PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME DE LAMOTTE
Du vendredi vingtième jour de janvier mil sept cent quatre-vingt-six , de relevée en l'une des salles du gouvernement du château de la Bastille.
À été amenée par-devant nous Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon , conseiller du Roi en la cour de Parlement, par le sieur de I<osme, major adjoint du château de la Bastille, la dame de Lamotte de Valois, accusée, décrétée de prise de corps par l'arrêt du 1 5 décembre dernier.
1 Archives de C Empire, X 2 , 2576.
t!t PIECES JUSTIFICATIVES.
Après serment par elle fait de dire vérité :
Interrogée de ses noms, surnoms, âge, qualité et demeure,
À répondu se nommer Jeanne de Valois de Saint- Remy de Luz, épouse de Marc- Antoine-Nicolas comte de Lamotte de la Pénissière, âgée de vingt-neuf ans, demeurant a Paris, rue Neuve Saint-Gilles.
Interrogée dans quelle année elle s'est mariée, ce qu'elle faisait auparavant, et où elle était,
A répondu que, dès l'âge de cinq ans et demi ou six ans, elle a perdu son père et sa mère ; que madame de Boulainvilliers les a adoptés tous les trois après les informations sur leur nom et leur état, et les a mis en pension â Passy, où elle, répondante, est restée six ans pour recevoir l'éducation que l'on donne aux enfants dans les communautés ; qu'elle fut mise chez une couturière & Paris, où elle resta trois ans, pendant lequel temps madame de Boulainvilliers fit les recherches convenables sur ses titres ; après qu'ils eurent été reconnus , la dame de Boulainvilliers la prit chez elle, et elle y resta deux ans de suite ; pendant l'intervalle de ces deux années, elle fut reconnue pour être descendante de Henri II ; au bout de ce temps , madame de Boulainvilliers fit venir sa sœur, qui était restée à la terre de son père, et les plaça toutes deux au couvent de l'abbaye d'Yerres, près de sa terre de Montgeron, pour être plus à portée de les voir et de les faire venir chez elle ; qu'elle y resta vingt et un mois, que de là elle fut à l'abbaye de Longchamps deux ans ; qu'elle en
est sortie avec sa sœur pour aller a Bar-sur-Àube au couvent des Ursulines, pour être plus a portée de rentrer dans les biens de leur père, et six mois après, elle fut demandée par M. de Lamotte en mariage, lequel a été célébré le 6 juin 1 780, et au mois d'avril de l'année 1781, son mari partit pour son corps dans la gendarmerie ; un mois après , elle partit pour se rendre au couvent des Bénédictines de Saint-Nicolas , entre Nancy et Lunéville, où elle resta jusqu'au mois d'octobre, qu'elle apprit que madame de Boulainvilliers était à Strasbourg chez madame l'Intendante ; qu'elle s'y rendit avec son mari ; ne la trouvant pas, on lui dit de s'adresser au comte de Cagliostro , qui lui dit avoir vu la veille madame de Boulainvilliers chez M. le cardinal de Rohan, à Saverne, où ils se rendirent la même nuit; qu'étant descendus dans une auberge , elle écrivit à madame de Boulainvilliers qu'elle était venue exprès pour la voir, et la priait de lui indiquer l'heure où elle pourrait avoir l'honneur de la voir; M. de Boulainvilliers vint luimême la chercher, après toutefois en avoir demandé la permission à M. le cardinal ; qu'elle s'y rendit avec son mari, et reçut de madame de Boulainvilliers toutes les marques de tendresse qu'elle lui avait toujours témoignées; et les présenta à M. le cardinal, auquel elle conta
les malheurs d'elle répondante ; qu'ils y restèrent trois
jours, au bout desquels madame de Boulainvilliers, qui
partait pour Paris, la remit à son couvent et son mari
à son corps; en les quittant, elle leur fit promettre de
la venir rejoindre à Paris dans les premiers jours de
novembre, ce qu'ils firent l'un et l'autre. À son arrivée, madame de Boulainvilliers tomba malade de la petite vérole, ensuite d'une fièvre putride, dont elle mourut au bout de dix-sept jours, pendant lesquels elle répondante la garda jour et nuit; que sa mort a été pour elle d'autant plus sensible, qu'elle avait promis à son mari de lui acheter une compagnie de dragons ; que pendant sa maladie, elle a prié M. de Grussol et le bailli de Grussol de faire entrer son mari dans les gardes de M. le comte d'Artois , en attendant le rétablissement de sa santé; la répondante étant tombée malade, elle est restée pendant trois mois dans la maison de M. de Boulainvilliers; au bout des trois mois, elle a été rejoindre son mari à Versailles , et a été chez la veuve Bourgeois, place Dauphine, jusqu'au mois d'avril 1782, où elle s'occupa à solliciter à la cour des grâces que son nom lui promettait d'obtenir; et se voyant accablée de dettes, qu'elle avait contractées pour soutenir son nom et son mari et suivre ses affaires, elle écrivit à M. le cardinal, le 24 juin 1782, pour le faire ressouvenir de ses bontés qu'il avait promises à madame de Boulainvilliers pour elle répondante; il lui donna un rendez-vous le jeudi d'ensuite à Paris à son audience ; que ce jour elle lui rappela de nouveau ses malheurs, il l'assura que si elle disait vérité sur ses titres, sur ses affaires et sur ses dettes, il aurait soin de les adoucir; toutefois, ayant les pièces entre les mains, il lui demanda sa position actuelle , si elle avait des besoins du moment; qu'elle lui rendit compte de sa
position cruelle, étant poursuivie et son mari pour le payement de lettres de change ; pour le moment, il tira de son secrétaire 50 ou 60 louis sans les compter, qu'il lui remit, en la priant de lui écrire ou de lui dire ' si elle avait besoin d'autre chose, et lui donna un autre rendez-vous pour deux ou trois jours après, et ce à Paris; qu'elle s'y rendit, et que ce jour, après être entrée dans des détails avec lui , il lui donna 200 louis ; que lui ayant nommé les personnes au profit desquelles elle avait fait ou son mari des lettres de change, qu'elle avait à payer un sieur Louis-Isaac Bert, juif, négociant à Nancy, pour 5,500 livres, que le cardinal s'engagea à payer l'année d'ensuite, ce qu'il a fait en 1783. Pour lors, M. le cardinal désirant qu'elle demeurât à Paris pour suivre ses affaires et l'aider de ses conseils, tant pour elle que pour son mari, ils vinrent loger rue de la Verrerie en hôtel garni, où ils sont restés six mois avec sa sœur, qui était revenue de Bar-sur-Aube fort malade ; <ju'eile avait alors deux chevaux, cabriolets, cinq domestiques, tant hommes que femmes, et sa sœur, ce qui faisait une maison considérable à soutenir ; que dans ce temps, son frère est survenu et s'est logé hôtel de la Marine, ayant pour 10,000 livres de lettres de change à acquitter en trois termes; elle en fit part à M. le cardinal , auquel son frère avait apporté différentes choses curieuses pour son cabinet, qui voulut bien acquitter les lettres de change à leur époque. M. le cardinal sachant sa sœur fort malade chez elle, il lui envoya 200 louis par le sieur Garbonnière , chef de
son conseil, et sans entrer dans un plus long détail des dons que lui a faits M. le cardinal depuis qu'il a pris part à ses malheurs, elle se contentera de dire qu'elle a reçu de lui une somme de 78 à 80,000 livres; observe lu répondante qu'au bout de six mois qu'elle fut dans la rqe de la Verrerie, M. le cardinal lui dit qu'il fallait qu'elle fût logée plus décemment et plus commodément, et lui parla d'une maison qui était à louer rue Neuve Saint-Gilles , et lui proposa de la louer et de la faire meubler par son tapissier; la répondante lui observa qu'elle ne pouvait pas honnêtement employer ces moyens-là ; qu'il était plus naturel et plus honnête qu'elle la louât elle-même et fit meubler sa maison ; qu'après cela elle a pris à loyer cette maison pour six ou neuf années. Pendant tout ce temps-là, elle s'occupait toujours à suivre ses affaires et faisait des voyages à Versailles. M. le cardinal s'occupait à faire ou à faire faire des mémoires qu'elle avait à présenter soit au Roi, soit aux ministres. Vers la fin de 1784, M. le cardinal lui dit avoir parlé à M. de Galonné et lui avoir représenté qu'il ne faisait pas pour elle ce qu'il devait faire d'après la connaissance que l'on avait de ses titres ; qu'il était obligé de venir a son secours, et que c'était autant à prendre sur les aumônes du Roi, et que cela pourrait foire crier. M. de Galonné lui dit : a Vous n'avez qu'à en parler au Roi , je ne peux rien faire sans ordre. * M. le cardinal lui dit, à elle répondante : a Voilà toujours 1 5,000 francs que je vous donne, placez-en autant que vous pourrez ; comme je sais que vos affaires rrus-
siront, regardez cela comme des secours momentanés que je vous donne. » Sur ses épargnes, elle a placé environ 50,000 francs d'abord, 1 2,000 francs employés dans l'acquisition d'une maison h Bar-sur-Aube , qui a été vendue 18,000, mais dont son beau-frère en a payé 6,000 pour une aile de la maison, 30,000 francs qu'elle a placés sur M. de Crussol, 3,000 livres sur un autre particulier, et 6,000 sur un autre.
Interrogée s'il n'est pas vrai qu'elle disait sans cesse aux personnes qu'elle voyait, qu'elle jouissait d'un grand crédit auprès de la Reine, et qu'elle avait toute sa confiance,
À répondu qu'elle ne l'a jamais dit a personne, mais qu'à raison de l'opulence qu'elle avait d'après les différents dons qu'elle avait reçus des princes et princesses du sang et des bienfaits qu'elle recevait de M. le cardinal, d'après la connaissance qu'il avait de ses papiers, et comme venant du Roi , elle disait hautement à ceux qui lui faisaient des compliments que la cour voulait bien lui rendre justice; qu'au surplus elle n'a jamais dit à personne qu'elle eût accès auprès de la Reine , parce qu'il était visible à Versailles qu'elle n'allait pas chez la Reine : elle a simplement présenté en 1783, le jour de la Chandeleur, en public , un mémoire à la Reine , qui lui avait été dicté par M. le cardinal ; que ce mémoire n'ayant pas eu la réussite qu'elle espérait des bontés de la Reine, elle n'a jamais eu occasion ni prétexte de parler à la Reine ; observe même que depuis cette époque elle était des six semaines ou des deux
mois sans aller & Versailles, et qu'auparavant elle y allait tous les jours.
Interrogée si elle n'a jamais montré à des personnes qui venaient chez elle des lettres qu'elle disait venir de la Reine,
À répondu que non , que c'est une absurdité effroyable, d'après ce qu'elle vient de nous dire.
Interrogée si dans différents mémoires qu'elle a pu donner elle n'avait pas l'habitude de signer Marie- Antoinette de France , si notamment dans un qu'elle a donné à Luciennes, en présence de plusieurs personnes, elle ne s'était pas appelée Marie-Antoinette de France,
A répondu qu'elle n'a jamais pris ni signé les noms de Marie-Antoinette de France ; que quant au mémoire qu'elle a donné à Luciennes , c'a été uniquement un mémoire de sa généalogie qu'on a désiré voir, qu'elle a remis à madame du Barry en présence d'un de ses cousins, capitaine de dragons.
Interrogée si elle a connu à Versailles un nommé Descloux ou Desclau , garçon de la chambre et de la musique du Roi,
A répondu que non, qu'elle ne voyait personne ches elle qui appartint à la Reine.
Interrogée si le cardinal allait la voir assidûment' tant à Paris qu'à Versailles,
A répondu que oui, surtout à Versailles, où il venait assidûment chez elle; et elle et son mari allaient lui rendre compte de leurs démarches ; qu'à Paris, ces visites étaient moins assidues mais fréquentes.
À elle demandé si au lieu des secours qu'elle prétend avoir reçus du cardinal, il ne se contentait pas de lui donner de modiques sommes tantôt de 3 louis, tantôt de 5 , et une fois entre autres de 25,
À répondu qu'elle n'était pas faite pour accepter de pareilles sommes, ni M. le cardinal fait pour les offrir.
Interrogée si vers le mois de mars 1784 elle ne fut pas trouver le cardinal pour lui dire que, pénétrée de reconnaissance des secours qu'elle avait reçus de lui, elle se croyait assez heureuse pour lui être utile, ayant le bonheur d'avoir trouvé accès auprès de la Reine,
À répondu que non , que M. le cardinal savait parfaitement bien qu'elle ne parlait même pas à la Reine, qu'elle n'avait pas fait autre chose qu'un jour de se jeter à ses pieds pour lui présenter un mémoire, et que depuis ce temps-là elle ne s'était présentée en aucune façon auprès de la Reine ; qu'il ne pouvait en douter puisqu'elle lui rendait compte de toutes ses démarches, et que lui-même lui conseillait les démarches qu'elle avait à faire.
