‹ Marie-Antoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 8 sur 37 · DÉCLARATION DU SIEUR GRAY, JOAILLIER · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DU SIEUR GRAY, JOAILLIER

« Londres, le 15 novembre 1785.

Je, William Gray, fils et associé de Robert Gray de Bond street, à Londres, certifie parles présentes que les principales circonstances de mes opérations avec le comte de Valois sont comme il suit.

Dans le courant d'avril dernier, époque de ma première entrevue avec lui, il fut amené dans ma boutique par M. O'Neill, capitaine au service de France, et me montra en différentes fois diverses parties de diamants d'une immense valeur. Il me les proposa tous à acheter, me disant qu'il les avait en héritage de sa mère, qui venait de mourir, et qui les portait en pièce d'estomac. Je consentis à acquérir plusieurs de ces pierres , et comme je lui en offris

* Information : Déposition d'O'Neill.

' Pièces justificatives pour M. le cardinal de Rohan, accuse'.

meilleur prix qu'on ne lui en avait offert nulle part^ il désira conclure avec moi, et je lui en pris pour la valeur de plus de 10,000 livres sterling^ que je lui payai partie argent comptant et partie en divers articles de bijouterie, ainsi qu'il conste du décompte ci-joint.

Les pierres que M. de Valois m'a vendues resseni'blent si exactement tant en poids quen figure à celles du collier fait récemment à Paris (tel qu'il m'est connu par un dessin qui m'a été remis par M. Barthélémy, chargé des affaires de France, et par un détail qui m'a été montré ensuite), que je n'ai pas le plus léger doute qu'elles n'aient été enlevées du collier.

J'ai joint ici une copie du susdit détail, et en marge j'ai noté non-seulement les pierres que j'ai achetées, mais encore celles qu'il m'a montrées uniquement et que je n'ai point acquises.

Tous ces diamants étaient démontés quand M. de Valois me les apporta , et ils étaient si endommagés dans leurs tailles, que je comprends qu'on les aura arrachés à leur monture avec un couteau ou quelque instrument semblable.

A la marge du détail, j'ai noté l'article 2 comme en ayant monté les pierres, savoir : quarante et un brillants formant les trois festons y etc. Les trois festons étaient, je crois, compris en totalité dans le nombre de soixante pierres que M. de Valois m'apporta à la fin du mois de mai dernier, avec ordre

4è les monter en un collier et une paire de boucles d'oreilles, qu'il me dit destiner à madame la corn-tesse; ces soixante pierres étaient certainement toutes prises de différentes parties du collier originaire, ainsi cpie je le reconnais par le dessin et le •détail de ce bijou.

Le 26 du mois de mai,, jour où je le vis pom' la dernière fois avant son départ d'Angleterre, il me dit que lorsque ce collier et ces boucles d'oreilles seraient achevés, il désirait que je les envoyasse à M. Sykes, à Paris, pour lui être remis. Mais je regardai ces bijoux comme d'une valeur trop considérable pour être confiés à une voie ordinaire de -transport, et nulle occasion favorable ne s'étant présentée, ils demem'èrent en ma possession jusque vers le 20 août dernier, que M. de Valois vint lui-même dans ma boutique et les emporta.

Lors de ce dernier voyage de M. de Valois, je ne ■le vis que deux fois , et dans l'une de ces entrevues il se plaignit que Fépingle de diamants en étoile quil avait achetée pour madame la comtesse, étant entièrement montée à jour, elle en avait par accident perdu deux ou trois pierres en la portant. Il me fit mention en même temps de plusieiurs autres articles que je lui avais vendus comme étant employés à Bar-sur'^Jube ou y ayant été laissés , mentionnant en particulier les deux belles épées d acier notées dans le compte ci-joint.

J'aïu'ais dû faire mention que vers le commence-

ment de juillet, je reçus une lettre de M, de Valois, datée de Bar-sur- Aube , par laquelle il me prévenait qu'une personne, dont j'ai oublié le nom, viendrait dans ma boutique demander le collier et les boucles d'oreilles, et il me donnait ordre de les lui remettre. En effet, peu de jours après, cette personne m'apporta un mandat de M. de Valois, sur moi, de Huit guinées, somme que je lui devais pour balance de notre compte de bijoux; mais comme il me devait lui-même davantage pour la façon de la monture du collier et des boucles d'oreilles, je refusai de payer les huit guinées.

J'ai dit ci-dessus que M. de Valois prit de moi comme portion de payement divers articles de bijouterie; j'ajoute quil prit aussi une grande quantité de perles, et il parlait ordinairement de tout cela comme de choses destinées à madame la comtesse, (car c'est la dénomination qu'il employait toujours), ou propres à t ameublement de sa maison. En général, la nature des articles dont il faisait emplette et l'ensemble de sa conduite et de ses discours dans tout le cours des affaires qu'il a faites avec moi, me l'ont toujours fait regarder comme agissant pour lui-même, et je demeure toujours dans la très-parfaite conviction et opinion qu'il na pu être l'agent d'aucune autre personne, et n'a vendu les bijoux au compte de qui que ce soit autre lui-même.

Signé William Gray. «

EXTRAIT ET COPIE VÉRITABLE DU GRAND LIVRE DE M. GRAT , TIRÉS ET ATTESTÉS PAR MOI JOSEPH KIRKUP , COMMIS DE MM. GRAY ET FILS*. ^

Monsieur le comte de Valois^ à Londres y doit à Robert Gray,

-20 mai 1785.

