DEUXIEME INTERROGATOIRE DE MADAME DE LAMOTTE K
Du lundi 8 mai 1786.
Par-devant nous Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon, conseiller du Roi en Parlement, a été amenée, en l'une des salles du gouvernement du ohàteau de la Bastille, la dame de Lamotte de Valois.
Interrogée de ses noms, surnoms, âge, qualités et demeure,
A dit se nommer Jeanne de Valois de Saint-Remy de Luz, épouse de Marc- Antoine-Nicolas, comte de Lamotte de la Pénissière, âgée de vingt-neuf ans, demeurant à Paris, rue Neuve Sainte-Gilles.
Interrogée si elle a fait valoir auprès de M. le cardinal sa faveur et son crédit auprès de la Reine ,
A dit jamais, et s'en réfère à ce qu'elle a dit précédemment à ce sujet.
Interrogée s'il n'a pas existé entre elle et le cardinal une correspondance comme étant une intermédiaire entre la Reine et lui ,
A répondu que non, et qu'elle n'avait pas l'honneur de voir la Reine, ainsi qu'elle Ta dit.
* archives de t Empire y X^ 2576.
Interrogée si ce n'est pas le sieur de Villettequi écrivait sous sa dictée leis lettres en réponse au cardinal comme venant de la Reine,
A répondu que non, et qu'elle s'en est expliquée visà-vis du sieur de Villette.
Interrogée si le cardinal ne l'a pas entretenue souvent de Tenvie qu'il avait de n'être plus dans la disgrâce de la Reine; si elle ne lui a pas promis de faire ce qui serait en elle pour cela, et si elle ne lui a pas fait espérer qu'elle y réussirait,
A répondu que M. le cardinal lui avait con6é qu'il voyait la Reine depuis le mois d'avril jusqu'à la fin de juin 1784, ainsi qu'elle l'a dit dans ses confrontations vis-à-yis de lui , mais qu'il s'était brouillé envers elle par les inconséquences qu'il avait commises.
Interrogée si elle n'a pas promis au cardinal une entrevue avec la Reine, et quels sont les motifs qui la conduisaient pour lors,
A répondu qu'elle s'est expliquée vis-à-vis de M. le cardinal du motif qui l'avait engagée à faille cette scène, qui est que M. le cardinal lui ayant fait part de sa nouvelle disgrâce auprès de la Reine, eHe lui fit espérer, dès ce moment-là , que par ses alentours auprès de la Reine elle parviendrait à la voir, et qu'elle lui ferait part de la peine que lui, cardinal, ressentait d'avoir encouru de nouveau sa disgrâce; en conséquence, cinq ou six jours avant, elle prévint le cardinal qu'elle avait réussi, et que la Reine lui donnerait une entrevue dans une charmille du jardin de Versailles , ce qui fut exé-
PIECES JUSTIFICATIVES. 39i
cuté par la fiJle d'Oliva à la fin de juillet, ainsi qu'elle s'en est précédemment expliquée.
Interrogée si la fille d'Oliva a su qu'elle jouait le rôle de la Reine,
A répondu que non; qu'elle lui a dit seulement qu'elle voulait jouer un tour à son amant, que son rôle ne serait pas long, qu'elle n'avait qu'une rose à donner ainsi qu'à dire les paroles qu'elle a précédemment dites; qu'il ne lui a pas été difficile de persuader la fille d'Oliva déjouer ce rôle-là, parce qu'elle est fort béte.
Interrogée si quelque temps après cette entrevue elle n'a pas fait écrire une lettre au cardinal au nom de la Reine pour avoir 50 ou 60,000 francs pour des personnes auxquelles la Reine s'intéressait,
A répondu que non ; qu'elle n'aurait pas pu le faire, puisque, quelques jours après la scène de la fille d'Oliva, elle a dissuadé M. le cardinal de la vérité de l'entrevue avec la Reine en lui disant que c'était une plaisanterie qu'elle avait faite pour le calmer des inquiétudes qu'il paraissait avoir. Sur quoi le cardinal lui répondit qu'il allait écrire à Bazin, garçon de chambre, pour faire parvenir sa lettre à la Reine et lui demander grâce et pardon ; et répète qu'elle, répondante, n'avait pas l'honneur de voir la Reine.
