LES POLES
Prêtre, te souvient-il quun soir, à Loc-Tùdî, Au pied de ton autel je te surpris en larmes , Serrant contre ton cœur le crucifix, tes armes, Plongé dans la prière et presque anéanti ?
Au bruit seul de ma voix tu relevas la tcte, ( C'était le front des morts, et non plus des vivants ) Alors , tournant vers moi tes yeux doux et fervents, Tu me dis : « J'ai vaincu! combats aussi, poète. >
Parlant de l'Infini, du ciel et des élus,
Nous passâmes deux jours dans ton saint presbytère;
Les ailes de ton a me avaient quitté la terre,
Et l'espace et le temps pour toi n'existaient plus.
Pôle effrayant de la pensée , Oui pourrait sans vertige atteindre à ta hauteur?
L'àme humaine, aisément lassée, Fuit tes sommets de glace et l'ardent Equateur.
Et vous, de la >'ature infatigable prêtre,
Qui sondez, curieux, les causes de chaque être
Et sur vos creusets tour à tour Pâlissez d'épouvante et tressaillez d'amour ,
Rappelez-vous l'instant où des profonds royaumes La déesse évoqua ses myriades d'atomes,
Globules mouvants et gazeux L'un l'autre s'attirant, et vous, homme, avec euxl
O terreurs de Tesprit! Déjà, comme un problème, Dans le Tout, noir chaos, il se cherchait lui-même;
Car déjà vos pensers épars De leur faisceau rompu sortaient de toutes parts.
Pôle effrayant de la pensée , Qui pourrait sans vertige atteindre à ta hauteur ?
L'âme humaine , aisément lassée , Fuit tes sommets de glace et l'ardent équateur.