Interrogée si , s'étant aperçue que le cardinal était fort étonné de ce qu'elle lui disait, elle ne lui répéta pas plusieurs fois que son nom, ses malheurs et la bienfaisance de la Reine l'avaient fait parvenir jusqu'à elle, et si pour le persuader davantage elle ne lui montra pas des lettres qu'elle prétendit lui avoir été écrites par la Reine , et dans lesquelles il y avait quelques mots de bonté,
A répondu que non, et que M. le cardinal devait
savoir mieux qu'un autre ce qui se passait à Versailles, surtout vis-à-vis d'elle, qui ne faisait aucune démarche sans sa participation , et qu'elle n'a jamais eu l'honneur ni le bonheur de recevoir des lettres de la Reine, et ne lui en a fait voir aucune qui fût supposée venir de la Reine.
Interrogée si elle ne dit pas au cardinal, pour le mieux persuader, que la Reine était instruite de la conduite qu'il avait tenue à l'égard des affaires du prince de Guéménée et d'autres traits semblables ,
A répondu qu'elle a su comme le public que le prince de Guéménée avait fait banqueroute, mais qu'elle n'avait jamais su la conduite du cardinal à son égard , qu'elle aurait cru le faire rougir en lui en parlant; elle persiste à dire qu'elle n'a jamais parlé à la Reine et qu'elle ne l'a jamais persuadé au cardinal.
Du 21 janvier 1786.
Interrogée si elle n'a pas dit au cardinal que la Reine lui accorderait une audience, qu'elle le ferait venir pour lui donner un ordre , et qu'elle en prendrait occasion pour lui dire qu'il pourrait espérer en ses bontés,
A répondu qu'elle n'a jamais pu dire ces choses à M. le cardinal, d'après ce qu'elle nous a dit précédemment, qu'elle est étonnée que M. le cardinal prétende avoir eu besoin d'elle pour avoir une audience, et que lui , qui est par son état et par sa place journel-
lement auprès de la Reine , aurait pu s'apercevoir des dispositions où pouvait être la Reine à son égard.
A elle demandé si cette audience n'ayant pas été accordée et les doutes du cardinal naissant , elle ne lui dit pas que si la Reine avait différé, c'était parce qu'elle ne voulait pas qu'on sût qu'il pouvait compter sur ses bontés; mais que la Reine lui prouverait ellemême que tout ce que la répondante lui avait dit de sa part était vrai , et que rencontrant la Reine à la promenade, peut-être il lui parlerait ,
A répondu que cela n'est pas plus probable que ce qu'on lui a demandé jusqu'à présent, et ce à quoi elle a répondu; qu'elle persistait toujours a dire que le cardinal savait qu'elle ne voyait pas la Reine, et que si la répondante s'était annoncée pour avoir accès auprès de la Reine et obtenir des audiences pour un autre, elle ne l'aurait pas prié et ne l'aurait pas chargé de demander une audience pour elle, surtout M. le cardinal étant à portée lui-même de voir et de parler à la Reine quand il le jugeait à propos.
Interrogée si elle ne connaît pas une fille nommée Leguay de Signy, prenant le surnom de baronne d'Oliva,
A répondu qu'elle la connaissait pour l'avoir vue au Palais-Royal étant assise auprès d'elle; que, se trouvant seule, vu que les dames et autres personnes qui étaient venues avec elle étaient à se promener, elle s'impatienta de ne pas voir revenir son mari ; le monsieur qui était assis auprès d'elle fut le chercher ; pen-
dant ce temps une femme qui était assise auprès d'elle lia conversation avec elle , et lui paraissant honnête et décente, et voyant que M. le vicomte de Ghoiseul était venu lui parler, et que lui s'étant retiré, cette dame lui dit que le vicomte de Ghoiseul était un des amis de son mari et connaissait parfaitement ses affaires, et comme la répondante se levait pour s'en aller, cette dame se plaignit de ce que sa compagnie ne revenait pas et témoigna la peine où elle était de rester seule. Observe que cette dame était avec une petite fille de cinq ou six ans, lui demanda où elle demeurait, lui proposa de la reconduire chez elle, rue du Jour, où elle avait dit qu'elle demeurait. Dans ce moment son mari revint, à qui elle dit qu'elle allait reconduire cette dame , qui s'était dite la baronne d'Oliva et était à Paris pour solliciter un procès; qu'elle avait une sœur âgée de quatorze ans , à l'abbaye de Montmartre. Son mari fit semblant de ne la pas connaître et d'être fâché de ce qu'elle lui avait offert de la reconduire; arrivée à la maison de cette dame , rue du Jour, elle fut invitée de monter, ce qu'elle fit, s'étant aperçue que son mari cherchait les pieds de cette dame et lui faisait des signes des yeux ; elle est restée pendant une heure dans la chambre de cette dame qui lui parla encore de ses affaires , que son mari était en Amérique et qu'elle plaidait contre lui , vu qu'il retenait tout son bien et demandait des provisions; qu'elle lui de* manda de s'intéresser pour elle auprès d'un magistrat pour lequel elle lui donnerait un mémoire , et lui dit :
«Madame, si tous voulez vous informer de moi à M. le vicomte de Choiseul, il vous dira qui je suis, ayant été chargé de mes affaires très -longtemps. » Qu'elle répondante lui dît qu'elle allait à Versailles pour quelques jours et qu'à son retour elle la ferait avertir, ce qu'elle fit par son mari; cette dame vint chez elle, et, lui paraissant honnête et décente, elle l'admit dans sa société, la mena partout avec elle, et chez les personnes qu'elle connaissait, notamment à dîner chez la dame de la Fresnaye; que, vers la fin de juin 1784 , cette dame lui ayant demandé de l'amener à Versailles, qu'elle ne connaissait pas, la répondante l'y a menée deux fois , une à la fin de juin et une au commencement de juillet; que le 24 juillet suivant, cette même dame lui proposa de la mener à Versailles, mais comme elle avait promis au baron de Planta quelques jours avant de l'y conduire , et sa voiture, ce jour-là, étant remplie par elle répondante, le baron de Planta, sa femme de chambre et un gros paquet, cette dame alla avec le mari d'elle répondante, et le sieur Rétaux de Villette, ancien gendarme, dans une voiture, et se rendirent à Versailles; que le sieur Rétaux de Villette avait besoin à Versailles pour solliciter M. de Saint-Paul pour une sous-lieutenance de maréchaussée , qui était promise pour lui à madame la duchesse de Bourbon , M. le comte de Brienne et M. le duc du Ghâtelet, qui s'intéressaient pour lui; qu'elle répondante et son mari y allaient ce jour-là pour solliciter M. le maréchal de Castries pour obtenir la per-
mission d'engager un brevet de pension du frère d'elle déposante pour payer ses dettes; qu'étant restés trois jours à Versailles , ces messieurs lui ont amené la baronne d'Oliva.
À elle demandé si , au contraire de ce qu'elle vient de nous dire, lç mari d'elle répondante n'a pas fait connaissance de cette fille dans le printemps de Tan* née 1784 , l'ayant suivie du Palais-Royal, où il se promenait, jusque chez elle, dans la rue du Jour, au petit hôtel de Lambesc ,
A répondu qu'elle ne pouvait pas savoir si son mari la connaissait et comment il en a fait la connaissance.
Interrogée si ce n'est pas son mari qui l'a conduite un soir, à l'époque que nous venons de lui dire , et l'a laissée seule avec elle ,
A répondu qu'elle l'avait connue au Palais-Royal, comme elle nous l'a dit précédemment, et que ce n'est pas son mari qui l'y a conduite ni laissée seule.
Interrogée si, étant chez la fille d'Oliva à la première fois qu'elle y a été avant d'entrer, elle n'a pas tiré de son portefeuille des lettres qu'elle disait avoir reçues de la Reine, et n'en a pas lu plusieurs à ladite fille,
A répondu que ce que nous lui demandons est un rêve pour elle , et qu'il doit paraître fort extraordinaire qu'avant de connaître une personne et d'entrer en conversation avec elle , elle ait débuté par lui montrer des lettres de la Reine ; que si elle eût eu des lettres de la Reine ou des particularités de confiance dont elle
eût pu s'honorer, elle l'aurait fait vis-à-vis des personnes honnêtes et de sa connaissante, ce qu'elle n'a jamais fait.
Interrogée si elle ne dit pas à la d'Oliva qu'elle était une dame de la cour, qu'elle était les deux doigts de la main avec la Reine, qui l'avait mise dans toute sa confiance et l'avait chargée de lui trouver une personne qui fût dans le cas de faire ce qu'elle lui dirait quand il en serait temps; que le moins qu'elle aurait serait 15,000 livres, et que le cadeau qu'elle recevrait de la Reine serait encore au-dessus ,
A répondu que tout cela est très-faux et lui paraît un songe; qu'elle ne doute pas que M. le cardinal, pour faire rendre sa cause plus vraisemblable, n'ait imaginé ces choses-là , et que , comme cette fille était très-bien avec le père Loth , auquel le cardinal avait eu la bonté de le faire prêcher devant le Roi , et qu'il lui avait donné l'espérance de le faire séculariser pour le nommer prieur des Quinze-Vingts , suivant un projet que M. le cardinal avait créé pour l'administration de cet hôpital ; que ce père Loth nie avoir été chargé par voie directe ou indirecte de la part du cardinal de faire jouer dans cette affaire un rôle à, cette* d'Oliva qu'il connaissait relativement à des confidences que lui avait faites la répondante sur les chagrins que lui avaient causés des intrigues qui existaient entre cette fille et son mari , pour lesquelles le cardinal avait fait venir son mari, et lui avait dit qu'il manquait aux égards qu'il devait à sa femme, intrigues pour lesquelles la
répondante a chassé, vers la fin de septembre 1784, la fille d'Oliva, surtout ayant appris par les personnes de sa société les indécences qu'elle avait faites , qu'elle était une fille publique connue sous le nom de Signy, que son mari vivait avec elle depuis longtemps.
Interrogée si elle n'offrit pas à la fille d'Oliva de passer un acte des 15,000 livres par-devant notaires,
A répondu que non, et qu'il est naturel de croire que si elle lui avait offert elle l'aurait accepté, étant fort gênée dans ses affaires.
Interrogée si elle ne lui a pas dit que son mari viendrait le lendemain la prendre pour aller à Versailles,
À répondu que non.
Interrogée si la fille d'Oliva , s'étant rendue avec le sieur de Lamotte k Versailles, le lendemain , elle ne se trouva pas sur la place avec sa femme de chambre ; si elle ne fit pas descendre de voiture la fille d'Oliva et son mari , et si elle ne fit pas conduire par son mari et sa femme de chambre la fille d'Oliva chez elle, place Dauphine ,
À répondu comme elle vient de nous l'expliquer, c'est la troisième fois que la fille d'Oliva venant à Versailles , chez elle, y a été conduite par son mari et le sieur de Villette; qu'elle, répondante, y était venue avec le baron de Planta, a descendu celui-ci sur la place d'Armes; en arrivant chez elle, elle a trouvé la fille d'Oliva avec ces deux messieurs (Lamotte et Rétaux).
Interpellée de déclarer si c'est dans le printemps, on
à la fin de juillet ou au commencement d'août de Tannée 1784, que son mari conduisit la fille d'Oliva à Versailles ,
A répondu que c'est le 24 ou le 36 juillet de cette année ; observe que toutes les fois qu'elle allait à Versailles dans ce temps-là, elle était dans l'habitude d'en prévenir le cardinal; que soit qu'il vint chez elle ou qu'elle allât chez lui , ou que le cardinal l'envoyât cher* cher par le baron de Planta , ils se promenaient dans les jardins de Versailles, soit avec le cardinal seul, tantôt avec son mari , et tantôt avec son mari et le baron de Planta , et ce jusqu'à des deux heures du matin, et que ce jour-là sa femme de chambre et son jacquet l'ont trouvée se promenant dessus la terrasse avec le cardinal et le baron de Planta, et que le cardinal était en lévite , chapeau en clabaud ! , et faisait le boiteux pour n être pas reconnu, ce que ses gens lui ont fait remarquer.
Interrogée si en rentrant chez elle elle ne dit pas à la fille d'Oliva qu'elle venait de chez la Reine, à laquelle elle avait annoncé son arrivée; que la Reine était enchantée de cela, et que la Reine s'en amusait beaucoup, que le lendemain elle lui dirait ce qu'elle avait à faire ,
A répondu que cela est très-faux.
