DON ROT
Qui l’eût dit?
Que l'ange, au front si pur, un jour serait maudit. Et qu'il échangerait sa robe virginale Contre un lambeau souillé de la pourpre royale ? l/ange est tombé, qu'il souffre 1 Écoutez, je suis
[vieux ,
Le specude du monde a fatigué mes yeux;
J'ai connu tant 4« maux, de désastres, de crimes! J’ai TU tant d'oppresseurs, compté tant de victimes I J'avais, pour consoler mes regards altrisiés Le souvenir des lieux par ma fille habités :
11 ma semblait la voir. Je l'eotondtis encore I Ainsi que l’alouette, au lever de l'aurore,
Elle chantait, à rendre un séraphin jaloux.
Les vifs et gais refrains du pécheur andaloux :
Ob t c'est quedanssa Aouebe à mon ameattendrie Ils paraissaient si doux, ces chants delapàtrie! Auendez, je voudraisles retrouverl...
Jt a l'oir de cbercher an chsal.
MARIE
Et moi,
8i je pouvais. ..
nie easlc, «I s'arrête suffuqute par les Urines. Hais non 1 ab 1 ^
DON RUT, la regardant.
Vous pleurez, pourquoi?
Moi, je ne pleure pas, mes yeux n'ont plusde larmes Do ma fille peut-être on vous a peint les charmes. Son regard, ses traits purs, son doux sourire? eh
[ bien?
C’était vrai!... mais, hélas! il n'en reste plus rient Le crime flétrit toutl... elle fut criminelle I
MARIA
Oh I je détromperai votre ame paternelle ;
De cet affreux tourment Dieu me délivrera ;
A votre cœur enfin ma voix arrivera:
Mon père!...
DON Rt'Y, reprenoni /n gauche.
Taisez'vous! que d'attraits! quelle [grâce I
Le ramier voyageur qui bat de l'aile et passe, L'hirondolle qui glisso â travers les roseaux.
Le cygne qui se penche en sillonnant les eaux.
Le frêle papillon, l'élégante gazelle.
Dans leur course, ou leur vol, sont moins gracieux
[qu'elle I
Ne la voyez-vous pas courant parmi les fleurs? L’éclat de ion visage efface leurs couleurs:
Que je l'aime t... Mon Dieu, pardonnez ce délire, 11 ne faut plusTaimer, car je dois lamaudirel
MARIA
Non ; cet arrêt cruel, quand vous l'auriez dicté, Par le Dieu qui nous juge il serait rejeté:
Ne le prononcez pas... AhI c'est lui qui m'éclaire I Peut-être cet écrit...
Ellr lire un écrit de son sein et le lai présenle.
Lisez, Usez, mon père.
• A dona Maria Padilla, moi, le roi,
» J'atteste devant Dieu que j’ai donné ma foi ,
» L’Église a consacré Tunion légitime » Que nul pouvoir humain ne peut rompre sans Voyez, il l'a signé cet acte solennel . [crime I » Qu'avait uacé le prêtre en monUnt fi l'autel ; C'est mon bien, mon trésor, mon titre h la cou-
[ronne;
Je viole un serment quand je vous l'abandonne. Que du moins mon parjure apaise vos douleursl DON RCV, détournant la tite.
Pourquoi me rappeler sa faute et mes malheurs? Sur ce papier encor pourquoi traîner ma vue?
Celte lettre fatale, un jour, je l'ai reçue.
Je m'en souviens... Un jour, on plaça sous mes yeux De ses honteux amours le récit odieux.
Je l'ai lu, je l'ai lu ! ma fille est une inffimo ;
Au démon de l’orgueil elle a vendu son ame.
Maîtresse de don Pèdro, elle a taché mon nom! «ARIA, avec désespoir.
n ne comprendra pas I maisnon, mon père, nonl Obi lises 1
Doa auT.
Qu'à jamais ce souvenir s'efface!
Puisté-je anéantir tout ce qui le retrace,
El, comme cet écrit, les fouler sous mes pieds Ces joyaux, ces trésors, *que ma honte a payés!
Il a pris l'écrit et il le brûle â U lAmpc.
ii4NA> avec vn cri déchirant^ et cherchant à le retenir.
Ab î ce papier .. mon père, arrêtez 1 DON RCT, la repoustant.
Laisse I laisse!
Jusqa*ati dernier débris je veux qu*il disparaisse.
MARIA, tâchant derarrSter.
C’est mon unique espoir.
DON NUT, la retenant et foulant aux pieds le papier enflafnnié.
Tais'toi! tais-lot! plus rien!
Je suis content!
MANIA, arec désespoir.
Mon Dieu ! quel sort sera le mien, Si, quelque jour, donPèdre, abjuranlia tendresse, Veut me jeter au front le nom de sa maîtresse? Qu’opposer aux mépris, s’il manquait à sa foi?
DON RCT.
Que faites*vousici?Quo voulez-vous de moi?
Je ne vous connais pasl... Ma tête embarrassée S’affaisse, mon front brûle, et malangueest glacée I Laiss€z-moi mourir seul, et mourir en ce lieu.
Je ne la maudis pas dans mon dernier adieu.
Il loinbaior un et irrnble perdre tout tentlmeot.
MANIA, à genoux devant lui.
Obi vous ne rtiourrcz point ; l’éternelle justice Ne m’infligera pas cet horrible supplice!
Grand Dieu! comme il est pâle! Au secours ! au
[ secours !