SCENE V
MAKIA, JUANA.
jOana, à Jfaria, çiti en rêveuse Ma ria...quclftiioDCc!...Eh bien! ma sreur, ch bien! Tu ne m'Ocoutes pas?... Ne me diras*tu rien?
Je suis seule avec loi : «le ta sœur bien aimée Ne reconnais lu point la voi\ accoutumée?
A qui confierais-tu les craintes, ton espoir,
Si tu me les cachais t
MARIA
Que veux-tu donc savoir?
JOAXA.
Des secrets de ton coeur tu n'as rien à ro'apprcn- MAtUA. [dre?
Tu les as devinés.
ICAKA.
Je voudrais les entendre.
MARIA
Pourquoi?
JOANA.
S’ils sont trop lourds, je peux les alléger ^ S'ils t’offrent du bonheur, je veux le partager.
MARIA
Et c'est ton droit, à loi, qui, depuis ma naissance, M’as fait de l’amitié comprendre la puissance;
A loi, ma seule amie et mon seul défenseur,
Que les anges du ciel choisiraient pour leur soeur. juaha , souriant.
Il me suHli A moi d’étre toujours la tienne.
Maria.
CM Juana, toujours!
JUAKA.
Alors, qu'il l'en souvienne, El fais-moi lire enfin dans ce coeur tourmenté, Qui souffre, attend, espère, cl ne m’a rien conté.
MARIA
La route où nous marchons, hclail n'est pas la
[ même ;
Comme toi , Juana , je suis aimée et j'aime ;
Mais demain ^ l'autel lu vas donner ta foi,
Et sais-je si l'autel doit se parer pour moi?
JOAXA.
Ainsi donc, prés de toi c'est l’amour qui rattlrc ! Il te l'a dit, ma smur?
El pourquoi me le dire?
Le cœur par un regard n* est-il pas dévoilé?
Ne savais-jo pas tout avant qu’il eût parlé?
JoinA, souriant.
Tu te livras pourtant au plaisir de renleodrcT maria.
Ecoule, Juana; mais vas-tu me comprendre?
D'un rêve ambitieux connais-tu le pouvoir?
De ton bonheur à loi l’on t'a fait un devoir ;
De don Luis d’Aguilar heureuse fiancée,
Ton apte hors de toi no s'est pas élancée ;
Jamais d'un avenir profond, mystérieux.
Tes regards D'ont cherché le secret dans tes cieuxl Mais moil... Sais-tu, ma sœur, que dès long-tcmpi
[ mon ame
Des oi^ueilleux désirs a respiré la flamme?
Sous le masque trompeur d’une feinte gaîté,
Je cache les tourmens de mon cœur agité.
Je chante... et vous riezl... Puis, quand la ouic
[se lève,
Elle apporte à ce cœur un immuable rêve ;
Mon œil, dans les vapeurs de l'horizon lointain, Cherche une pâle étoile â l’éclat incertain,
Qui scintille et qui tremble â la céleste voûte. Comme un timide espoir brillant au sein du doute, Et, d’une voix émue osant rinlcrroger.
Je lui dis : Du Très-üaut es-tu le messager T Me viens-tu révéler, toi, que mon œil regarde,
La joie ou les douleurs que l'avenir me garde?
JUAKA.
Pauvre sœuri
MARIA
Tu me plains? mais tu uc sais pas, toi, Si parfois le sommeil s'appesantit sur moi,
Quel songe me poursuit avant qu'à la lumière Se rouvre lentement ma brûlante paupière?
Monte-t-il de l’enfer, ou descend-il des deux? Qui doue les envoya ces êtres gracieux,
Modèles de beauté, fugitives images.
Dont l'essaim me sourit au milieu des nuages,
El qui devant mes yeux, souvent mouillésdc pleurs, Passcut eu me jetant des baisers et des fleurs?
JUARA.
Hélas! à quels pensers ion esprit s'abandonne!
MARIA
Et celui dont le doigt me montre une couronne, El qui, toutes les nuits, me prenant par la main, M'entraîne vers un Irène... et s'arrête en chemin? Ce n'est point un prestigq, une chimère vaino, Ma sœur ! â mon cêté chaque soir le ramène ;
Au même but toujours il me force à marcher,
El s’arrête toujours avant de le toucher!
Alors est-ce la voix des démons ou des anges Qui répète mon nom et chante mes louanges?
Car c’csl mon nom, c’est moi que l’on semble ado- De CCI cnccnslointain brûlant de m’enivrer,
Je veux courir! mes pieds s'attachent à la terre; Le jour brille, tout fuit ma couche solitaire.
Et sur mon cœur, de crainte et d'espoir tourmenté, Tombe de tout son poids la triste vérité!
R.tppclëc .aux devoirs oû je suis asservie.
Je crois en m'éveillant que je quitte la vie.
Je ri'prcnds et mon masque, et mon rire moqueur, Mais l'implacable rêve est au fond de mon cœur!
JCAHA.
Il l'en faut arracher!
MARIA
Va, celui qui Penvoio A d'étranges destins a préparé la voie;
Car tu ne sais pas touti
JUANA
Uélast je les comprend Cette 6cvrc du cœur^ ces songea déliranif
ÎUAGASIN THEATRAL.