Interrogée si le lendemain vers les neuf heures du soir elle n'habilla pas la fille d'Oliva en négligé, avec
1 On disait au siècle dernier qu'un chapeau était en clabaud quand l'un de ses bords baissait pins que l'autre.
une robe blanche en chemise, et si elle ne lui fit pas prendre une grande thérèse de gaze d'Italie, blanche,
À répondu que la baronne d'Oliva était vêtue avec une robe anglaise de mousseline des Indes brodée, avec un jupon rose dessous, et coiffée avec ube calèche de gaze blanche qu'elle lui a prêtée, parce qu'elle avait un bonnet fort sale; qu'elle a été promener avec son mari et le sieur de V Mette; qu'ils sont rentrés entre minuit, une heure; que, pour elle, elle fut promener seule avec M. le cardinal jusqu'à Trianon , et là , venus dans une chaise sous les piliers de la galerie, et est rentrée seule chez elle à minuit; et que son mari, le sieur de Villette et la fille d'Oliva , n'étaient pas encore rentrés; que s'étant impatientée de ce qu'ils ne rentraient pas , elle est sortie avec sa femme de chambre pour les chercher, et qu'elle ne les trouva pas.
A elle demandé si elle ne dit pas à la fille d'Oliva qu'elle allait la conduire dans le parc, où elle parlerait à la Reine, avant de parler à la personne à qui elle remettrait une lettre qu'elle lui donnerait,
A répondu que non, et que c'est très-faux, et est indignée de ces horreurs-là.
Interrogée si elle et son mari ne conduisirent pas la fille d'Oliva dans le parc , si elle ne lui remit pas une rose pour la donner à la personne qui paraîtrait devant elle, en lui disant : « Vous savez ce que cela veut dire* ;
A répondu que non , et qu'elle ne peut s'empêcher de dire qu'elle regarde cela de la part de ceux qui l'ont dit ou fait dire comme un trait de folie.
Interrogée si , le sieur de Lamotte les ayant quittés, elle ne rentra pas avec lu fille d'Oliva dans une charmille où il y avait une brèche , et si elle ne lui dit pas en la quittant : « Acquittez-vous bien de votre commission , parce que la Reine vous regarde » ;
A répondu qu'elle est indignée de tant de mensonges et d'horreurs.
Interrogée si elle n'avait pas fait placer auprès de la charmille un particulier qui a la figure mince, le teint pâle , le visage allongé et les sourcils noirs,
A répondu que non, et que cela n'a pas le sens commun.
Interrogée si elle n'a pas quitté la fille d'Oliva pour aller avertir le cardinal que la Heine se promenait et lui permettait de se présenter,
A répondu que non ; que tout cela est une fable incroyable et des bêtises.
Interrogée si le cardinal ne s'avança pas vers la fille d'Oliva, qu'il prit pour la Reine, et si cette fille ne remit pas au cardinal la rose, en lui disant : «Vous savez ce que cela veut dire » ;
A répondu que Y Académie française ne devrait pas être ouverte au cardinal, après avoir dit ou fait dire de pareilles bêtises.
Interrogée si dans le moment même, un particulier
qu'elle avait fait placer auprès de la charmille, ne vint
pas annoncer que Madame et madame la comtesse
d'Artois rejoignaient la Reine, et si elle ne vint pas
rejoindre la fille d'Oliva en lui disant : « Venez vite, venez vite » ;
A répondu que tonte cette histoire est d'autant plus absurde, qu'il n'était pas possible de penser que M. le cardinal imaginât que la Reine pût se prêter à une scène aussi extraordinaire et aussi malhonnête, et que le cardinal put s'aveugler au point de ne pas reconnaître la Reine.
Interrogée si la fille d'Oliva, après cette scène, ne s'est pas retirée avec le sieur de Lamotte, et si elle, répondante, ne s'est pas retirée de son côté avec le cardinal ,
A répondu que non, et s'en réfère à ce qu'elle a dit plus haut, et que tout cela est faux.
Interrogée si au bout de deux heures elle n'est pas rentrée chez elle d'un air fort gai , et si elle ne dit pas à la fille d'Oliva que la Reine était contente de la façon dont tout cela s'était passé,
A répondu que tout cela est faux.
Interrogée si le lendemain elle ne lut pas à la fille d'Oliva une lettre qu'elle dit être de la Reine, laquelle portait : « Ma chère comtesse , je suis très-contente de la personne que vous m'avez procurée, elle s'est acquittée de sa commission à merveille, elle peut être assurée de son sort » ;
A répondu que tout cela est faux, et la suite d'une fable mal ourdie et d'une cabale mal concertée.
Interrogée si après le retour de la fille d'Oliva à Paris, elle ne lui a pas plusieurs fois donné à dîner, et
si elle ne lui a pas remis une ibis 1,000 livres et une autre fois 3,000 livres en billets de la caisse d'escompte,
À répondu qu'au retour de ce voyage de Versailles elle a malheureusement continué de voir la fille d'Oliva, ainsi qu'elle nous l'a dit, jusqu'au moment où elle a été forcée de la renvoyer de chez elle, et qu'il est affreux qu'une connaissance qui ne lui avait donné que des désagréments, lui procure encore celui de voir qu'on s'est servi d'une fille aussi vile que celle-là pour faire un rôle aussi ridicule que celui que nous venons de lui exposer \ qu'il y a apparence que l'on a fait ou promis un sort à cette fille pour jouer un pareil rôle ; qu'elle n'a donné ni 1,000 livres ni 3,000 livres.
Du 23 janvier 1786.
Interrogée- si quelque temps après ce qui s'était passé dans le parc de Versailles, elle ne dit pas au cardinal que la Reine s'intéressait à des personnes qui avaient besoin de 50,000 francs, et si le cardinal ne lui remit pas cette somme ,
À répondu que le cardinal ne lui aurait pas remis ces 50,000 francs; que la Reine ne pouvait pas être en cas de les demander, et qu'il aurait fallu une belle confiance de la part du cardinal pour les remettre.
Interrogée si dans le courant du mois de novembre
suivant elle n'a pas demandé au cardinal une somme
de 100,000 livres pour un pareil emploi, et si le car-
dinal ne lui a pas fait remettre ces deux sommes par le baron de Planta ,
À répondu que le cardinal ne lui a pas fait remettre ces deux sommes, et que s'il l'a dit, ou le sieur de Planta, cela est de plus fou en plus fou, et très-invraisemblable , et qu'on ne donne pas de semblables sommes sans en retirer des reçus ou reconnaissances.
Interrogée si ce n'est pas à cette époque-là qu'elle faisait beaucoup de dépenses, et qu'elle apporta des sommes de 30,000 francs et autres à différentes personnes,
A répondu qu'elle pourrait s'en rapporter à ce qu'elle nous a déjà dit, mais qu'elle nous répète la vérité; que le cardinal, lui faisant des dons assez considérables, l'a engagée à les placer, de façon à se faire un sort en attendant la réussite de ses affaires, ce qu'elle a fait; et nous continue d'observer que le cardinal n'aurait pas été assez dépourvu de sens pour donner 50,000 écus, sans avoir par devers lui des ordres bien reconnus pour être de la Reine, ou au moins sans en avoir un reçu d'elle ; elle observe en outre qu'il y a apparence que le cardinal ayant lu dans le Mémoire d'elle , répondante, qu'elle avait reçu de lui des sommes qu'elle avait placées en partie, il a cru en tirer une induction que l'on pourrait tirer contre lui , en disant qu'il avait donné et remis pour la Reine des sommes aussi considérables.
Interrogée si elle connaît un avocat nommé de Laporte,
A répondu que oui ; qu'elle l'a connu par un sieur Renier; que le sieur de Laporte lui a présenté un projet
qu'il voulait faire réussir, pour lequel elle lui a procuré une entrevue avec le cardinal, qui devait avoir pour lut cinq pour cent de bénéfice, et elle un sou d'intérêt. Le sieur de Laporte a vu plusieurs fois le cardinal pour cet objet. Que le sieur de Laporte a en outre présenté au cardinal plusieurs particuliers, qui sont l'abbé Béringard et deux négociants, qui ont donné des mémoires pour des projets qu'ils avaient, en le priant de s'interposer auprès du ministre pour les faire réussir, et lui faisaient entrevoir qu'il aurait 1,000,000 pour lui ; le sieur de Laporte a ramené ces particuliers chez la répondante , à qui ils ont paru enchantés du cardinal , et le sieur de Laporte a engagé elle , répondante, à employer son crédit pour ces messieurs auprès du cardinal, en lui disant qu'elle pourrait tirer un bon parti de ces messieurs ; à quoi elle lui répondit qu'elle ne voulait pas qu'on lui parlât d'intérêt lorsqu'il était question d'obliger ; le sieur de Laporte la pria d'accepter les 30,000 francs qu'on lui offrait, que cela la mettrait à portée de les lui prêter pour faire face à des lettres de change de 2,000 écus, dont le sieur Renier s'était rendu caution , et qui étaient protestées, et pour lesquelles il n'avait plus qu'un délai de six semaines ; qu'il tremblait de voir arriver ce moment , qu'on vint saisir chez lui, et qu'il ne soit perdu; qu'elle lui dit qu'elle était fâchée de son embarras; qu'elle ne pouvait se prêter à ses désirs, d'autant que l'affaire de ces messieurs n'était pas terminée ; ajoute que le cardinal dit à ces négociants : « Votre affaire n'est pas près de finir.
il ne pourra en être question qu'à mon retour de Savenue; partez, soyez tranquille, je tous ferai avertir quand il en sera temps. » Que ces messieurs, avant de partir, envoyèrent à la déposante deux très-belles robes d'un prix fort considérable, dont elle leur a écrit qu'elle ne ferait usage, parce que cela était trop beau; que ces négociants se nomment Perrin. Ces messieurs lui écrivirent que M. de Laporte et l'abbé Béringard les pressaient pour qu'ils leur portassent une somme de 30,000 livres, sur quoi ils lui demandèrent ses conseils. Elle leur écrivit que, n'étant pas au fait de leur affaire, qui était entre les mains du cardinal, et se méfiant des affaires du sieur de Laporte et de l'abbé Béringard , elle leur conseillait de leur refuser ce qu'ils demandaient.
Interrogée si elle n'a pas dit au sieur de Laporte qu'elle jouissait du plus grand crédit auprès de la Reine ,
À répondu que si elle le lui avait dit, cela aurait été contradictoire avec ce qu'elle a fait en l'envoyant au cardinal.
Interrogée si au mois de décembre 1784, le sieur de Laporte ne vint pas lui proposer de s'interposer pour les sieurs Bôhmer et Bassenge, afin de leur foire vendre à la Reine un beau collier de diamants,
 répondu qu'elle n'a point vu au mois de décembre le sieur de Laporte , et qu'il ne lui a point parlé de s'intéresser à foire vendre à la Reine , par Bôhmer et Bassenge, un beau collier de diamants; qu'elle ne l'a
vu pour telle fin qu'au mois de janvier suivant, avec le sieur Achette et Bassenge.
Interrogée si elle ne demanda pas à voir le collier, et si elle n'indiqua pas un jour à cet effet ,
À répondu que non.
Interrogée si le sieur Bassenge ne fut pas chez elle au jour indiqué et ne la pria pas de parler à la Reine et de la déterminer à faire L'acquisition du collier.
A répondu que si elle leur avait donné un jour, comme ils le disent, pour l'objet en question, elle n'aurait pas refusé de les voir, et ne leur aurait pas fait dire par sa femme de chambre qu'elle ne pouvait les recevoir, attendu qu'il fallait qu'elle sortit ; que le sieur Achette, à la porte de son antichambre; lui dit : « Un moment, Madame, nous avons quelque chose à vous montrer; pour celui-là, la vue n'en coûte rien, c'est l'affaire d'une minute. » ; qu'elle est entrée effectivement dans le salon, où sont entrés avec elle les sieurs Achette, de Laporte et Bassenge ; qu'ils ont ouvert un écrin en lui disant : « Ce monsieur est joaillier de la Reine; il a te malheur d'avoir ce collier, qui lui coûte fort cher et le rend très-malheureux, eu égard au temps qu'il le garde; que cet objet est de 1,600,000 livres; que la perte qu'il fait des intérêts le gène beaucoup. »
Ils lui dirent que le Roi avait gardé ce collier pendant trois mois, qu'il l'avait trouvé trop cher, et que des circonstances l'avaient empêché de l'accepter; qu' Achette lui dit : « Nous savons, Madame, que vous avez de très-belles connaissances, ne pourriez-vous pas
trouver dans le nombre quelqu'un qui voulût acheter ce collier ; on prendrait tous les arrangements possibles, et l'acquéreur profiterait de rembarras où nous nous trouvons. » À quoi elle répondit : « Je suis bien fâchée de ne pouvoir vous être utile, aucune de mes connaissances ne pouvant acquérir un pareil objet. » Laporte et Àchette lui dirent à part : « Madame, M. le cardinal ne pourrait-il pas, auprès de M. de Galonné, à qui il dirait ce que nous venons de vous dire, en (aire l'acquisition pour le Roi? • À quoi elle leur répondit qu'elle ne se mêlait pas de ces sortes d'affaires ; qu'elle fit descendre son mari et se retira.
