FRÉDÉRIC, LUCY
FRÉDÉRIC
Il est donc vrai... c'est vous... vous, Lucy, qui me cherchez!...
LUCY
Oui, monsieur...
Frédéric, la voyant regarder autour d'elle avec inquiétude.
Ah! vous pouvez parler sans crainte... nous sommes seuls. - *,
LUCY, toujours inquiète et troublée.
Oui... j'ai voulu venir... pour yous parler... à vous... à vous seul... et j'ai dû éloigner...
FRÉDÉRIC
Je vous écoute ; et puissiez-vous me dire que vous avez compris enfin...
LUCY
Oui, j'ai compris votre passion... nos torts envers vous... votre ressentiment après l'injure... frédébic
Du ressentiment? Je n'en ai plus, Lucy... j'oublie tout... je ne veux plus penser qu'au bonheur de vous voir ainsi près de moi...
LUCY
Pardonnez, les momens sont précieux... il faut que vous m'entendiez : monsieur Frédéric, vous m'aimez, dites-vous?
FRÉDÉRIC
Si je vous aime !...
lucy.
Eh bien ! prouvez-le-moi. Votre cœur est noble et généreux... je l'ai vu à votre enthousiasme pour la liberté, à votre pitié pour ces infortunées que vous défendiez tantôt, et que vous frappez maintenant en moi.
FRÉDÉRIC
Oh! c'est bien malgré moi!... c'est vous qui m'y forcez. Dites un mot, et je brise les chaînes de tous ceux qui m'appartiennent... dites... l'exigezvous?
LUCY
Je n'ai pas le droit... je ne puis avoir le droit de rien exiger de vous... mais je viens vous sup-
MARIA
plier, vous demander une grâce... la seule, la dernière...
Frédéric, avec colère.
Celle de Yivre pour Albert, n'est-il pas vrai ? Ah! ne l'espérez pas... vous laisser au pouvoir de
mon rival!...
lucy, vivement.
Et si je n'y restais pas?..
FRÉDÉRIC
Que dites-vous ?
LUCY
Si je renonçais à lui?
FRÉDÉRIC
Vous?...
LUCY, avec douleur.
Oui! oui... monsieur... je l'aime... mais puisque cet amour cause votre colère et son malheur... puisque ma tendresse pour M. de Prével... Frédéric, avec impatience et colère.
Ah!
LUCY
Jenele verrai plus... je vous le jure, {pleurant) je ne le verrai plus... jamais... monsieur, entendez-vous?... jamais!... dès aujourd'hui, séparés... pour toujours.
FRÉDÉRIC
Vous consentiriez?... {Avec défiance.) Mais qui m'assure que plus tard...
Jamais, vous dis-je!
FRÉDÉRIC
Mais moi, moi, Luçy... vous me permettrez de yous revoir, je puis espérer.
LUCY
Ni à l'un ni à l'autre !
FRÉDÉRIC
Mais y consentira-t-il, lui ? Il vous cherchera.
LUCY
Je saurai me soustraire...
FRÉDÉRIC
Et comment?...
LUCY, après un court silence.
Comment?... c'est mon secret, monsieur ; {mouvement de Frédéric) mais je vous le dirai, si vous m'accordez la grâce que je venais implorer. Frédéric, à lui-même.
Elle renoncerait à lui ! {Haut.) Eh bien ! parlez... cette grâce...
LUCY
Monsieur, le malheur et la honte sont entrés avec moi dans cette maison où l'on m'avait permis d'abriter ma faiblesse et ma misère!... Pour n'avoir aimée et crue digne de lui, Albert se voit ïUenacé dans son avenir, dans son honneur ! Ah l monsieur, vous ne le perdrez pas ! Il n'a rien su, il n'a rien trahi ! vous tairez à jamais ce secret déshonorant, et moi, j'oublierai l'avenir que je m'étais promis dans un jour d'égarement, je me soustrairai à cet amour qui était ma vie.
Frédéric, vivement ému, à lui-même.
Ah! pourquoi l'ai-je retrouvée?
lucy, sanglotant, à part, regardant au fond.
Oh! oui, la mort... elle est là, si près de moi!
et lui que j'aurai sauvé... il me pardonnera... Le temps... les années... le soin de sa gloire, lui feront oublier l'infortunée... Il m'oubliera, n'est-ce pas, monsieur? je ne serai plus rien pour lui, rien; mais si quelquefois mon souvenir... Ah! du moins il n'aura pas le droit de me maudire.
FRÉDÉRIC
Madame! ces accens, ces larmes... Ah! si je l'aimais moins!
LUCY
Frédéric ! vous êtes ému ... ah ! ma voix a pénétré jusqu'à votre cœur! Oui, je vous l'ai dit, il n'aura pas mon amour... et vous, vous aurez ma reconnaissance!
FRÉDÉRIC
Vous le voulez, Lucy ! Ah ! j'essaierais en vain de vous résister. {Mouvement de joie de Lucy.) Mais vous tiendrez votre serment ?
LUCY
Oui.
FRÉDÉRIC
Eh bien ! je jure ici, sur ma vie et mon honneur, de taire à jamais votre secret.
LUCY
Ah! merci. {Regardant la gauche.) Albert... adieu !
FRÉDÉRIC
Et maintenant, parlez.
LUCY, à elle-même, avec exaltation.
Mon Dieu! mon Dieu! pardonnez-moi! c'est pour le sauver.
FRÉDÉRIC
Parlez, que voulez-vous faire ?
lucy, montrant le fond.
Mourir !
Elle s'élance vers le fond. Musique»
Frédéric, avec effroi et douleur.
Ah!... {lise précipite sur ses pas.) Non!... non!...
La porte du fond s'ouvre, Albert paraît. Lucy pousse un cri.
LUCY
Ah!...
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