CHAM DE LEZ-BREIZ
Traduit du Barzaz-Breiz, el antérieur au xv*- siècle.
Entre deux seigneurs, français et breton Un combat eut lieu, combat de renom.
Du pays breton Lez-Breiz est Tappiii , Que Dieu le soutienne et marche avec lui !
Le seigneur Lez-Breiz , le bon chevalier, Éveille un matin son jeune écuyer.
«— Page, éveille-toi, car le ciel est clair; Page, apprête-moi mon casque de 1er.
Ma lance d'acier, il faut la fourbir, Au sang des Français je veux la rougir.
— Maître, vous avez mon cœur et ma foi, A cette rencontre irez-vous sans moi?
— Que dirait ta mère, enfant sans raison, Si je revenais seul vers sa maison?
Si ton corps restait au milieu des morts , Ta mère Niendrait mourir sur ton corps.
- Maître, au nom du ciel maître, parlez bas Et marchons tous deux à vos grands combats.
Des soldats français je n ai nulle peur. Dur est mon acier et dur est mon cœur.
Maître, où vous irez avec vous j'irai.
Où vous combattrez, moi, je combattrai. «
Le seigneur Lez-Breiz, des Bretons Tappui, Allait au combat, son page avec lui.
Passant à l'Armor , tout près du saint lieu , Il voulut entrer et prier un peu :
» Quand je vins chez vous , sainte Anne dWrnior La première fois , j'étais jeune encor.
Avais-je vingt ans ? Je ne le crois pas : Pourtant j'avais vu plus de vingt combats.
Combats où mon cœuv fit bien son devoir,
Mais gagnés surtout par votre pouvoir.
Si dans mon pays sans mal je reviens , Mère , vous aurez part dans tous mes biens.
Un cordon de cire épais de trois doigts Autour de vos murs tournera trois fois.
Dame , vous aurez . pour prix de mes jours . Robe de l)rocard , manteau de velours.
Vous aurez aussi bannière en satin Avec un support d'ivoire et dVtain.
Sept cloches d'argent sur voire beau front.
Le jour et la nuit. L^^u'ment chanteront.
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Puis j'irai trois fois remplir à genoux Votre bénitier : Mère , entendez-vous ?
— Chevalier Lez-Breiz , va combattre , va ! Ton rival est fort , mais je serai là »
« J'aperçois Lez-Breiz suivi de ses gens , Bataillon nombreux armé jusqu'aux dents.
Bon ! un âne blanc est son destrier , Beau licol de chanvre et même étrier.
11 a pour escorte im page , un enfant , Mais ce nain , dit-on , vaut presque un géant,
— J'aperçois Lorgnez suivi de ses gens , Bataillon nombreux armé jusqu'aux dents.
J'aperçois Lorgnez tout cuirassé d'or, Ils sont dix , et dix , dix autres encor.
Maître, les voila près du châtaignier,
Contre eux nous aurons grand" peine ta gagner.
— Quand j'aurai sur eux étendu mon bras, Alors sur le pré tu les compteras. <>
jia-xyJ. 'lyiLGYailJ — « — Hé ! bonjour à toi, chevalier Lez-Breiz !
— Hé ! bonjour à toi , chevalier Lorgnez !
— Par l'ordre du roi, mon prince et seiuneur, Je viens t'arracher la vie et l'honneur.
— Chevalier Lorgnez , retourne à ton roi ; De lui j'ai souci tout connue de toi.
Retourne à Paris , il est temps encor, Porter dans les bals ta cuirasse d'or.
Sinon , chevalier , je rendrai ton sang
Froid comme la pierre ou l'eau de Tétang.
— Chevalier Lez-Breiz , au fond de quel bois As-tu vu le jour , chevalier courtois ?
Mon dernier valet , hobereau si fier , Fera bien sauter ton casque de fer. »
A ces mots , Lez-Breiz tira vers le ciel Son glaive d"acier , comme saint Michel.
« — Le nom de mon père , on ne le sait pas ? Eh bien , moi . son tils , tu me connaîtras ! »
« r- Page, où courez-vous à travers le champ
Vos bras sont couverts de fange et de sang.
Dans mon ermitage il faut vous laver.
— Je cherche une source , où donc la trouver }
.le cherche de Feau pour mon doux seigneur
Brisé de fatigue et tout en sueur.
Treize combattants tombés sous ses coups ! L'insolent Lorgnez le premier de tous.
Treize autres soldats sont tombes sous moi Et le reste a fui tout pâle d'effroi. »
Il n'eût pas été Breton dans son cœur Qui n'aurait point ri d'un rire vainqueur
A voir le chemin et le pre rougis
Sous les flots de sang des Français maudits.
Lez-Breiz sur leurs corps s'en vint s'accouder Et se délassait à les regarder.
Pour le souvenir de ce grand combat Ce chant fut rimé par un vieux soldat.
Que dans la Bretagne il soit répété !
Que ton nom , Lez-Breiz , partout soit chanté î
Allez donc , mes vers , dans tous les cantons , Et semez la joie au cœur des Bretons !
SUR LES APsClENS POETES.
A M. Antoine de Lato\:r
Au temps passé , riiiieurs ne rejetaient Les liers dizains , les chansons , les octaves , Arène étroite où luttaient les plus hraves , Poignards d"acier qu'avec grcàce ils portaient;
S'il vous plaît mieux cassette bien fermée Sous triple clef à tout regard jaloux , Mais d'où sortaient arômes fins et doux Pour Notre-Dame et pour leur bien-aimée.
Poignard d'acier et coffret lamé d'or , Savant rimeur , vous les portez encor.