Interrogée si , ayant fait paraître au sieur Bassenge qu'elle ne s'était jamais mêlée de pareilles négociations, elle ne lui dit pas qu'il pourrait se présenter une occasion favorable qui la mettrait à même d'en parler à la Reine, ce qu'elle ferait avec grand plaisir; si elle n'ajouta pas qu'elle croyait que la Reine prendrait le collier, et que, si elle ne l'achetait pas, elle connaissait quelqu'un qui pourrait l'acheter,
A répondu que ces messieurs ne lui ont jamais parlé de la Reine ; qu'elle ne leur en a pas non plus parlé; qu'ils l'ont seulement priée d'en parler à ses connais* sances et d'engager M. le cardinal à le faire prendre par le Roi.
Interrogée si trois semaines après elle n'a pas lait dire au sieur de Laporte de venir diner chez elle ; si elle ne lui dit pas d'avertir les joailliers de venir le lendemain , parce qu'elle croyait que la ventç du collier se
ferait, la Reine lui ayant témoigné une grande envie de l'avoir, mais qu'elle exigeait le plus grand secret , vu qu'elle n'en n'avait pas parlé au Roi , et que ce serait un grand seigneur qui serait chargé de cette négociation ,
A répondu qu'elle ne peut que répéter la même chose , et que cette histoire parait avoir été concertée entre eux tous pour donner plus de vraisemblance aux suites de cette affaire.
Interrogée si Bassenge ne se rendit pas chez elle le lendemain matin , si elle ne lui dit pas qu'elle avait de bonnes nouvelles à lui annoncer ; que la Reine désirait le collier, qu'elle en ferait l'acquisition, qu'elle ne pourrait la traiter directement avec lui , mais qu'elle en chargerait un très-grand seigneur qui se rendrait chez lui Bassenge pour lui faire des propositions pour ladite acquisition ,
A répondu qu'elle a vu Bassenge une première fois, comme elle vient de nous l'expliquer, et qu'elle ne l'a vu la seconde fois qu'après l'acquisition du collier, qui était cinq jours après, et que tout le surplus de la demande est faux.
Interrogée si de Laporte n'est pas venu le lendemain chez elle, et si elle ne lui dit pas que la vente du collier serait prompte, parce que la Reine voulait l'avoir pour la Chandeleur,
A répondu que tout cela est faux; qu'elle n'a vu de Laporte qu'après l'acquisition du collier, pour la seconde fois avec Bôhmer et Bassenge.
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Interrogée si elle ne déclara pas au sieur de Laporte que c'était le cardinal qui était chargé de cette affaire, sur quoi de Laporte ayant témoigné son étonnement, parce qu'il savait que le cardinal n'était pas favorisé de la Reine, elle ne lui dit pas qu'elle avait remis le cardinal dans les bonnes grâces de la Reine, et que cette occasion affermirait sa faveur,
A répondu que tout ceci est feux , et que cela lui parait être urfe suite de la cabale formée contre elle.
Interrogée si après l'entrevue avec Bassenge elle n'a pas été trouver le cardinal et ne lui a pas apporté une lettre prétendue écrite par la Reine, par laquelle la Reine marquait le désir d'acquérir le collier, et que ne voulant pas entrer elle-même dans les détails de l'acquisition et des arrangements à prendre , il lui serait agréable qu'il traitât de cette affaire, qu'il prit toutes les mesures, et qu'il déterminât les époques de payements,
À répondu que si elle a porté et montré une lettre de la Reine, elle exige qu'elle lui soit montrée, le cardinal n'ayant pas dû s'en tenir à ce qu'elle lui disait ou lisait, et ayant dû par lui-même s'assurer de la vérité de la lettre et la garder par devers lui , surtout devant être fort étonné que la Reine ne lui eût donné jusque-là aucune marque de bonté , puisqu'il prétend ne lui avoir parlé qu'au mois de juillet dans une charmille, quoiqu'il ait eu souvent depuis, par sa place, l'honneur de la voir fréquemment, et qu'il s'était plaint souvent à elle, répondante, de sa disgrâce auprès de la Reine, qui était publique.
Interrogée si quelques jours après elle ne dit pas au cardinal que la Reine désirait que le marché fut conclu très-promptement ,
A répondu que non.
Interrogée si le 24 janvier 1785 elle ne fut pas dans la matinée avec son mari chez Bassenge lui annoncer que le grand seigneur qui était chargé de la part de la Reine de faire l'acquisition du collier allait paraître, et si elle ne dit pas à Bassenge qu'il était inutile de le nommer,
À répondu que le lendemain qu'elle a vu le collier, elle en a parlé dans la conversation au cardinal en lui disant qu'on lui avait montré un collier, et qu'elle lui a dit ce qu'elle nous a déjà dit dans ses précédentes réponses; que le cardinal n'avait pas fait d'attention à cela, mais que le lendemain ou le surlendemain, de grand matin, le cardinal lui fit demander par écrit l'adresse des joailliers; que ne la sachant pas, son mari fut la demander chez le sieur de Laporte et apprit que c'était le sieur Bôhmer, rue Vendôme, au grand Balcon ; elle le manda au cardinal et fut sur-le-champ avec son mari, dans son cabriolet, chez Bôhmer, qu'elle ne trouva pas ; elle fut adressée au sieur Bassenge, son associé, à qui elle montra les deux lignes qui lui avaient été écrites par le cardinal, et lui dit qu'il pouvait venir incessamment , puisqu'il lui faisait demander leur , adresse, en lui disant que s'il venait pour l'acquisition du collier, il prit bien ses sûretés vis-à-vis de lui; qu'elle ne lui parla pas de la Reine et ne lui fit pas défense de la nommer.
Interrogée si elle ne sait pas que le cardinal fut le même jour, 24 janvier, chez les Bôhmer, et si le cardinal lui ayant rendu compte de ce qui s'était passé, elle ne lui dit pas que la Reine désirait voir cette affaire terminée promptement,
À répondu qu'après cette époque elle a été plusieurs jours sans voir le cardinal; qu'elle a appris que l'acquisition du collier était terminée par les joailliers et le sieur de Laporte; que les joailliers lui ont dit qu'ils étaient très-contents, qu'ils venaient lui faire leurs remercîments, et qu'ils lui firent entendre qu'ils seraient fort aises de lui témoigner leur reconnaissance ; qu elle leur répondit fort sèchement qu'elle était fort aise qu'ils fussent satisfaits ; qu'elle avait coopéré pour fort peu de chose a la conclusion de leur marché ; qu'au surplus elle ne voulait que le plaisir de les avoir obligés, et elle leur demanda s'ils avaient bien pris leurs précautions, et qu'il n'y eut pas d'autre explication.
Interrogée si le cardinal ne lui a pas montré l'écrit contenant les conventions et conditions du marché que les joailliers avaient acquitté et signé; si le cardinal ne lui a pas remis cet écrit; si elle ne le garda pas pendant deux jours sous le prétexte de le communiquer à la Keine, et si elle ne le lui rendit pas en lui disant qu'il était inutile que les conditions et conventions du marché fussent approuvées et signées par la Reine , parce que la Reine payerait sous peu de jours ,
À répondu que tout ce que nous venons de lui dire est faux ; que le cardinal ne lui a pas remis l'écrit dont
nous parlons; que tout ce qu'elle va nous raconter, c'est ce qu'elle a su du cardinal relativement à l'acquisition du collier, c'est qu'après avoir appris par les joailliers, comme elle nous l'a dit, que le cardinal avait acheté le collier; la première fois qu'elle le vit, voyant qu'il ne lui disait rien , elle voulut le plaisanter et lui dit : « Vous êtes bien discret ; vous ne me dites pas que vous avez vu les joailliers et que vous avez lait l'emplette du collier. » Il lui répondit : « Ah ! ah ! vous êtes bien curieuse ; eh bien , devinez pour qui ? » Elle lui répondit : « Je ne sais pas. » Il lui répliqua : « C'est pour votre souveraine; mais surtout le plus grand secret, car tout serait perdu. »
Interrogée si au contraire de ce qu'elle vient de nous dire, le cardinal n'insista pas pour que la Reine approuvât et signât les conditions du marché, en lui observant que plus les joailliers mettaient de confiance en lui, plus il devait leur faire voir qu'il s'occupait de leur jntérèt ; si elle ne reprit pas le marché et ne le rapporta pas au cardinal avec les mots approuvé et la signature Marie- Antoinette de France, comme étant de la Reine,
A répondu que tout cela est faux , et qu'elle ne peut que répéter ce qu'elle nous a dit ;
Lui avons représenté ledit écrit, et interpellée de déclarer si elle a montré cet écrit à la Reine, si la Reine a écrit en marge les mots approuvé et signé Marie-Antoinette de France ,
A répondu que voilà la première fois qu'elle voit cet écrit , qu'elle désirait beaucoup connaître ; qu'elle
PIECES JTSTIFICATIVES.
reconnaît récriture pour les propositions et co
da marché pour être écrite par le cardinal ; m
pas les acceptations qui sont au bas dndit écrit, ni
récriture des mots approuvé et la signature Maue-As-
TO0ETTE ne Faahce , et est prête de le parapher.
A elle demandé si elle reconnaît récriture et la signature de la Reine, et si elle peut dire que ce -soit récriture et signature de la Reine,
A répondu qu'à cette époque elle n'avait jamais ru Técriture ni la signature de la Reine ; que la première fois qu'elle l'a Tue a été lorsque le cardinal a été chez elle le 3 août dernier et lui a montré différents morceaux de lettres qu'il lui a dit être écrits par la Reine ; se réserve de nous dire par la suite à quelle occasion ; observe que la signature Mame-Axtoixettb dk Fiance lui paraît très- extraordinaire et aurait du paraître telle au cardinal , lequel était plus à portée de savoir comment la Reine signait.
Interrogée si ce n'est pas elle qui a écrit le mot approuvé et qui a signé,
A répondu que non.
A elle demandé si ce n'est pas elle qui a fait écrire et signer par sa femme de chambre ou quelque autre personne de sa connaissance,
A répondu que non.
Interrogée si elle n'a pas dit au cardinal que l'intention de la Reine était que les intérêts fussent payés pour les sommes qui resteraient dues après le premier payement fait ,
A répondu qu'elle ne sait pas ce que tout cela veut dire.
Interrogée si , ayant su que le collier avait été livré et vendu au cardinal le 1 er février, elle ne fut pas le même jour à Versailles chez le sieur Gobert , place Dauphine, où elle demeurait,
A répondu qu'elle nous avait déjà dit qu'elle n'avait pas su le moment de la remise du collier; qu'il peut bien se faire qu'elle ait été ce jour-là à Versailles, parce qu'elle y allait très-souvent pour ses affaires et celles de sa famille.
Interrogée si le blême jour, 1 er février, le cardinal ne fut pas la trouver chez le sieur Gobert,
A répondu qu'elle ne sait pas si le cardinal est venu ce jour-là chez elle; que le cardinal, toutes les fois qu'il venait à Versailles, venait la voir chez elle.
Interrogée si , peu de moments après que le cardinal fut entré chez elle , on ne vint pas lui dire que quelqu'un demandait à lui parler, et si elle ne dit pas au cardinal que c'était quelqu'un de la part de la Reine ,
A répondu que lorsque le cardinal était chez elle personne n'y entrait et que sa porte était défendue.