Interrogée si dans le mois de novembre suivant elle n'a pas envoyé au cardinal, qui était à Saverne, une lettre comme étant de la Reine, par laquelle Sa Majesté demandait une autre somme de 100,000 livres.
À répondu que non, par les mêmes raisons qu'elle vient de nous dire.
A elle représenté qu'elle peut d'autant moins nier ces faits , que Villette est convenu avoir écrit les deux lettres en question sous la dictée d'elle répondante, et qu'elle a dû voir, par sa confrontation avec le baron de Planta , qu'il lui a porté , en deux fois diflFérentes , les 150,000 livres en question,
A répondu qu'elle n'a jamais fait écrire une lettre semblable par le sieur de Villette ; que quant à ce qu'a dit le baron de Planta, elle s'en est expliquée vis-à-vis de lui dans sa confrontation pour lui faire voir la manière dont cela lui avait été suggéré.
Interrogée si dans la fin de décembre la négociation du collier n'a pas été entamée entre elle, Achette, Laporte et Bassenge, d'après \|es annonces qu'elle avait faites de son crédit auprès de la Reine , et si elle n'a pas annoncé à ces particuliers que la Reine achetait le collier,
A répondu qu'elle n'a vu qu'une seule et unique fois le collier dans le courant de janvier, et qu'il lui a été apporté, ainsi qu'elle s'en est déjà expliquée; que du reste elle ne s'est point vantée d'avoir du crédit auprès de la Reine.
Interrogée si vers la fin de janvier elle n'a pas cherché à persuader au cardinal que la Reine désirait le collier, et que c'était un moyen pour lui de rentrer dans ses bonnes grâces ,
A répondu que non, et- qu'elle s'en est déjà expli-
quée dans ses précédents interrogatoires et confrontations.
Interrogée si le cardinal ne lui a pas apporté le marché du collier signé par les joailliers , et ne le lui a pas remis en lui disant qu'il fallait qu'il ffit approuvé et signé par la Reine ,
A répondu qu'elle n'a jamais vu cet écrit que lors^ qu'il lui a été représenté lors de son interrogatoire.
Interrogée si elle n'a pas fait mettre par Villette, au bas et en marge du marché , les approuvé et la signature Marie-Antoinette de France ,
A répondu que non.
A elle représenté qu'elle ne peut pas nier ces faits-là, parce que d'abord il est prouvé que l'écriture des approuvé et de la signature est celle de Villette , qu'il avoue lui-même l'avoir fait, et que c'est elle, répondante, qui l'y a déterminé en lui disant que cet écrit ne sortirait pas des mains du cardinal , et en lui promettant une forte récompense,
A répondu qu'elle a dit vis-à-vis du sieur de Villette les motifs et les raisons qui l'avaient déterminé à dire que c'était de son écriture ; qu'elle ne lui a point fait faire, et que par conséquent ce n*est point de son écriture; que quant à la ressemblance de l'écriture, on ne peut en rien conclure , puisqu'on a trouvé dans ses papiers ^différentes lettres qui paraissent avoir quelques rapports avec l'écriture des approuvé.
Interrogée si le cardinal connaissait Villette et son écriture,
A répondu qu'il n'a jamais vu le sieur Yillette, mais qu'il connaissait son écriture par un mémoire que ledit Yillette a fait pour le frère de sa femme de chambre, qui est aveugle.
Interrogée à quelle époque ce mémtoire, écrit de la Inain de Yillette, est parvenu au cardinal, si c'est avant ou après le marché du collier,
A répondu que c'est en l'année 1785, à peu près au mois de mai ou de juin.
