démontrer que les sujets de romans ne manquent point chez nous, et que la pusillanimité de nos littérateurs ne doit pas incriminer la i)auvreté des sources d'inspiration que la nature canadienne leur fournit,
La préface de Cromicell a définitivement démontré que "tout ce qui est dans la nature est dans l'art", et il n'est lias inutile de répéter à nos jeunes gens de lettres que leur seule chance de bien faire, sinon leur principale chance de réussir absolument, c'est de s'inspirer de la nature canadienne et de s'j' soumettre aussi bien.
La littérature n'est pas une carrière chez nous, mais la manifestation quasi irréijressible des dispositions artistiques de notre tempérament français; elle est ainsi l'occupation de quelques esprits jouissant de loisirs ou s'en créant pour se former tant bien que mal aux lettres et qui, de fois à autre et par intermittences, mettent en œuvre le produit de leurs études en publiant ça et là quelques volumes dont l'ensemble constitue et représente notre littérature nationale. Nous parlons ici des œuvres de littérature proprement dite, et surtout de nos romans, puisqu'à propos de Maria Chapdelaiïic; car il serait par trop injuste de méconnaître le labeur ou de diminuer le inérite de nos historiens, annalistes et éducateurs qui ont persévéré et persévèrent encore à faire contre fortune bon cœur. Nous n'oublions pas que Garneau a sacrifié son propre avenir et celui de ses enfants afin de pouvoir dire toute la vérité sur les hommes et les événements de son pays. Et nous ne savons que trop oii la poursuite de la poésie a conduit Crémazie. De même, le sort de Nevers, de Buies, de Nelligan et d'autres écrivains canadiens, s'il n'est guère encourageant, n'en est pas moins glorieux et digne de notre respect et de notre gratitude.
Lorsqu'on songe aux difficultés qu'il faut vaincre,
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au courant d'indifférence et de corruption verbale qu'il faut incessamment remonter pour nous tenir au niveau de la bonne langue française, on peut facilement évaluer la dépense de bonne volonté que la formation littéraire exige de nos écrivains ; et l'on doit aussi admettre qu'il ne leur reste guère les moyens d'acquérir par surcroît les connaissances générales et spéciales, la facilité et l'originalité qui font les œuvres parfaites. Dans de pareilles conditions, l'écrivain canadien-français qui ne se croit j)as forclos en littérature, mais qui se risque et parvient à faire œuvre artistique, ne mérite pas seulement l'indulgence et l'admiration : il mérite de réussir. Ce serait toutefois Tillusionner que de lui promettre, dans le roman, les succès que la carrière littéraire fait entrevoir aux écrivains, en d'autres paj's que le nôtre.
La littérature proprement dite n'est donc encore qu'un art d'agrément chez nous, et nos jeunes littérateurs feraient bien d'y prendre garde et de ne point s'aller jeter dans le roman comme dans un métier facile et lucratif ; car rien n'égalerait leurs mécomptes et leur déception. Ce métier est vraiment si difficile et si déficitaire, chez nous, que la seule raison platisible, pour nos littérateurs, d'entreprendre la composition d'un roman, c'est de se consacrer à une œuvre d'art et de n'en attendre nulle autre récompense que le mérite et la joie d'avoir fait besogne d'artiste. Ars severa, gaudium magnum. Et c'est encore à supposer que l'effort, le travail de création, d'autant plus laborieux et angoissant que l'artiste est plus consciencieux, ne décourage pas dès l'abord le littérateur canadien imparfaitement préparé à cet effort et tenant pour une insuffisante compensation la seule joie intime de la réussite ; car il sait bien que le public ne lui en saura gré qu'imparfaitement. Dans son charmant Art de lire, le regretté Faguet fait cette constatation : "La vie n'est pas liseuse, puisqu'elle n'est pas contemplative. L'ambition, l'amour, l'avarice, les haines, particulièrement les haines politiques, les jalousies, les rivalités, les luttes locales, tout ce qui fait la vie agitée et violente, éloigne prodigieusement de l'idée même de lire quelque chose". Et il cite à l'appui cette observation de La Bruyère : "Personne presque, par la disposition de son esprit, de son cœur et de sa fortune, n'est en état de se livrer au plaisir que donne la perfection d'un ouvrage." En écrivant ainsi, Faguet songeait à ce qui se passe en France. Qu'eût-il écrit, grands dieux, sur notre disposition à la lecture !
n n'en est pas moins regrettable que le roman n'ait