Interrogée s'il n'est pas vrai que le cardinal se retira dans une alcôve de papier dont la porte était entr' ouverte , et si pour lors il n'entra pas un homme habillé de noir qui remit une lettre à elle répondante, et si, après avoir décacheté la lettre, elle ne fit pas sortir l'homme babillé de noir et n'apporta pas au cardinal la lettre, qu'elle lui dit être de la Reine; laquelle lettre
portait qu'on pouvait remettre le collier à celai qui apportait la lettre , et si le cardinal ne lui remit pas le collier renfermé dans une boîte , et si elle ne le remit pas à cet homme habillé de noir, et si le cardinal ne lui demanda pas quel était cet homme, et si elle ne lai répondit pas qu'il était de la chambre de la Reine et de la musique du Roi ; si ce n'était pas le même qui, lors de l'entrevue du jardin, était venu dire : « Voilà «Madame et madame la comtesse d'Artois , »
À répondu que tout ce que nous lui demandons est faux; qu'il n'est pas possible de croire que le cardinal étant venu exprès pour apporter le collier, ayant tu un homme et une lettre qu'on lui annonçait venir de la part de la Reine pour qu'il remit le collier, n'ait pas parlé lui-même à cet homme et ne lui ait pas remis lui-même un objet aussi précieux, et se soit tenu cache dans un moment où il devait prendre les plus grandes précautions; qu'au surplus, M. te cardinal doit avoir la lettre en question , et qu'elle lui sera représentée.
Du 24 janvier 1786.
Interrogée si ce n'est pas pour ôter toute inquiétude sur la négociation qu'elle avait tramée du collier pour se l'approprier, qu'elle dit aux joailliers de bien prendre leurs arrangements avec le cardinal ; et si ce n'est pas pour ôter tout soupçon qu'elle a refusé les présents qu'ils voulaient lui faire ,
À répondu qu'elle n'a point tramé aucune négociation pour s'approprier le collier ; que , si elle en avait
été capable, elle aurait accepte un présent de 100,000 francs qui lui avait été offert, dont 60,000 francs en diamants, soit en bagues, montures de boucles d'oreilles et montre avec sa chaîne, et 40,000 francs pour son mari , savoir, deux bagues , une montre et une chaine de diamants; observe qu'il y avait en outre 100,000 francs pour les autres négociateurs, de Laporte, Achette Renier, et un baron qui est chez Renier et qui est parent du cardinal ; que le sieur de Laporte avait écrit sur un papier qu'il lui a montré toutes ces conditions, en la priant de les accepter; elle, le priant de ne lui en point parler, parce qu'elle avait très-peu contribué à la vente du collier, et qu'elle n'était pas faite pour recevoir des présents pour avoir rendu des services; ajoute que c'est le sieur Renier qui lui a apporté cet écrit; qu'il a demandé à sa femme de chambre une de ses bagues pour servir de modèle , et que ledit Renier, en lui rapportant sa bague qu'elle avait envoyé chercher, lui dit : « Vous trouverez bon, madame, que l'on fasse présent à votre femme de chambre de vingtcinq louis en or et d'une bague. »
Interrogée si , nonobstant le refus d'accepter ce qui
lui était offert, il n'est pas vrai que son mari dit :
« Vous avez eu tort de ne rien prendre, parce que, étant
des jeunes gens qui n'étaient pas riches, des diamants
étaient bons à recevoir, »
A répondu que rien n'est plus faux; que son mari
était trop délicat pour cela, et tout ce qu'elle peut
dire, c'est qu'elle les a refusés; ajoute que les sieurs
Renier et de Laporte l'ont pressée d'accepter ce qui lui était proposé, en lui disant de se faire remettre les 100,000 francs qui lui étaient offerts par les joailliers, qui se répandraient sur eux avec les autres 100,000 francs qui leur étaient promis; qu'il n'était pas juste que les joailliers profitassent du désintéressement qu'elle avait ; que cet écrit et ces propos ont été tenus en la présence de sa femme de chambre, qui la coiffait ; depuis ce temps elle a refusé sa porte à ces particuliers, qui se sont présentés nombre de fois chez elle.
Interrogée si elle n'a pas été en possession du collier, et si elle et son mari ne l'ont pas démonté ,
A répondu que non , ne l'ayant pas eu à sa possession.
Interrogée si dans le mois de février, elle et son mari ne furent pas chez le sieur Furet, horloger, voir des pendules ; s'ils n'en prirent pas trois pour le prix de 3,720 livres, et si son mari ne donna pas à compte deux diamants évalués 2,700 livres,
A répondu qu'elle a été non pas dans le mois de février mais au commencement de mars, avec son mari, chez le sieur Furet, qui les avait engagés à venir voir une pendule qu'il avait faite pour le comte d'...., qui devait partir le lendemain ; le sieur Furet lui montra plusieurs montres garnies de diamants et l'en* gagea d'en prendre une; que pour lors elle tira sa bourse, uans laquelle il y avait huit ou dix diamants, lesquels provenaient de vingt-deux diamants qu'elle avait
chez elle, que M. le cardinal lui avait remis dans les premiers jours de mars chez lui , lesquels il avait tirés d'une boite de sapin blanc entortillée de coton, et en les tirant de cette boîte il lui dit : « Voilà des diamants ; si vous étiez intelligente. . . ; mais non, votre mari pourrait me dire ce qu'on en offre; d'ailleurs, j'ai la note. » Que le prince passa dans son cabinet d'histoire naturelle, les mit sur des tablettes, les pesa dans des balances jaunes, et lui dit : « Il y en a pour 15,000 francs. » Qu'elle lui répondit : « Prince, mon mari n'est pas connaisseur, il pourrait bien se laisser tromper, je lui en parlerai avant d'emporter la boite. » Le lendemain matin, le cardinal lui envoya par son suisse les vingt-deux diamants dans une petite bofte bien cachetée, et une lettre où il y avait dedans : « Défaites-vous de cela au plus vite. » Qu'elle a montré cette boîte à un homme qui coupait ses cors et auquel elle dit : « Ne pourriez-vous pas trouver quelqu'un qui pût acheter ces diamants ?» Il lui dit : « Je pourrai vous amener quelqu'un demain matin, qui pourrait bien faire votre affaire. » Effectivement, il lui amena le lendemain matin Berthe Ibrahim, juif, auquel elle montra la boîte de diamants ; il lui dit : « Madame, si vous voidez me les confier, je les montrerai à quelqu'un de mes camarades. » Elle lui dit : a Non, puisque vous ne voulez pas les acheter tout de suite ici. » Elle ne le revit plus. Que trois jours après, le sieur Rétaux de Villette étant chez elle, elle le pria de lui trouver un juif pour
lui acheter ces diamants comptant ; qu'il lui dit : « Si
vous voulez me les confier, je connais un juif qui est dans ma rue, rue des Petits-Carreaux, qui vous les achètera , ou son cousin , qui est un gros bijoutier. » Il partit avec la boite, fut trouver le juif, qui le conduisit chez son cousin, qui n'offrit de ces vingt-deux diamants que 7,000 livres. Rétaux lui dit : « Puisque vous ne m'en offrez pas davantage, quoique l'on m'ait dit qu'ils valaient 15,000 francs, je les emporte, peut-être vous les rapporterai-je chez vous cette après-midi. » Que le sieur Filleul, avocat de Bar-sur- Aube, se trouvant chez elle , elle lui dit : « Je suis fort embarrassée de vingt-deux diamants que j'ai à vendre, pourriez-vous me trouver quelqu'un qui put me les acheter argent comptant? Ils sont de 15,000 francs. » A quoi il lui répondit : « J'irai chez le sieur 'Paris, joaillier, mon cousin , je lui en parlerai avant que vous me les confiiez. » Effectivement, il revint chez lui et lui dit que son cousin ne pourrait les payer qu'en deux payements. « Voyez si cela vous convient, mais je vous prie, si vous les vendez, de ne les pas vendre à d'autres, parce que je lui ai fait espérer. » Qu'elle vit dans cet intervalle de temps M. le cardinal, pour savoir si cet arrangement lui convenait; il lui dit que puisque l'on ne pouvait pas faire autrement, qu'il fallait les donner ; que ce jour-là même M. le cardinal lui donna encore une boite de bois blanc dans laquelle il se trouvait des diamants fort petits, cependant que la totalité était de 9,000 livres; qu'elle l'emporta; qu'elle fit venir le lendemain le sieur Renier, bijoutier, à qui elle demanda s'il ne pouvait pas
lui faire vendre cette quantité de diamants, qui pouvaient valoir alors 9,000 francs au moins; qu'il les emporta chez lui ; qu'il les garda jusqu'au premier jour d'avril; que le sieur Filleul avait porté au sieur Paris les vingt-deux diamants dont est question et a rapporté 8,000 à 9,000 francs en argent et le surplus en effets du sieur Paris, payables dans le courant d'avril; que les 9,000 francs lui ont été donnés pour elle en pur don par le cardinal ; que quant aux 8,000 ou 9,000 francs qu'elle avait reçus du sieur Filleul pour les vingt-deux diamants, elle les a remis à M. le cardinal , en gardant par devers elle le billet jusqu'à son échéance, comme l'a désiré M. le cardinal ; qu'à l'échéance du billet, en ayant reçu le montant, elle l'a remis de même à M. le cardinal ; que dans les premiers jours d'avril, M. le cardinal lui a donné un brillant valant 3,J00 livres, qui a été vendu au sieur Renier, plus des petits diamants pour 2,440 livres; que ces deux objets, montant à 5,540 livres, lui ont été donnés en pur don par M. le cardinal; que dans le courant d'avril, il lui a été remis encore par M. le cardinal seize diamants valant 18,000 francs, qui ont été portés par le sieur Filleul au sieur Paris , qui , au lieu de 1 8,000 francs n'en a offert que 16,000; qu'elle, répondante, en ayant fait part à M. le cardinal, il les a acceptés; le sieur Filleul lui a rapporté les 16,000 francs, qu'elle a remis à M. le cardinal; que dans le commencement de mai, M. le cardinal lui dit : « Je cherche partçut le portrait de la Reine et je ne le trouve pas;
puisque vous avez un homme affidé, qui est le sieur
Renier, il pourrait me trouver quelqu'un qui pourrait
l'avoir; voyez-le, parlez-lui pour cela; je le ferais
mettre sur une boite à bonbons, pour l'entourage de
laquelle je vais vous donner des diamants. * Qu'il lui
en donna effectivement (ainsi que deux brillants pour
être montés en bague, l'un de 2,000 écus pour elle, et
l'autre de plus grande valeur ; que ces deux bagues ont
été montées par le sieur Renier, et que cette dernière
était pour son mari) , lesquels elle remit au sieur Renier
en lui demandant ce que' M. le cardinal désirait, et
voyant huit jours se passer sans avoir pu trouver de
portrait, elle se rendit à Versailles, le chevalier de
Beaumont vint chez elle le matin, elle lui demanda s'il
faisait toujours des portraits : « Il y a longtemps que
vous me promettez de faire le mien. » Il lui tira de sa
poche ( un portefeuille pour lui inontrer celui de sa
fcnnne, beaucoup d'autres, et celui de la Reine, qui
n'était pas fini, et qu'il dit tenir d'un fameux peintre,
et qui était très-ressemblant ; que là-dessus elle lui dit:
« Je désirerais l'avoir pour quelqu'un qui voudrait
l'avoir; pourriez-vous me le prêter pour quelque
temps? » A quoi il lui répondit : « Si c'est pour vous,
c'est différent, mais un autre aurait-il la permission de
le porter ?» Il le lui donna ; à son retour à Paris, elle
le porta à M. le cardinal, qui le lui rendit au bout de
quelques jours en lui disant : « Faites-le faire tout de
suite, » et d'y ajouter à la main une rose; qu'elle le
porta à Renier, qui le fit faire par un peintre et fit la
boite aussitôt; Renier la lui apporta dans les premiers jours de juin avec la note , qui portait 980 et tant de livres, tant pour le portrait, la botte par lui fournie, que pour la main-d'œuvre, laquelle note portait reçu; qu'elle la porta à M. le cardinal, qui ne fut pas satisfait du portrait , mais ne lui donna pas moins un billet de la caisse d'escompte de 1,000 francs. Du 20 au 22 du même mois, M. le cardinal partit pour Saverne après avoir pris congé du Roi ; le sieur de Garbonnière vint chez elle dans le mois de mai, à six heures du matin, et lui demanda s'il lui serait possible de faire le voyage de Sâverne d'ici à quatre jours; qu'il avait des choses importantes à faire tenir à M. le cardinal; que lui, très-occupé h Paris, ne le pouvait pas; que le cardinal lui saurait gré de ce voyage; quatre jours après, il lui apporta un gros paquet cacheté, lui prêta sa canne et dit lui-même au cocher : « Par la porte Saint- Martin jusqu'à Pantin, la première poste. » Qu'arrivée dans une auberge, elle manda au cardinal qu'elle était arrivée : le cardinal l'envoya chercher dans une de ses voitures, elle lui remit le paquet; le cardinal l'engagea à dîner chez lui , ce qu'elle refusa, étant en homme. Il l'envoya chercher à quatre heures après midi et lui dit: « Je suis pénétré de reconnaissance de la peine que vous vous êtes donnée ; voilà une boite dont je vous fais cadeau (c'était la même bonbonnière qui avait été faite par le sieur Renier), ouvrez-la et vous y trouverez quelque chose. » Qu'elle l'ouvrit et la trouva remplie de diamants non montés. « A l'égard du portrait qui
est sur la boite, vous Téterez ou vous le laisserez, comme vous voudrez. » Qu'ensuite il lui montra une bonbonnière moitié plus grande que celle qu'il venait de lui donner, entourée de très-gros diamants, leva le médaillon et lui fit voir le portrait de la Reine , qu'il lui dit être plus beau que celui qu'il lui avait donné , et la chargea d'un paquet de lettres pour le sieur de Carbonnière; qu'à son retour à Paris elle le lui fit remettre par son portier avec sa canne; observe que pour ne pas interrompre les faits qui lui ont été personnels elle nous les a exposés de suite, et qu'à présent elle va reprendre ce qui est relatif aux autres diamants qui lui lui ont été remis pour être portés et vendus en Angleterre.