Interrogée si lorsque le cardinal a reçu ce mémoire écrit de la main de Yillette, elle n'a pas craint que le cardinal ne s'aperçût de la ressemblance de l'écriture de ce mémoire avec celle des approuvé et signature étant au bas du marché , et si le cardinal ne lui a pas témoigné aucune inquiétude à cet égard,
A répondu qu'il est naturel de croire que si elle avait fait faire au sieur Yillette les approuvé et signature, eUe n'aurait pas présenté de l'écriture du ^eur Yillette sous les yeux du cardinal ; que cela doit être une preuve qu'il n'a pu faire cette signature et les approuvé; ajoute qu'elle l'aurait fait faire par un autre, comme par sa femme de chambre, qui a une fort jolie écriture.
A elle représenté que lorsqu'elle a présenté au cardinal un marché dont les approuvé et la signature étaient de Yillette, quoiqu'on les annonçât comme étant de la Reine , elle a voulu tromper le cardinal et se servir de lui pour s'approprier le collier, ou bien elle ne doutait pas que le cardinal fût participant au projet qu'elle avait de s'approprier le collier,
A répondu qu'elle n*a point fait faire les signatures et approuvé, que par conséquent elle n'a eu aucun projet.
A elle demandé pourquoi elle a été Iq matin chez les joailliers les prévenir de pr^idre leurs sûretés lors de la conclusion du marché avec le cardinal, et à elle représenté que de cette précaution il résulte que dès lors elle ne croyait pas que le marché fût pour la Reine , et qu'il était au contraire pour le cardinal,
A répondu que n'ayant dit à M. le cardinal que par forme de conversation que les joailliers lui avaient apporté le colher, en ajoutant audit cardinal lee propos qu'ils lui avaient tenus, quelques jours après le cardinal lui fit envoyer, à sept heures du matin , un billet par lequel il demandait l'adresse des joailUers, et le même jour elle alla sur-le-champ chez eux pour leur dire que le cardinal allait sans doute venir, et que s'il faisait achat du collier, ils aient a prendre leurs précautions; que pour elle, elle n'y était pour rien; ajoute que si elle leur avait dit, ainsi qu'ils le prétendent tous, que M. le cardinal serait chargé de la part de la Reine d'acheter le collier, elle ne leur aurait pas dit de prendre leurs précautions.
A elle représenté qu'il parait au contraire qu'elle est convenue avec le cardinal que le marché ne sortirait pas de ses mains, et que de cette précaution il s'en* suit qu'elle avait des craintes que le marché ne fût connu et ne dévoilât l'intrigue,
A répondu que n'ayant pas remis cet éorit entre les
mains de M. le cardinal, elle n'avait par conséquent aucune crainte à avoir d'une intrigue qui n'existait pas par elle, et qui n'a même pas été à sa connaissance.
Interrogée si, au contraire, pour faire adopter au cardinal une condition aussi singulière que celle de garder le marché entre ses mains , et par là de priver les joailliers de leur titre , elle ne lui a pas fait écrire par Yillette une lettre prétendue de la Reine commençant par ces mots : « Je n'ai pas coutume de traiter ainsi avec mes joailliers » , et finissant par ceux-ci : « Vous garderez le marché » ,
A répondu qu'elle n'a point fait écrire cette lettre par le sieur de Yillette , mais que M. le cardinal la lui a montrée quelque temps après l'achat du collier, ainsi qu'elle le lui a soutenu lors de sa confrontation , lettre qu'il lui a dit venir de la Reine, et qu'elle n'a pas par conséquent engagé M. le cardinal à garder ce titre par devers lui, puisqu'il lui était inconnu.
Interrogée quel pouvait être le motif du cardinal de lui montrer cette lettre-là,, et s'il lui a témoigné à cette époque quelque inquiétude sur la vérité de ce marché ,
A répondu que cette lettre lui a été montrée par M. le cardinal par suite de la confiance qu'il avait en elle, comme il lui a montré nombre considérable de lettres qu'il lui disait recevoir de la Reine, et qu'il ne lui a témoigné aucune inquiétude d'un marché qui n'avait pas été d'abord à sa connaissance.
