‹ MarieChapitre 65 sur 84 · CHAM DE LEZ-BREIZ · texte numérisé non relu

CHAM DE LEZ-BREIZ

Traduit du Barzaz-Breiz, el antérieur au xv*- siècle.

Entre deux seigneurs, français et breton Un combat eut lieu, combat de renom.

Du pays breton Lez-Breiz est Tappiii , Que Dieu le soutienne et marche avec lui !

Le seigneur Lez-Breiz , le bon chevalier, Éveille un matin son jeune écuyer.

«— Page, éveille-toi, car le ciel est clair; Page, apprête-moi mon casque de 1er.

Ma lance d'acier, il faut la fourbir, Au sang des Français je veux la rougir.

— Maître, vous avez mon cœur et ma foi, A cette rencontre irez-vous sans moi?

— Que dirait ta mère, enfant sans raison, Si je revenais seul vers sa maison?

Si ton corps restait au milieu des morts , Ta mère Niendrait mourir sur ton corps.

- Maître, au nom du ciel maître, parlez bas Et marchons tous deux à vos grands combats.

Des soldats français je n ai nulle peur. Dur est mon acier et dur est mon cœur.

Maître, où vous irez avec vous j'irai.

Où vous combattrez, moi, je combattrai. «

Le seigneur Lez-Breiz, des Bretons Tappui, Allait au combat, son page avec lui.

Passant à l'Armor , tout près du saint lieu , Il voulut entrer et prier un peu :

» Quand je vins chez vous , sainte Anne dWrnior La première fois , j'étais jeune encor.

Avais-je vingt ans ? Je ne le crois pas : Pourtant j'avais vu plus de vingt combats.

Combats où mon cœuv fit bien son devoir,

Mais gagnés surtout par votre pouvoir.

Si dans mon pays sans mal je reviens , Mère , vous aurez part dans tous mes biens.

Un cordon de cire épais de trois doigts Autour de vos murs tournera trois fois.

Dame , vous aurez . pour prix de mes jours . Robe de l)rocard , manteau de velours.

Vous aurez aussi bannière en satin Avec un support d'ivoire et dVtain.

Sept cloches d'argent sur voire beau front.

Le jour et la nuit. L^^u'ment chanteront.

s iro e

Puis j'irai trois fois remplir à genoux Votre bénitier : Mère , entendez-vous ?

— Chevalier Lez-Breiz , va combattre , va ! Ton rival est fort , mais je serai là »

« J'aperçois Lez-Breiz suivi de ses gens , Bataillon nombreux armé jusqu'aux dents.

Bon ! un âne blanc est son destrier , Beau licol de chanvre et même étrier.

11 a pour escorte im page , un enfant , Mais ce nain , dit-on , vaut presque un géant,

— J'aperçois Lorgnez suivi de ses gens , Bataillon nombreux armé jusqu'aux dents.

J'aperçois Lorgnez tout cuirassé d'or, Ils sont dix , et dix , dix autres encor.

Maître, les voila près du châtaignier,

Contre eux nous aurons grand" peine ta gagner.

— Quand j'aurai sur eux étendu mon bras, Alors sur le pré tu les compteras. <>

jia-xyJ. 'lyiLGYailJ — « — Hé ! bonjour à toi, chevalier Lez-Breiz !

— Hé ! bonjour à toi , chevalier Lorgnez !

— Par l'ordre du roi, mon prince et seiuneur, Je viens t'arracher la vie et l'honneur.

— Chevalier Lorgnez , retourne à ton roi ; De lui j'ai souci tout connue de toi.

Retourne à Paris , il est temps encor, Porter dans les bals ta cuirasse d'or.

Sinon , chevalier , je rendrai ton sang

Froid comme la pierre ou l'eau de Tétang.

— Chevalier Lez-Breiz , au fond de quel bois As-tu vu le jour , chevalier courtois ?

Mon dernier valet , hobereau si fier , Fera bien sauter ton casque de fer. »

A ces mots , Lez-Breiz tira vers le ciel Son glaive d"acier , comme saint Michel.

« — Le nom de mon père , on ne le sait pas ? Eh bien , moi . son tils , tu me connaîtras ! »

« r- Page, où courez-vous à travers le champ

Vos bras sont couverts de fange et de sang.

Dans mon ermitage il faut vous laver.

— Je cherche une source , où donc la trouver }

.le cherche de Feau pour mon doux seigneur

Brisé de fatigue et tout en sueur.

Treize combattants tombés sous ses coups ! L'insolent Lorgnez le premier de tous.

Treize autres soldats sont tombes sous moi Et le reste a fui tout pâle d'effroi. »

Il n'eût pas été Breton dans son cœur Qui n'aurait point ri d'un rire vainqueur

A voir le chemin et le pre rougis

Sous les flots de sang des Français maudits.

Lez-Breiz sur leurs corps s'en vint s'accouder Et se délassait à les regarder.

Pour le souvenir de ce grand combat Ce chant fut rimé par un vieux soldat.

Que dans la Bretagne il soit répété !

Que ton nom , Lez-Breiz , partout soit chanté î

Allez donc , mes vers , dans tous les cantons , Et semez la joie au cœur des Bretons !

SUR LES APsClENS POETES.

A M. Antoine de Lato\:r

Au temps passé , riiiieurs ne rejetaient Les liers dizains , les chansons , les octaves , Arène étroite où luttaient les plus hraves , Poignards d"acier qu'avec grcàce ils portaient;

S'il vous plaît mieux cassette bien fermée Sous triple clef à tout regard jaloux , Mais d'où sortaient arômes fins et doux Pour Notre-Dame et pour leur bien-aimée.

Poignard d'acier et coffret lamé d'or , Savant rimeur , vous les portez encor.

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