Au mois de mars de l'année dernière , le cardinal lui dit : « J'ai vu quelqu'un qui désire beaucoup renouveler connaissance avec vous ; c'est un être bien extraordinaire; devinez qui : c'est M. le comte de Gagliostro, qui vous a vue à Strasbourg. Désirez-vous le voir? ce sera demain au soir, si vous le voulez. Voyez comme le public est injuste : on dit que je me ruine pour lui, et pour lui faire plaisir. Ecrivez-moi que vous désirez voir ce grand homme , cet homme extraordinaire. » Qu'elle lui écrivit qu'elle se rendrait le lendemain au soir; qu'elle s'y rendit, vit le comte de Gagliostro un moment ; il se retira; qu'elle resta avec M. le cardinal, lequel lui dit : « Êtes- vous bien contente? Je vous vois en extase d'avoir vu un si grand homme, et si vous saviez ce qu'il est capable de faire; en un mot, on ne connaît
pas de fortune à cet être, on ne sait pas qui il est, et il est dieu ; voyez ce portrait , voyez ces yeux qui regardent au ciel. Ah! c'est un homme bien extraordinaire; pour vous assurer de tout ce qu'il est capable de faire, amenez-moi , si vous voulez , une petite fille , un petit garçon de sept , huit à neuf ans ; il vous fera voir des choses extraordinaires, que vous ne pourrez croire qu'en les voyant. » Sur quoi elle lui proposa , ayant chez elle une petite nièce , de la lui amener ; ce qu'il accepta , et le cardinal lui dit : « Avant, écrivez-moi encore que vous suppliez M. le comte de Cagliostro de le voir encore une seconde fois. » Ce qu'il accepta. Deux jours après, elle lui mena sa nièce, à qui M. le cardinal fit beaucoup de caresses, et dit à elle répondante : « J'ai eu furieusement de peine à réussir auprès de M. le comte; remerciez-le bien. Allons, mademoiselle, dit le cardinal, priez M. le comte de vous faire voir ce qui vous fera grand plaisir, et après cela vous pourrez dire être un ange. » Il y avait dans la chambre à coucher du cardinal vingt ou trente bougies allumées et une collation pour sa nièce ; que le cardinal dit à sa nièce : • Allez, mademoiselle, auprès de M. le comte; ne le craignez pas, il ne vous fera pas de mal. » M. le comte la fit mettre a genoux, lui fit promettre de ne jamais révéler à personne ce qu'elle allait avoir le bonheur de voir; il la para d'un cordon bleu, vert, noir, et un blanc, au bas desquels il y avait une croix et crachat, et un tablier blanc sur lequel il y avait différents ordres et garni d'une belle dentelle en argent;
ensuite il lui posa son épée nue sur la tête, lui fit prononcer ces mots : « Je t'ordonne , au nom du grand Cofte, de Michaël, etc., de me faire voir tout à l'heure ce que je te dirai. » Et la prenant par la main , la fit passer derrière un paravent, où était une table, une bouteille d'eau très-claire, lui fit mettre la main dessus, et le comte repassa de l'autre côté du paravent, où elle était, elle répondante, et le cardinal; leur fit faire silence, et le comte prononça des mots auxquels elle n'avait rien compris, et que le cardinal disait que c'était pour chasser le démon, et dit à sa nièce : « Dis : Je t'ordonne de me faire voir tout ce que je voudrai. Frappe; que vois-tu? Tiens toujours la main sur la bouteille; que vois-tu? — Rien, monsieur. — Frappe encore, frappe, frappe; que vois-tu? ne vois-tu pas une femme vêtue de blanc, figure allongée, blonde et un gros ventre? — Oui, monsieur. — Qui est-ce? Ne vois-tu pas la Reine? la connais-tu? — Oui, monsieur, c'est la Reine. — Dis encore : Au nom du grand Cofte, je t'ordonne de me faire voir tout ce que je voudrai. Frappe; que vois-tu, petite? ne vois-tu pas un ange à ta droite qui vient à toi pour t'embrasser? le vois-tu? — Oui , monsieur. — Eh bien , baise-le fort. » Trois jours après, le comte de Gagliostro n'étant pas satisfait de cette séance et n'ayant pas vu tout ce qu'il désirait, en demanda une autre qu'il remit à trois jours après. Il désirait que sa nièce vint habillée tout en blanc, jusqu'aux souliers, coiffée fort bas; il lui fit recommencer la même cérémonie; que M. le cardinal la
faisant passer, elle 'répondante, derrière le paravent, le comte de Cagliostro les fit mettre à genoux tous deux, dit à la petite : « Je t'ordonne, etc. Que vois-tu, petite? regarde au bout de mon épée; ne vois-tu pas quelqu'un à genoux? qui est-ce? nomme-les. — C'est monseigneur et ma tante. — Que fait-il, monseigneur? — Il prend un écu de 6 francs dans une tabatière que vous tenez. — Que fait-il encore? — Il sort encore de la même boite un écu de 3 livres. — Que vois- tu encore au bout de mon épée? ne vois-tu pas un palais magnifique et un jardin? — Oui, monsieur. — Qui vois-tu dedans? — Bien, monsieur. — Regarde bien. ' — Je ne vois rien , monsieur. »
Que Cagliostro , voyant qu'elle ne voyait rien , dit à M. le cardinal : « Elle est trop grande, elle n'est pas pure; il me faudra un autre enfant. » M. le cardinal répondit : « Un de ceux que vous savez bien. » Huit jours après, il recommença la même scène avec deux enfants tour à tour; au mois d'avril, il y eut encore une pareille scène avec un des enfants, qu'il renvoya après , et fit apporter une table à côté du salon, et posa dessus une grande quantité de lumières et son épée nue en croix avec un poignard , différentes médailles , des croix de Jérusalem et de Saint-André, fit poser à la répondante la main dessus , en la faisant jurer que de sa vie elle ne dirait ce qu'elle voyait, ce qu'elle entendait, ce qui allait lui étrejproposé , et sur ce mot le comte de Cagliostro dit au cardinal : « Prince , allez donc 4 allez donc, prince. «• Ils parlèrent très-bas;
M. le cardinal alla à son secrétaire, qui est à coté de son cabinet , et en rapporta une boite de bois blanc ovale , un peu grande. Cagliostro lui dit : « Il y en a encore une autre, apportez-la. » Toutes deux étaient remplies de diamants, et dit à la répondante : « Votre mari voudrait-il aller en Angleterre , si je l'y envoyais* Je lui donnerais 2,000 écus qu'il porterait chez un banquier, ici de Londres. » Sur ce qu'elle lui demanda quel était le nom de ce banquier et sa demeure , il lui répondit : « C'est Bergaud, rue du Sentier; il est mon banquier ordinaire; voici des diamants, j'en fais le 'prix. Recommandez à votre mari que s'il ne les vend pas sans être montés, il n'en rapporte pas ici sans l'être. »
Sur cela, son mari est parti. M. le cardinal, impatient de voir qu'il était longtemps , dit à elle répondante : « Écrivez donc à votre mari qu'il vienne et qu'il m'apporte l'argent qu'il a reçu, parce que j'en ai le plus grand besoin, ayant pris des engagements dont j'ai bien des regrets. » Sur les différentes questions qu'elle lui fit pour quoi étaient ces engagements, il lui répondit: « Vous avez vu chez moi, la semaine sainte, une femme; c'est à elle que j'ai promis 500,000 livres; elle est Allemande , c'est pour la marier avec quelqu'un de nom à Versailles. J'ai eu un enfant d'elle que je voudrais faire légitimer; elle me presse beaucoup. » Elle répondante, lui répliqua que cette femme était couverte de diamants, qu'elle n'avait pas besoin de 500,000 livres. Il lui répondit : « Elle les vendra, si je
ne lui donne pas les 500,000 francs. » Ayant dit à son mari, d'après les ordres du cardinal, de revenir promptement, il revint le 29 mai, et rapporta des effets en papier pour 121,000 livres sur Bergaud, un médaillon à peu près de 1,000 écus, une paire de girandoles de 2,000 écus, une épingle, deux grosses bagues pour homme, que le cardinal avait recommandé de faire monter; que l'effet de 121,000 livres, son mari le lui ayant remis pour le remettre à M. le cardinal, elle le lui a remis ainsi que les diamants. Le cardinal décacheta le paquet et lui dit : « Faites-moi le plaisir de dire à votre mari de porter les effets chez son banquier pour être convertis en billets de la caisse d'escompte. » Et qu'elle a reporté au cardinal les effets que son mari avait convertis. Le cardinal lui dit : « C'est bon. » Et il ajouta : « Voilà pour toutes vos peines : ces boucles d'oreilles, cette épingle et ce médaillon.» Elle lui dit : « Prince , mon mari a laissé en Angleterre une quantité de diamants à monter ou à vendre; comme vous l'avez pressé , il est revenu et les a laissés. » Sur quoi il lui dit : « C'est bon, je désirerais qu'on les vendit plutôt que de les renvoyer montés; vous me direz quand vous en aurez des nouvelles. » Son mari ayant écrit à la personne à qui il avait remis ces diamants, elle lui fit réponse qu'ils étaient montés, et lui manda par quelle voie il désirait qu'on les lui fit passer; qu'elle répondante montra cette lettre à M. le cardinal, qui lui dit : « Ce n'est pas pressé, j'ai mes objets remplis ; je verrai cela à mon retour de Saverne. »
femme de chambre pour avoir de ses nouvelles-, laquelle femme de chambre peut avoir les lettres en sa possession.
Lui avons représenté une lettre sans date, signée Gray, adressée à M. le comte de Valois de Lamotte, sommée de la reconnaître et de la parapher.
La répondante, après l'avoir examinée, a dit la reconnaître pour être celle que le sieur Gray a écrite à son mari , et est prête de la parapher.
À elle représentés les deux lettres de crédit des banquiers de Londres et les deux reçus que son mari a donnés; sommée de les reconnaître et de les parapher,
A répondu, après les avoir examinées, qu'elle ne les reconnaît pas , les voyant aujourd'hui pour la première fois , et reconnaît seulement la signature de son mari étant au bas des deux reçus, et croit inutile de les parapher.
À elle demandé si elle sait à quoi peut monter la totalité des diamants qui lui ont été remis par le cardinal, et si elle croit que cela fasse la totalité ou une partie du collier,
A répondu que les diamants qu'elle a reçus de M. le cardinal montent à 377,000 livres, d'après l'évaluation qui en avait été faite tant à Londres qu'à Paris, y compris ceux qui sont restés en Angleterre ; qu'elle est bien éloignée de croire que cela fasse la totalité du collier ; qu'elle a ouï dire au cardinal qu'il avait donné beaucoup de diamants à une femme dont elle nous # a parlé précédemment, laquelle il devait faire épousera
un baron attaché à Monsieur ; qu'elle a encore ouï dire à plusieurs personnes que l'on était scandalisé, les femmes honnêtes et celles qui ne le sont pas, de la quantité de diamants que portait la dame de Cagliostro ; qu'on lui a dit , en outre , que le sieur de Cagliostro, qui passait pour n'avoir pas de fortune, était sur le point d'acquérir une maison de 50,000 écus comptants.
Interrogée si elle connaît le sieur O'Neil , et si elle l'a engagé à aller en Angleterre avec son mari, lorsqu'il y a été pour vendre des diamants,
A répondu que c'est son mari qui l'a engagé ; qu'au surplus , elle connaissait le sieur O'Neil pour un honnête homme et un homme sensé ; sachant le goût de son mari pour la dépense , elle désirait qu'il eût quelqu'un avec lui qui pût le contenir.