Interrogée si le cardinal ne lui a pas remis le collier
le l** février et ne le lui a pas porté à Versailles dans la soirée ; à elle demandé ce qu'elle en a fait ,
A répondu que M. le cardinal ne lui a point apporté le collier, que par conséquent elle ne peut pas dire ce qu'il est devenu.
A elle représenté qu'elle ne dit pas la vérité d'après ce qui est établi au procès; que le collier a été dépecé dès les premiers joints de février ; que Villette a été chargé par elle de vendre des diamants dès le 12 ; qu'il les a proposés à des juifs , et qu'elle-même en a vendu et échangé, dans le courant de février, à différents marchands,
A répondu qu'il ne peut être établi au procès que des soupçons que ces diamants proviennent du collier, mais que quand ils lui ont été donnés par M. le cardinal tant pour vendre qu'en pur don, il ne lui a pas dit que ces diamants vinssent du collier ; qu'au contraire , il lui a dit que c'étaient d'anciennes parures à lui qu'il ne mettait plus; que d'ailleurs les diamants que M. le cardinal lui a remis entre les mains ne se montant qu'à 377,000 livres, que c'est bien éloigné de faire la totalité du collier ; que quant à ceux qu'elle a donnés au sieur de Villette à vendre, et qu'il a proposés au sieur Vidal, juif, n'étaient qu'au nombre de quarante-deux et ont été vendus 15,000 francs à Paris; que ce fait s'est passé le 15, ainsi que cela est prouvé par le rapport de Brugnières.
Interrogée si lorsque les termes des payements convenus étaient près d'expirer elle ne s'est pas concertée
avec le cardinal pour différer le payement, ou si elle ne lui a pas fait écrire à ce sujet des lettres comme venant de la Reine,
A répondu que non, et qu'elle n'a jamais fait écrire aucune lettre de la part de la Reine.
Interrogée si ces différents délais pour le payement n'ont pas donné des inquiétudes au cardinal sur la vérité du marché ; s'ils ne lui ont pas fait faire d'obse^rvations, et si pour le tranquilliser elle ne lui a pas fait écrire de nouvelles lettres ,
A répondu que M. le cardinal lui faisait part de toutes ses affaires et de tout ce qui regardait l'affaire du collier, comme des époques de payements ; qu'il lui a toujours paru rassuré que les payements seraient faits par la Reine ; qu'il lui disait continuer d'avoir l'honneur de la voir, et qu'il savait bien que la répondante ne voyait pas la Reine; qu'elle n'était par conséquent pas son intermédiaire, et qu'elle ne pouvait pas lui faire écrire aucune lettre comme venant de la Reine.
Interrogée si elle n'a pas su que les signatures étaient fausses, comment elle Ta su et à quelle époque ; si elle a donné des conseils au cardinal , ou si au contraire elle n'a pas employé toutes sortes de moyens pour le perpétuer dans l'erreur où elle l'avait jeté ,
A répondu qu'elle a su, le 3 août, que la signature et les approuvé étaient faux par M. le cardinal, qui le lui a dit en lui apportant des lettres , qu'il disait venir de la Reine, qu'ils ont confrontées avec trois morceaux
des débris d'une lettre de la vraie écriture de la Reine, ainsi qu'elle l'a déjà détaillé dans sa confrontation vis-» à-vis de M. le cardinal; ajoute que n'ayant jeté M. le cardinal dans aucune erreur, elle n'a par conséquent employé aucun moyen pour l'y perpétuer.
A elle représenté qu'il parait qu'à la fin de juillet le cardinal lui dit qu'il s'était assuré de la fausseté des écritures et signatures , et qu'elle l'avait trompé ; que pour lors elle chercha à le rassurer ; qu'elle lui dit que la Reine l'avait chargée de lui remettre 30,000 francs pour tenir lieu aux joailliers des intérêts pour le retard du payement ,
A répondu qu'elle n'a point remis 30,000 francs à M. le cardinal de la part de la Reine, puisqu'elle ne la voyait pas.