Lt folle ambition dont too orne est troublée p»r UD mot iiB|>réru tourenl *’eil révélée,
Bt l’ai pleuré sur loi, qui ne sai* pa» encor Uorner des vains désirs le chimérique essor.
Souffre enfin qu’à ma voix la raison triomphante Chasse tous ces tableaux que ton délire enfante î Songe à range déchu !... L’orgueil, qui le perdit. Il te perdrait, ma sœur!
MAXta.
Mais ]e ne t’ai pas dit
Que cet être inconnu, dont la main obstinée Soulève un coin du voile où dort ma destinée, M’est point un vain lantôme! Il vit, il était là,
Tel que, durant les nuits mon œil le contempla, Alors que vers un tréne il m’ouvrait un passage I Oui, tes longs cheveux noirs sur son pile visage Tombaient ainsi! Scs yeux brillaient d’un feu pa-
£ reil !
Et son sourire ainsi torturait mon sommeil 1
«UANA.
Que dis-tu? don Mondez?...
MAMA
C’est lui, ma sœur!
JCAtA.
Qu’cnicnds-jeî
MAtlA.
J’ai dans scs traits mortels retrouvé ceux de
[l'aogel
Oh! comme, à son aspect, bondit mon faible cœur. Le jour oû près de nous Dieu l’envoya, ma sœur! Quand j’écoutai les sons de sa voix douce et tendre, Je ne respirai plus, afin de mieux l’entendre! Quel secours implorer contre lui? quel rempart H^turait pu dérober au feu do ce regard Dont j'avais tant de fois éprouvé la puissance? lioraqu’ttD soir, déplorant les chagrins de l’absence, U demanda mon cœur en échange du sien,
Hêlaa, il me sembla qu’il réclamait son bien.
leARA.
Juste Dieu! Maria, que dois-je croiroT
MAIIA.
Arrête !
Me frémis pas, ma sœur, et relève la tétc,
Que tes yeux sans effroi s’attachent sur mes yeux ! A (es nobles leçons, au sang de scs aïeux Maria Padilla vit et mourra fidèle,
Et le nom qu’elle porte est sans tache comme elle.
JOAltA.
Ouï, je te crois, je l’aimc, et veux te protéger: Econte-moi t demain notre sort va changer.
Des baisers malcrncls Dieu priva notre enfance, Nous vivions sans plaisirs cl presque sans défense, Seules dans ce château, loin d’un père! Aujour-
[d’hui.
Dieu me donne un époux et l’cnvoic un appui ! Eh bien! que don Mondez à don Luis se déclare, Et l’autel, qui pour moi s’einUcIlil et sc pare. Bientôt, couvert encor do pompeux ornemens, D*o&e autre fiancée entendra les termens.
MARIA
Le crois-tu, Jiiaua? je ne sais, mais je tremble.
JUAXA.
11 t’aime?
MiBU.
Oli, oui, sans doute! et pourtant il me semble Que CCI amour n'est point pareil a vos amour', Et mes rêves sont là qui m’obsèdent toujours.
}L’AKA.
Encore ? allons, ma sœur, plus de folle pensée I Don Mendez guérira ta pauvre ame blessée :
Faut-il, pour ressembler à ton fantéme vain, Qu’il te mène à l’autel un sceptre dans l.a rnain? A don Pédre appartient celui de la Castillf,
Ma sœur, et tu n’es pas de royale famille
MARIA, tû'cmi'nf.
Qu'importe?
iCAXA, <Tun tou de reproche.
Marial
MARIA
Pardon, ma sœur! pardon!
rCAXA.
Je te plains et t’excuse! Ecoute la raison ^
A de sages projets quo ce jour te rappelle!
[pelle?
Veux-tu m’accompagner, ma sœur, dans la cba- Pour mon heureux hymen viens l’orner avec moi, J'espère qu'avant peu je l’ornerai pour loi.
MARIA
Oui, que tou bonheur seul occupe ma pensée!
Venez donc, orgueilleuse et belle fianci'e,
De CCS raomens si doux surveiller les apprêts; Allons parer l'autel, et nous irons apres Dans la chambre où souvent ma veille solitaire D'un travail assidu vous cacha le mystère.
JUANA
Qu’cst-ce donc ?
MARIA , souriant.
Oh! je peux le le dire à présent.
Car rinsiant est venu de l'offrir mon présent.
JCA.'VA.
Un présent?
MARIA
Dicn modeste, et cependant utile.
JCARA , i/iVcmcnt.
J'ai deviné I
MARIA
Voyons.
JDAMA.
Oui, ma sœur est habile :
Le voile dont mon front sera paré demain D’un travail merveilleux s'enrichit sous sa main* Di’cst-il pas vrai? Réponds.
MARIA, lovrionf.
J’ai tâché!
lOAXA.
Quelle joiel
Tu songeais à la sœur? Oh, viens, que je le voie! Tu trouves le bccret d’embellir un beau jour. Mais je m'acquitterai, ma sœur 1 j’aurai mon (ow.
Elles lurtcnl ensemble. Le rideau batsae*