A elle représenté que, voyant les diamants ainsi dispersés et que M. le cardinal les faisait vendre, elle aurait dû prévenir les joailliers que le collier n'était pas entre les mains de la Reine ,
A répondu que, si elle avait su que les diamants provinssent du collier, elle ne les aurait pas vendus et en aurait prévenu les joailliers. Son mari voyant autant de diamants, lui dit un jour : « Quel diable! d'où viennent-ils donc? » Ce qui fit faire, à elle répondante, différentes questions à M. le cardinal, d'où lui provenaient tous ces diamants. Il lui répondit : « Gela vient d'anciennes parures que je ne mets plus , à présent que je suis vieux. »
Interrogée si, au contraire de ce qu'elle vient de nous dire , le sieur de Laporte n'est pas venu lui foire part de l'inquiétude qu'avaient les joailliers de ce qu'ils ne voyaient pas le collier parmi les diamants de Ja Reine et de ce qu'elle ne le portait pas , et si elle ne dit pas au sieur de Laporte que la Reine ne porterait le collier d'abord que quand elle viendrait à Paris; une autre fois , quand il serait payé ,
À répondu qu'il n'a jamais été question entre eu, les joailliers et autres , de la Reine; que jamais elle n'a tenu les propos que nous lui citons; que si les joailliers avaient eu de l'inquiétude, c'était à M. le cardinal qu'ils devaient s'adresser, d'autant mieux qu'elle leur avait dit de bien prendre leurs précautions; qu'ayant su* que la Reine, lors de son entrée à Paris après ses couches , devait être fort parée, die eut la curiosité de voir si elle avait le collier; ne le lui ayant pas vu, elle en témoigna sa surprise au cardinal , qui lui dit que la Reine avait des raisons pour ne pas le porter.
Interrogée si dans les premiers jours de juin le cardinal lui témoigna son étonnement de ce que la Reine ne portait pas le collier, elle ne lui dit pas que la Reine le trouvait trop cher; qu'elle le rendrait s'il n'y avait pas un rabais ou si on n'en faisait pas l'estimation ,
A répondu que le fait est faux, puisque c'est ellemême qui avait témoigné son étonnement au cardinal, ainsi qu'elle vient de nous dire, et qu'il n'était pas raisonnable de vouloir qu'il y eût une nouvelle esti-
PIÈGES JUSTIFICATIVES. SJÛ
mation» puisqu'il y en avait eu une de faite par les sieurs Maillard et d'Oigny.
Interrogée si dans le mois de juillet elle n'a pas montré au cardinal une lettre où il était écrit que la Reine destinait 700,000 livres au premier payement au lieu de 400,000, et si elle ne lui a pas ajouté qu'elle avait vu entre les mains de la Reine 700,000 livres en billets de la caisse d'escompte ,
A répondu qu'elle n'a écrit ni parlé ni montré de lettre au cardinal où il fût question de tout ce que nous lui demandons; n'a point dit avoir vu entre les mains de la Reine les 700,000 livres, qu'elle nous répète que le cardinal savait très-bien qu'elle ne voyait pas la Reine; qu'elle persiste à nous demander les lettres que l'on prétend qu'elle a écrites ou apportées de la part de la Reine.
Interrogée s'il n'est pas vrai que vers le milieu du mois de juillet elle n'a pas dit au cardinal que la Reine avait jugé à propos de disposer des 700,000 livres pour un autre emploi , et que le payement du collier serait différé jusqu'au 1 er octobre,
À répondu que c'est aussi faux que ce qui vient de lui être demandé ,
Interrogée si elle n'a pas eu connaissance que le cardinal avait chargé les joailliers de faire leurs remerciments à la Reine, et s'il ne leur dicta pas une lettre contenant des remerciments, et si elle ne sait pas que la Reine ayant reçu cette lettre , a dit qu'elle n'y comprenait rien ,
A répondu qu'elle n'a pas eu connaissance de toutes ces choses-là; que le 2 août, M. le cardinal étant venu chez elle à onze heures du matin , lui dit : * J'ai besoin de votre secours et de votre aide; j'ai fait une sottise; vous savez bien le collier que je vous ai dit être pour la Reine : il y avait un arrangement et un écrit, et j'ai eu la bêtise de dire à Bôhmer, qui me tourmentait : a Ma foi, adressez-vous à la Reine , « et de lui faire écrire une lettre pour la Reine ; ils sont venus me dire que la Reine n'y entendait rien , et que cela leur avait été dit par madame Gampan , une des femmes de chambre de la Reine, qui les avait fait chercher. » Que là -dessus, M. le cardinal, tremblant, dit qu'il allait être perdu; qu'il la priait d'envoyer chercher tout de suite Bassenge, pour l'engager à réparer ce qu'il avait eu l'imprudence de faire faire par Bôhmer, et lui dire qu'il avait été joué de la Reine , qui lui en voulait depuis très-longtemps, et des dames de Polignac, qui s'étaient raccommodées avec le baron de Breteuil, son plus grand ennemi, pour le mieux tromper et le perdre; sur les questions qu'elle fit au cardinal comment il avait pu se laisser tromper et s'il voyait la Reine, il lui répondit que « oui » ; qu'elle lui repartit : « Avez -vous de ses lettres? » Qu'il lui répondit : « Je ne l'ai jamais vue écrire, mais j'en ai une grande quantité; » qu'il en tira entre autres une qu'il lui montra , qu'il plia de haut en bas pour ne lui montrer que le milieu ; elle portait ces mots : « Envoyez par la petite comtesse une somme (qu'elle ne put nombrer) pour ces malheureux, je
serais fâchée qu'ils fussent dans la peine. » Sur quoi , elle lui dit : « Qu'est-ce que tout cela? » Il lui répondit : « C'est pour les intérêts; » qu'elle lui dit : a Gomme vous n'êtes pas sur que ce soit de l'écriture de la Reine, vous pourriez par votre famille vous procurer de ses lettres, et vous assurer si vos craintes sont réelles. » Il lui dit : « Je n'ose pas, ils ne sauraient ce que cela veut dire. » Et cependant il dit : « Je tâcherai de m'en procurer; diable! m'aurait- elle trompé, cette petite comtesse?» Et faisant beaucoup de tours dans la chambre, en répétant toujours : « M'aurait-elle trompé? Oh! non, je connais trop madame de Cagliostro, elle n'en est pas capable. » Regardant par la croisée, il lui dit : a Venez voir la quantité d'espions qu'il y a devant votre porte; ils ne quittent pas ma porte depuis quelques jours, je crains bien qu'il ne soit plus temps de réparer cela ; envoyez toujours chercher Basse nge, et dites-lui que je sais qu'il a de l'esprit, j'en fais cas; qu'il aille à Versailles au lieu de Bôhmer parler au ministre, qui l'avait fait demander, et qu'il lui dise que Bôhmer perdait la tête , et qu'il n'a point voulu parler à la Reine d'un collier, mais d'une paire de boucles d'oreilles d'un prix considérable, dont il m'a parlé, et qu'il m'a dit avoir été faites pour la Reine, et, pour le persuader, qu'il la lui porte : dites-lui bien que je le payerai. Ils ont agi avec moi avec trop de ' confiance pour que je leur fosse perdre quelque chose, et j'ai déjà chez moi de quoi les ôter d'inquiétude; que si cependant il ne voulait pas s'y prêter, je pourrais
foire comme la Reine, le nier. » Le 3 août, M. le cardinal vint chez elle entre dix et onze heures du matin , avec trois morceaux de papier qu'il disait être les débris d'une lettre de la Reine qu'il avait trouvée dans sa famille, comme elle le lui avait conseillé : « Tenez, reconfirontons-les avec ce que je vous ai lu hier, et vous verrez que je suis trompé, que ce n'est pas la même écriture. » Ce qu'elle a vérifié. Il lui dit : « Gardez-les, afin de les montrer à Bassenge , et lui dire que je suis trompé, ainsi, qu'il ait pitié de moi. » Qu'elle envoya chercher Bassenge par le père Loth avec un écrit; Bassenge, venant chez elle, rencontra le cardinal qui en sortait; elle lui dit ce que M. le cardinal lui avait dît de lui dire , et lui montra les deux papiers ; que Bassenge lui dit : « J'ai été aujourd'hui à sept heures chez le prince, que j'ai trouvé bien abattu ; il m'a dit tout ce que vous me dites, mais il ne s'est pas ressouvenu qu'il nous avait écrit deux lettres lors de l'arrangement du collier, et qu'il ne peut nier qu'il ait eu le collier. » Interrogée si, au contraire de ce qu'elle vient de nous dire , le cardinal l'ayant envoyé chercher et lui ayant dit qu'elle l'avait trompé, elle ne lui protesta pas qu'elle n'avait (ait que lui porter les ordres de la Reine; que la Reine avait le collier; qu'elle le payerait incessamment, et, qu'en attendant, la Reine l'avait chargée de lui remettre 30,000 livres pour les intérêts à cause du retard des payements, et si effectivement elle ne remit pas au cardinal ces 30,000 livres comme venant de la Reine ,
Pièces justificatives. 3ît
À répondu que tout ce que nous lui demandons est très-feux; qu'elle ne lui a jamais dit cela, ni remis les 30,000 livres.
Interrogée si à cette époque ou environ elle ne dit pas au père Loth qu'elle avait besoin de 30,000 francs, mais qu'au surplus elle les trouverait chez son notaire, et si, pour avoir cette somme, elle n'a pas porté chez Mainguet, notaire, son écrin, sur lequel il lui a fait prêter une somme de 30,000 à 40,000 livres,
A répondu que ne rendant compte à personne de ses affaires, elle ne croit pas en avoir parlé au père Loth ; que quant à l'écrin par elle porté chez M* Mainguet, la -vérité est que madame de Grussol lui ayant fait part de rembarras ou était l'ambassadrice de Portugal, qui avait mis ses diamants en gage, et qui étaient sur le point d'être vendus , elle lui demanda si elle pouvait venir à son secours pour une somme de 30,000 à 40,000 livres; que son mari étant absent, et elle, répondante, n'ayant pas d'argent, elle se détermina à porter chez M Mainguet, son notaire, son écrin, sur lequel il lui fit prêter 40,000 livres; qu'elle en fit part à son mari à son retour de Bar-sur-Aube , le 4 août; que son mari a été retirer son écrin en payant 30,000 francs en billets de la caisse d'escompte, et lui faisant une obligation du surplus.