Interrogée si elle et le cardinal , étant convaincus de )a fausseté du marché et craignant que cette affaire n'éclatât, n'ont pas concerté un plan de défense respective en brûlant toutes les lettres de leur correspondance et en fiatisant disparaître le sieur Yillette ,
A répondu qu'il ne paraît pas prouvé au procès qu'il y ait eu entre elle et M. le cardinal un projet d'intelHgence; qu'elle n'a point brûlé aucune des lettres de M. le cardinal, mais qu'elle les lui a remises étant chez lui en chartre privée, et que le sieur Villette, étant poursuivi par sa famille pour le faire enfermer, avait alors le projet de voyager; qu'elle lui a prêté 4f,000 francs en l'engageant de ne jamais parler de la scène de la fille d'Oliva, à laquelle il avait été présent.
Interrogée si c'est volontairement qu'elle s'est retirée pendant deux jours chez le cardinal , ou si c'est le cardinal qui l'a forcée d'y venir en chartre privée , et s'il lui a proposé de passer au delà du Rhin.
A répondu qu'elle a été en chartre privée chez M. le cardinal pour les motifs qu'elle a expliqués dans ses interrogatoires et confrontations , et que pendant qu'elle était chez lui , il lui a proposé , ainsi qu'à son mari, de passer au delà du Rhin.
Du jeudi 1 1 mai 1786.
A elle représenté que jusqu'à présent elle nous a dissimulé la vérité ; l'avons sommée de nous dire si elle a fait écrire les approuvé et la signature étant en marge du collier,
A répondu qu'elle n'a aucune part aux approuvé et à la signature.
A elle représenté qu'il est prouvé au procès et que Villette convient les îwoir écrits, et qu'il ne peut l'avoir fait que par ses ordres, et qu'elle-même a dit que si Villette était auteur des approuvé et signature , ce ne pouvait être que par ses ordres ,
A répondu qu'on a inspiré au sieur de Villette de dire qu'il était l'auteur de ces approuvé et signature, parce qu'on voulait la faire regarder comme la principale coupable , d'après ce qu'elle avait dit que si Villette les avait écrits, il n'aurait pu le faire que par ses ordres, et qu'elle serait la principale coupable, et
qu'elle persiste toujours à dire que ce n'est pas elle qui les a fait faire.
Interrogée si quelque temps avant la scène de la fille d'Olivà le cardinal lui a témoigné qu'il désirait avoir quelque relation avec la Reine et l'a engagée à faire pour ce quelques démarches,
A répondu qu'elle ne peut (Jue .répéter ce qu'elle nous a déjà dit, que dès le. mois d'avril M. le cardinal lui a fait confidence qu'il avait l'honneur de voir la Reine, et à la fin de juin qu'il avait perdu de nouveau ses bonnes grâces , et que c'est sur cela qu'elle a ima-r giné là scène d'Oliva à la fin de juillet, ainsi qu'elle l'a déjà déclaré. , . i.
Interrogée si c'est avec le cardinal qu'elle est convenue de présenter un mémoire à la Reiiie, ,
A répondu que oui, comme il la conseillait dans toutes ses affaires. ,
Interrogée si lorsque le cardinal lui a demandé quelle avait été la réussite de sa cjémarçhe, elle ne lui a pas dit qu'elle avait vu la Reine, qui avait parlé avantageusement de lui,
A répondu que non.
Interrogée si danâ le mois de juin ou juillet 1784 le cardinal ne l'a pas engagée à employer ses bons offices pour lui auprès 4|^.l^,ReiQe^ .
A répondu que M. le cardinal n'a pu lui dire cela,
puisqiie lui-même disait qu'il voyait la Reine, et'qu'il
savait qu'elle, répondante, ne la vb^aî^pïi?.' '^
Interrogée s'il n'y a pas eU une corirespondance de
Wt PIÈCES JUSTIFICATIVES.
lettres entre le cardinal et elle comme étant eensée intermédiaire entre la Reine et le cardinal ,
A répondu que non, et que M. le cardioal n'aurait pu s'y laisser tromper aussi longtemps qu'il le dit.
