‹ MarieChapitre 16 sur 84 · L'ELEGIE DE LE BRAZ · texte numérisé non relu

L'ELEGIE DE LE BRAZ

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Si vous laissez eiicor les beaux uenéts lleuris Et les champs de ble noir |)our aller a Paris . Quand vous aurez tout vu dans cette srande ville Conihien elle est superbe et combien elle est \ile

Regrettant le pays, informez-vous alors

Où du pauvre Le Brâz on a jeté le corps

(Son nom serait Ar-Brâz*, mais nous, lâches et traîtres

Nous avons oublié les noms de nos ancêtres) ;

Et puis devant ce corps brûlé par le charbon,

Songez comme il mourut , lui simple, honnête etbon .

C'est qu il avait aussi quitté son coin de terre,

Sur le bord du chemin sa maison solitaire ,

Le pré de Ker-végan , Ar-Ros , sombres coteaux ;

Là , rencontrant la mer, le Scorf brise ses flots ;

Dans le fond , le moulin fait mugir son écluse ,

Et dès que le meunier enlle sa cornemuse ,

Au tomber de la nuit , les Esprits des talus,

Les noirs Corriganed dansent sur le palus.

— Je dirai : Si la Mort . dans la ville imietle Et les tristes faubourgs, passe sur sa charrette. Prenez entre vos mains un des pans du linceul . Car le malheur de tous est le malheur d'un seul : Mais, ô bardes pieux ! vous qui parmi la mousse Retrouverez un jour la harpe antique et douce , Et dont le lai breton répétera dans Tair Les soupirs de la lande et les cris de la mer.

Quand avec ses faubourgs la ville est ivre et folle.

Criez qu'un malheureux en secret se désole ;

Si vos cœurs sont souffrants, vous-mêmes plaismez-voHS,

Car le malheur d'un seul est le malheur de tous.

Chantres de mon pays, plaignez celui qui souffiT!

Paris roula Le Bràz bien longtemps dans son gouffre ;

I^n ami le suivait durant ces jours hideux ;

Tous deux , pour en finir, s'étouffèrent tous deux —

'^ 176 @ INon , ce iiVst pas ainsi que Ton meurt en Bretagne ! La vie a tout son cours; ou, si le froid vous gagne, Comme une jeune plante encor loin de juillet , Celle qui vous nourrit autrefois de son lait S'assied à votre lit : pleurant sur son ouvraiic , De la voix cependant elle vous encourage ; \i{ lorsqu'enfin le corps reste seul sur le lit, De ses tremblantes mains elle Tensevelit : La foule, vers le soir remporte et raccompagne .lusques au cimetière ouvert dans la campagne. — Si Le Bràz eût aimé le pré de Ker-végan , Les taillis d'alentour, le Scorf et son étang, ' 11 chanterait encor sur le Ros ; ou sa mère. Mourant , l'aurait soigné comme depuis son frère. Son corps reposerait dans le bourg de Kéven , Près du mur de Téglise et sous un terlre lin ;

le 177 e

Ses parents y viendraient prier axant la messe ; Tous les petits enfants y lutteraient sans cesse : Étendu dans sa fosse il entendrait leur bruit . Kt les Corriganed y danseraient la nuit.

Oh ! ne quittez jamais le seuil de \utre porte 1 -Mourez dans la maison ou votre mère e^t morte Voila ce qu'a Paris avait déjà chante In poète incomui qu'on n"a pas écoute.

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