Interrogée si, dans les premiers jours du mois d'août, elle n'a pas fait prier le cardinal de venir chez elle, d'où elle ne pouvait sortir; si le cardinal étant venu ne la trouva pas avec l'extérieur du désespoir, les larmes aux
yeux; si elle ne lui dit pas qu'elle ne pouvait plus lui dissimuler que les bontés dont la Reine l'avait honorée lui avaient attiré des ennemis ; qu'on lui imputait de s'être vantée de ces mêmes bontés; qu'elle n'avait pas assez d'appuis pour faire face à la calomnie; que le seul parti qu'elle avait à prendre était d'aller passer quelque temps à la campagne; si elle ne demanda pas en grâce au cardinal de lui donner un asile chez lui pour elle , son mari et sa femme de chambre ; si le cardinal lui ayant refusé et si elle ayant insisté, le cardinal ne lui promit pas de la recevoir à condition qu'elle ne sortirait pas de sa chambre, et si le cardinal ne l'envoya pas chercher le soir, et s'il ne l'a pas reçue chez lui r elle, son mari et sa femme de chambre,
A répondu qu'il lui parait que tout ceci a été imaginé d'après la lecture qu'on a pu faire de son mémoire ; qu'elle va nous dire exactement ce qui s'est passé; qu'étant persécutée journellement par M* le cardinal pour venir chez lui , parce qu'il craignait ses indiscrétions, tant relativement à ce qu'elle avait vu de Cagliostro, qu'à cause de la remise et vente des diamants, et ce dans le cas où elle serait arrêtée et interrogée; le cardinal vint chez elle le 4 août la solliciter de nouveau pour la faire partir en pays étranger; qu'elle lui dit que son mari , arrivé à six heures du matin , ne voudrait sûrement pas la laisser partir ; le cardinal repartit : a II le doit et vous aussi, par tous les bienfaits que je vous ai faits à l'un et à l'autre. » A quoi elle lui dit que son mari venait de sortir; qu'elle lui en parlerait à
son retour. Il lui prit la main et lui dit : « Venez à la croisée voir si les espions quittent votre rue ; il en est de même pour moi , aussi me fais-je suivre depuis quelques jours par mon suisse et par Liégeois, mon second valet de chambre, qui est extrêmement fort et qui a toujours deux pistolets dans ses poches. Ce soir, je vous enverrai chercher entre onze heures et demie et minuit par Liégeois et par M. de Garbonnières, qui vous attendront au coin du boulevard, rue Neuve-Saint- Gilles, et dites bien à votre mari que je lui saurais mauvais gré et que je vous abandonnerais tous deux s'il ne se prêtait pas à cela ; ainsi , je vous quitte ; faitesle-moi dire ce soir ; je tâcherai même de venir sur les six heures. » Observe que loin d'être malade ce jour-là et dans le désespoir, elle avait du monde à diner : le comte de Barras, son neveu, la sœur d'elle répondante et autres; que sur les cinq heures et demie il est passé le sieur Quidor, inspecteur de police, sous ses fenêtres ; il y repassa cinq ou six fois et fit signe à sa femme de chambre, qui était à une autre croisée, connue s'il voulait lui parler. La répondante s' étant aperçue de cela, se mit à la fenêtre de son antichambre ; elle vit que ce particulier réitérait ses signes; passant alors dans son salon , elle se mit à la fenêtre et reconnut que c'était Quidor; que c'est sur cela qu'elle envoya sa femme de chambre chez le cardinal lui rendre compte de ce qui s'était' passé , et le prier de venir chez elle; ce qu'il fit à huit heures et attendit le retour de son mari, qui ne rentra que sur les dix
heures et demie ; qu'elle engagea son mari à l'accompagner chez le cardinal , et en effet ils se rendirent au rendez-vous , et le sieur de Carbonnières les conduisit dans une chambre qui avait été occupée par le sieur abbé Georgel, au fond d'un corridor fort noir. Le lendemain 5 , à dix heures du matin , M. le cardinal vint les voir et fit entendre à son mari qu'il ne les abandonnerait pas s'ils voulaient pour deux ou trois mois passer par-delà le Rhin, pays de ses États ; il nous adresserait à un procureur fiscal, honnête homme, et que là nous passerions, savoir, mon mari pour valet de chambre ou cuisinier, elle répondante pour sa femme, et la femme de chambre pour sa cousine; qu'il leur donnerait pour la première poste qui était à Meaux un mot pour les laisser passer, parce qu'il les ferait conduire jusque-là par des chevaux que l'on nomme enragés, que le sieur de Carbonnières irait louer, et qu'il enverrait chercher la diligence verte d'elle répondante , que l'on amènerait à la porte du sieur de Carbonnières pour partir la mût suivante. À quoi son mari lui répondit : « Monseigneur, je ne vois pas pour quels motifs vous voudriez nous éloigner. . A quoi le cardinal répondit qu'il craignait leur indiscrétion; que son mari lui répliqua : « Mais, prince, nous aurions l'air d'être coupables en nous éloignant; je suis fâché d'être obligé de vous refuser, et je vous donne ma parole d'honnête homme, ainsi que madame, de ne rien révéler; fussions-nous mène en prison , je ne dirais rien de tout ce que vous m'avez raconté. » M. le cardinal lui répondit : « Songez bien
que si vous étiez pris, vous le seriez bien longtemps l'un et l'autre, et vous pouvez éviter cela en partant, en attendant que j'aie arrangé mes affaires. » M. le cardinal les quitta furieux , en leur disant qu'ils étaient des ingrats. Sur les cinq heures après midi, le sieur de Carbonnières étant venu leur apporter quelque chose , et ayant laissé la porte fermée à un seul tour en disant : « Le prince va monter, » son mari , las et fatigué du tourment qu'il éprouvait de la part du cardinal , s'en alla et lui dit : « Tout ce que je vois me parait fort extraordinaire; je viendrai vous chercher demain. » Un instant après, le cardinal entra, et, furieux du départ de son mari , chercha toujours à la disposer à partir. Le samedi 6, à quatre heures après midi, son mari vint frapper à la porte et lui dit : «Je viens vous chercher; le cardinal veut vous faire faire des sottises; je ne veux pas que vous partiez. » Le cardinal est monté une heure après l'arrivée de son mari , qu'il traita d'ingrat et autres épithètes; que son mari insista pour l'emmener en disant qu'elle avait affaire à Bar-sur- Aube, où elle était attendue depuis longtemps; pour lors, le cardinal la fit passer dans une chambre à côté où était le buste de Gagliostro , devant lequel il lui fit lever les yeux au ciel et lui fit jurer de bien observer et garder le secret qu'elle avait promis; qu'il y avait au bas de ce buste en latin ce qui signifie dieu de la terre. Après cela, elle est retournée chez elle avec son mari et sa femme de chambre, qui avait précédemment emporté plusieurs de ses paquets.
Du 25 janvier 1786.
Interrogée à quelle époque elle est partie pour Barsur-Aube ,
A répondu que c'est le 6 août, jour où elle est sortie de chez M. le cardinal.
Interrogée si ce n'est pas parce qu'elle a prévu que tout allait être découvert pour la vente du collier qu'elle s'est en allée à Bar-sur- Aube ; qu'elle y a fait porter tous ses meubles et effets ,
A répondu qu'en 1784, ayant acheté la maison de Bar-sur-Aube , son intention étant de l'occuper et d'y aller tous les ans, elle y avait fait porter différents meubles; que notamment dans le mois de juillet de Tannée dernière son intention était d'y aller, mais que la maladie qu'elle a faite a retardé son voyage; que c'est au vu et au su de tout le monde , du tapissier qui l'avait meublée, et notamment de M. le cardinal, qui venant chez elle et y envoyant jusqu'à trois ou quatre fois par jour, a su et vu les ballots de meubles qui se transportaient à Bar-sur-Aube ; et que si elle avait eu quelque crainte ou appréhension d'être prise relativement à la vente du collier ou autre chose, elle n'aurait pas déménagé publiquement, n'aurait pas été à Barsur-Aube au su de toutes ses connaissances et de M. le cardinal, et aurait passé avec son mari en pays étranger, comme en Angleterre, où son mari avait des connaissances.
Interrogée si elle n'a pas emporté , ou son mari , ce qui restait en leur possession des diamants provenant du collier , et s'ils n'en ont pas fait voir une partie à Bar-sur-Aube,
A répondu qu'elle n'a emporté à Bar-sur-Aube que les diamants qu'elle a portés à Paris au vu et au su de tout le monde, et même de M. le cardinal, qui les lui avait donnés.
Interrogée si son mari n'avait pas dans son portefeuille beaucoup de billets de la caisse d'escompte et s'il n'avait pas cherché alors à acheter une terre de 3 à 400,000 livres,
A répondu qu'il est aisé de savoir ce qu'elle et son mari avaient en effets de la caisse d'escompte ou autres effets, d'après la recherche qui en a été faite lorsqu'elle a été arrêtée ; que ces effets montaient à une somme de 30 à 34,000 francs; qu'ils n'ont pas parlé qu'ils voulussent acquérir de terre, d'autant qu'ils n'avaient pas assez d'argent pour cela.
Interrogée si , dans sa maison qu'elle avait à Barsur-Aube, il n'y avait pas un souterrain où on ne peut pénétrer sans le connaître ,
A dit qu'elle ne connaît dans la maison que des caves; quand on en a les clefs on peut y entrer; que si quelqu'un dit qu'il y a un souterrain, il n'a qu'à l'indiquer.
Interrogée si, lorsqu'elle a été arrêtée, elle n'est pas convenue avec son mari qu'il retournerait en Angleterre pour vendre ou retirer les diamants qu'il y avait
laissés lors de son premier voyage, et que si le sieur Gray ne les achetait pas, son mari irait en Hollande pour les vendre , ainsi que ce qui restait du collier,
A répondu qu'il lui a été impossible d'avoir une conversation particulière avec son mari, puisque du moment qu'elle a été arrêtée jusqu'à celui de son départ, elle a été entourée et gardée à vue par des exempts et des cavaliers de maréchaussée; que son mari, pendant ce temps-là, a été avec deux autres exempts pour faire la recherche de ce qui pouvait être chez eux; qu'il est étonnant qu'étant venu l'arrêter comme accusée par le cardinal pour avoir pris, emporté le collier, et être passée avec dans le pays étranger, on se soit contenté de faire la recherche de ses papiers qu'on a emportés , sans avoir parlé de diamants , sans s'être assuré de ceux qu'elle avait et qui n'étaient pas cachés, puisqu'elle et son mari ayant été la veille ches M. le duc de Penthièvre et à Glairvaux, parés l'un et l'autre de tout ce qu'ils pouvaient avoir et n'étant rentrés qu'à trois heures après minuit, ils n'avaient pris aucune précaution pour cacher ce qu'ils avaient eu de diamants et les avaient mis simplement dans des tiroirs qui avaient été ouverts par les exempts de police ; nous observe au surplus qu'elle n'avait à Bar-sur-Aube en diamants que ceux qu'elle avait achetés de Renier, ceux que le cardinal lui avait donnés, et en tout ceux qu'elle avait portés tant à Paris qu'à Versailles, à la comédie et aux bals.
Interrogée si elle n'a pas été informée que son mari
s'est absenté fie Baraur-Aube pour retourner h Londres, et s'il n'y a pas vendu , ou en Hollande , ce qu'il lui restait des diamants du collier,
À répondu qu'elle ne sait là-dessus que ce qu'elle a appris par son avocat, qui lui disait le tenir de la voix publique; que quant à elle, dans la position cruelle où elle est, die ne peut être informée de rien; qu'il peut se faire que son mari , ayant été le maître d'emporter ses diamants et ceux de la répondante , les ait vendus pour se faire une ressource pour vivre, ainsi que son argenterie et autres effets, ce qu'elle ignore parfaitement.
Interrogée si elle sait ce que son mari est devenu et où il est à présent,
A répondu qu'elle ne sait là-dessus que ce que son avocat lui a dit d'après le public; que quant à elle, n'ayant aucune connaissance de ce qu'est devenu son mari, qu'elle a adressé à M: le lieutenant de police deux lettres dans les premiers jours de septembre pour les faire parvenir à son mari à Bar-sur- Aube ; par ces lettres , elle engageait son mari à venir à Paris , de la venir voir et de lui apporter ce qui lui était nécessaire, avec la permission toutefois du lieutenant de police; que même ne sachant pas si son mari était ici ou non , elle a écrit une lettre particulière au lieutenant de police pour que son mari ait la permission de la venir voir.
Interrogée si elle connaît une fille qui se disait baronne, ancienne cbanoinesse d'un chapitre d'Allemagne, que Ton appelait tantôt madanje Mesla de
Courville, tantôt la baronne de Salleberg ou Solleberg,
A répondu qu'elle a vu une fois, dans la semaine sainte de l'année dernière, chez M. le cardinal, une femme qui lui a dit être Allemande ou Alsacienne, et que l'on appelait madame de Courville ou baronne de Villebergue.
Interrogée si elle sait que le cardinal avait quelques relations avec cette baronne, si elle avait un enfant de quatorze à quinze ans, et s'il a été question de la marier et faire reconnaître l'enfant par un particulier que l'on nommait le baron de Fages,
A répondu qu'elle a vu cette femme, ainsi quelle nous l'a dit, chez M. le cardinal, qui lui a dit qu'il était question de la marier avec un baron attaché à Monsieur , pour légitimer un enfant qu'elle avait eu avec le cardinal; qu'il s'était engagé à lui donner 500,000 francs.
Interrogée si elle n'a pas reçu chez elle cette femme à différentes fois ,
A répondu que non, qu'elle ne l'a vue que chez M. le cardinal.
A elle demandé si elle connaît un nommé Augeard ou Augard, un sieur Bette d'Etienville, un sieur de Marcilly, qu'on appelait le magistrat ou le conseiller,
A répondu qu'elle ne connaît pas ces gens-là.
Interrogée s'il n'y a pas eu chez elle des entrevues entre cette dame de Courville, les particuliers que nous venons de lui nommer et le cardinal relativement à ce mariage , v
A répondu que jamais personne ne s'est trouvé chez elle lorsque M. le cardinal y venait, parce que sa porte était fermée ces jours-là pour tout autre.
Interrogée si elle sait où demeurait cette dame de Gourville,
A répondu que M. le cardinal lui a dit qu'elle était sa voisine, qu'elle demeurait rue des Tournelles, à côté de sa rue, et qu'il lui ajouta qu'elle avait une sortie sur le boulevard.
Interrogée si elle veut croire les témoins,
A répondu que oui, s'ils disent vérité.
Lecture à elle faite du présent interrogatoire, la répondante, de ce sommée, a dit ses réponses y portées contenir vérité, et a signé.
Titon*. Comtesse de Valois de Lamotte.