A elle représenté que cela est prouvé au procès et que cette correspondance a existé, et sommée de bous déclarer quel en a été l'objet,
A répondu qu'il y a eu correspondance entre elle et M. le cardinal directement depuis Taïuiée 1782, au mois de mai, mais qu'elle n'a jamais été rintermédiaire entre la Reine et le cardinal , qui lui a montré , depuis le mois d'avril 1784 jusqu'au mois d'août 1785 , dies lettres qu'il disait avoir reçues de la Reine, ainsi que d'autres particularités.
Ajoute qu'il n'est point probable de ciy>iFe que si elle eût reçu des lettres de la Reine, elle eût eu ri&discrétien de les montrer aux espèces de geas qui en ont pu déposer.
TiTON. Comtesse de Valois m: Lamotte.
DEUXIEME liSTERROGATOIRE DE M. LE CARDINAL
DE ROHANi.
Du jeudi 11 mat 1786.
Par-devant nous Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre ^Titon, conseiller du Roi en sa cour de Parlement, a
* archives de tEmpire, X*, 2576.
été amené en Tune des salles du château de la Bastille le cardinal de Rohan.
Interrogé de ses nom, surnoms, âg^e, qualité et demeure ,
A dit se nommer Louis-René-Édouard , cardinal de Rdban, prince-évéque de Strasbourg^, grand aumônier de France , demeurant à Paris , Vieille rue du Temple , hôtel de Strasbourg.
Interrogé si c'est lui qui a rédigé les conventions du marché, ou si eDes ont été apportées ou envoyées toutes rédigées , et par qui ,
A dit avant de répondre qu'il se croit obligé de renouveler toutes les protestations qu'il a faites dans tout le cours de cette instruction , sous les mêmes rapports et par les mêmes motifs, ainsi que ses différentes demandes relativement à l'audition des témoins. A répondu que c'est lui qui a rédigé les conventions du marché, et que même on en a trouvé le premier projet sous le scellé.
A lui. présenté l'écrit commençant par ces mots : « Envoyé chercher B..., » l'avons sommé d'en donner l'explication , et de dire à quelle époque il Ta dicté ,
A répondu que M. le rapporteur et M. le commissaire lui ayant laissé ta liberté de lire à plusieurs reprises la pièce informe trouvée sous les scellés, il s'est pénétré des différentes expressions qu'elle renferme, et du sens de l'ensemble surtout, d'après les éclaircissements ^que lui ont donnés les confrontations
avec le sieur de Saint-James et les joailliers; que le
sens de cet écrit est que, toujours attaché au secret que le respect lui avait imposé et auquel il devait s'être conformé même depuis le propos du sieur Campan, il croyait donc que les joailliers ne devaient point parler au sieur Gampan du fait de la négociation, et.^qu'ik devaient en conséquence dire <}ue le collier. était en pays ^ilMr ger, pour qu'on ne leur demandât pas à le v^oir ; qii^ d'ailleurs c'était là ce qu'ils avaient rhabitilide.'die répondre quand on les questionnait sur €ét objet; îet, quant à « la tranquillité qu'il était sûrde faire naître », le moyen proposé n'était autre .que d'inviter «{^/id^ Saint-James à ne pouit exiger pour k moment le payement de ce que les joàsHiers lui devaient; par. là lik étaient tranquilles pour le présent^ et, ^aD:t au fujburi il croyait être sur qu'ils seraient payés par lAjReineî^u^ mois d'octobre, ainsi que la dame :de iLamotte leitii avait dit. Observe que dans cette méoie pièce linfoiTi^^ il y trouve une preuve de sa bonne foirpar.ces motsi « Craignant que la tête ne lui tourne à l'occasion d'un ensemble de choses toutes nouvelles pour lui, » il ^[ensuit qu'il était tranquille auparavant, et • qu'il élait devenu tel depuis l'arrangemewfc proposé auHsi^Uf^.^e Saint-James; qu'il croyait donc toujours fer^en|ent que la Reine avait le collier; or, le^-sieur de Sainttr James est convenu avoir promis qu'il)^ocoDdei*|dtj4es délais aux joailliers^ et ne îles presserait pas., 4&t ^te promesse reconnuo.de lui est. la preuve de tout ce que dit le répondant; ne peut, au surplus, se rappeler l'époque à laquelle il a dictéjcette pièce informe.