Liv.st. Schellin{*s. Deniers*

Un médaillon de diamants 230

Une bag^e de diamants • 94 10

Un nœud de' perles pour une dame. . 52 10

Un écran à feu 1 4

Un entonnoir et son verre 6

Une bourse 4 14 6

Une très-belle épée d'acier 100

Une très-belle épée d'acier 45

Deux étuis à cure-dents 12 12

Un g^rand couteau à découper et sa

fourchette 1 '4

Une paire de boucles d'acier bleu. . 18

Deux mille ai(]^uilles 1 10

Une caselle ? îorte. . . ^ 5 5

Un anneau de diamants en jonc. . . 13 13

Quatre rasoirs 1

Monture d'une ba(]^ue de diamants, 1 8

Étui pour les bagues . 8

Portefeuille de soie garni de ses instruments 12 12

Un tire-bouchon 12

Une belle épingle de diamants en

étoiles 400

Une paire de pincettes à asperges. . . 2 12 6

Une montre d'or 38

^ Pièces justificatives pour M. le cardinal de Rohan, accusé.

90 MAUIE-AM012^ETTE

Liv. st. Schelliogs. Deniers.

Une bourse i 14 6

Un cordon de canne 1 1

Une paire de balances à diamants. . 1 1

Un siphon 5 5

Une paire de pincettes de paresseux. 10 6

Un collier de perles 170

Mille huit cents perles 270

Une aigrette de diamants en rose. . . 60

Une paire de boucles d'acier 18 18

Une chaîne de montre 6 16 6

Une belle paire de boucles d'oreilles

de diamants 600

Une bague en brillants 100

Une tabatière en diamants 120

Une agrafe de chemise en diamants. . . 28

Une paire de boucles 7 7

Une autre 3 13 6

Une partie de semence de perles et

autres perles pour broderie 1 ,890

Sorti de la caisse en argent 6,090

Total. 10,3971. st. 6 sch.

Somme pareille en valeur de divers

articles de diamants . i0,3971. st. 6sch.

Monsieur le comte de Valois doit à Robert Gray,

23 juillet 1785.

Montage d'un collier à brillants et de

boucles d'oreilles par lui laissés à

M. Gray, le 26 mai précédent. . . 24

Le 23 août, argent reçu 24

Une paire de ciseaux et leur étui qui

ne sont pas encore payés 6 6 »

a ÉTAT DÉTAILLÉ DU GRAND COLLIER EN BRILLANTS AVEC SON ESCLAVAGE ET QUATRE GLANDS*.

{Les notes qui sont en marge sont écrites par le joaillier Gray.)

%siones bought !• Le fil autour, coinposé de dix-sepl

{Achetée pierres.) brillants, pesant depuis 18 jusqu'à 33

gfrains pièce.

Were the stones set in 2*» Quarante et un brillants formant necklace etcarrhigs. j^g ^^.^jg festons tenant au fil d'en haut,

{Ces pierres ont été montées ^ , . -tes • » » c\/\

en\n colUer et une paire Posant depuis 12 JUSqu a 20 grauiS

de boucles d'oreilles.) pièce, évalués l'un dans l'autre. Sawthem.butdidnotbuy. 3» Deux brillants pendeloques pen-

{Je les ai vus , mais je ne dant dans les deux festons de droite et

les ai point achetés.) ^^ gauclus pesant 50 {jrains.

Jdem 4*» Un brillant pendcîloque tenant au

fil d'en haut par un trèfle pesant 34 crains, pierre superbe en qualité.

5® Quatorze brillants, entourag^e de ladite pendeloque , pesant 7 cinq huitièmes karats.

6» Trois brillants dans le trèfle, pierre de 13 g^rains.

Bo^f^f 7® Un brillant pendeloque au bas du

[Acheté.) feston, pesant 45 (jrains.

8» Quatorze brillants, entourage de ladite, pesant 10 karats.

9^ Trois brillants dans le trèfle au-rdessus, pesant 17 et 20 grains, pierres de la plus grande beauté.

Bought about SO saw the IQo Cent vingt-huit brillants forts, for-

restofthem. i, , , .1^.11,1

,^ , , mant 1 esciavaee depuis le fil d en haut

[Acheté environ 80, vu le » , i i 1 i

reste.) jusqu au nœud des glands, toutes pier-

res assorties du poids de 8, 9, 10, 11 et 12 grains.

* Pièces justificatives ^our 3/. le cardinal de Rohau , accuse.

Set it as a ring, .

{Monté en bague.)

Bought some of them. .

{J*en ai acheté gueUfuesunes,)

II® Soixante-deux brillants dans l'esclavage, pierres de 3 et 4 g^rains.

12° Un brillant au milieu de la rosette du milieu de Tesclavage, pierre trèsbelle, sans aucun défaut, pesant 45 grains.

13° Huit brillants pour entourage', pierres de 12 et 13 grains pièce.

14° Quatre-vingt-seize brillants, formant les deux bandes de côté, pierres assorties du poids de 6, 7, 8 et 9 grains.

J5° Quarante-six brillants, petits chatons dans lesdites bandes, pesant 2 et 3 grains pièce.

Bought them. . . .

{Je les ai achetés.)

Idem.

Bought them. . . .

{Je les ai achetés.)

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