•A lui représenté qu'il >paraît quei cet écrit a été fait sprèâ que les joailliers lui ont dit que la Beine ne com-prenfflt rien à . la lettre cp'ils lui avaient remise , ■r, A rëj^bndu que certainem^at ïldoit être postérieur au propos que les joaiUiers lui dirent avoir été tenu par le ^eur Clam pan ^ savoir^ que la Reine paraissait ignorer ce que les joailliers» avaient voulu lui dire.
A lui représenté qu'en faisant dire par les joailliers que le collier était passé en J)ays étranger, cela peut faire croire qu'à cette époque il savait que le collier n'était pas entre les mains de la Reine.
A répondu que l'ensemble de tout ce qu'il a dit et fait f i^lativement à la conviction où il était que la Reine avait le I collier^ prouve invinciblement qu'il n'a jamais pu'méme en douter; que la déposition de la dame de Lamotte, toute fausse qu'elle est, prouve encore pour lui, car die prétend lui avoir conseillé dans les pre-* miers jours d'août de vérifier les prétendus approuvé et la sîgnatuire , donc elle convient elle-même que lui répondant était convaincu alors de la vérité des a/^prouvé et de 4a signature; se contente d'ajouter à cette, première preuve que lui fournit même la dame de Lamotte de la persuasiôiv où il était que la Reine avait lé-€oUîer, la remise des^conventions signées et approuvées faite par lui trèB-^librementrau Roi, et qu'à son. tr^grand étonnement il a vu devenir une pièce contre lui au procès. D'après ces deux preuves qui pourraient être accompagnées de grand nombre d'autres qui sont au procès, il reste prouvé qu'il a toujours cm que le
km PIÈCES JOSTIFICATIVES.
collier était entre les mains de la Reine ; or, s'il a cru que le collier était entre les mains de la Reine , il n'a pas cru qu'il fût en pays étranger; donc la réponse qu'il conseillait aux joailliers de donner n'était que comme une défaite de leur part.
Interrogé quel est le moyen qu'il avait proposé qui arrangeait tout pour le présent et pour le futur,
 répondu que le délai qu'accordait le sieur de Saint- James, ainsi que lui répondant l'a dit, et l'espérance qu'il avait, d'après le dire de la dame de Lamotte, que les joailliers seraient payés par la Reine au mots d'octobre, sont les deux motifs qui faisaient naître sa sécurité.
 lui représenté que, s'il eût été persuadé que la Reine avait le collier, il ne devait pas douter qu'elle ne payât aux échéances convenues , et qu'ainsi il ne de* vait point proposer au sieur de Saint-James d'accorder des délais , et ne devait pas être tourmenté par le trou-* ble et le désespoir annoncés dans l'écrit ,
A répondu que le trouble et le désespoir dont il est question dans l'écrit venaient de ce que les joailliers ayant des sommes exigibles à acquitter jusqu'au montant de 800,000 francs au sieur de Saint-James, sans compter les autres qu'ils pouvaient avoir à acquitter ; qu'il est aisé de concevoir l'état de trouble où étaient les joailliers; que, quant «ux intentions de la Reieé pour le payement aux échéances , ce n'était pas à lut à les juger, d'autant plus qu'il doit paraître très-simple que la Reine juge à propos de retarder un payement. TiTON. Le gârdiinal de Rohan.
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