‹ MarieChapitre 74 sur 84 · HEURES DE TRÊVE · texte numérisé non relu

HEURES DE TRÊVE

Et de mes jours et de mes miits Ce rêve était le premier rêve; Je disais : que dans mes ennuis Ditu m'accorde au moins une trêve

J'ai ce repos, Dieu soit béni !

Pourtant ma tristesse est pareille Chaque jour est si tôt fini î La nuit j'y songe et me réveille.

I"n cœur sous le mal affaissé Dans le présent ne sait plus vivre , La dure épreuve du passé Lui fait craindre ce qui doit suivre.

Moment calme et réparateur Où rame à peine se confie ,

Oh ! ue passez qu'avec lenteur Doux épisode de ma vie 1

CHAATS ALTERNÉS.

Sans ce triste hasard , nous nous serions aimes ! A ses yeux en passant comme à demi fermés , A sa molle pâleur, à cette douce haleine Oui sortit de sa bouche et vint jusqu'à la mienne ,

?^ 2G0 0 Tout mon cœur tressaillit , elle aussi (je Tai vu) Seutit à mon approche un frisson imprévu ; Son beau front se tourna : — mais, au seuil de l'église, Entre elle et moi déjà la foule s'était mise; Et vers l'Arno la regardant marcher, Honteux Breton, je n'osais approcher.

Un prince de Léon ( Léon en Armorique) A ers le monde enchanté sur un char s'envola ; Puis, les yeux éblouis par ce monde féerique , Muet d'amour, il se troubla.

Je t'ai promis des vers , brune enfant de Florence Mais pour te bien louer les muses de la France

Ont une voix aniere : et nul ne ni"a doue Du 2rand art que chez toi retrouva Cimabué. De son art tout divin si j'avais le mystère, Tu serais un bel ange; et, comme au Baptistère Sur la porte de bronze on voit un séraphin Oui chante vers le eiel son cantique sans fin, Ainsi tu chanterais rayonnante de gloire, Et tu tiendrais en main un long archet d"ivoire.

Las : disait dans son cœur le prince de Léon, Que ne suis-je saint Luc ou que ne suis-je Orphée' Comment peindre le ciel avec notre limon , Et comment chanter une fee ?

Dans un enclos voisin du grand palais Pitti Vous, mon âme, restez quand je serai parti ; Du moins, qu'il reste une part de vous-même Sous les abris de cet enclos que j'aime ! Errez sans fin à l'ombre des grands murs , Devant le grille et parmi les blés mûrs ; N'oubliez pas les vacbes dans l'étable , Vous y boirez du lait cbaud sur la table ; Et parfois vous viendrez vers mon pâle borizon Me dire ce qu'on fait dans la chère maison.

Globes, ciel éthéré , régions sans égales Où plane connue un dieu l'héritier d'Occismor, Durement retombé des sphères idéales , Pourra-t-il respirer encor ?

Le lon^ du Musnoné, de Florence à Fiesole

Je m'en vais, attachant mes veux snr chaque saule.

Je passe le torrent, sur sou lit desséché

Je m'incline, et sans voir je reste ainsi penché.

J'aspire autour de moi les parfums de la route ; Si la voix d'un oiseau sort des huissons, j'écoute.

Me voici dans Fiesole ; et le soir, au retour ,

Mon cœur qui se soutient s'emplit encor d'amour.

Longtemps il reviendi'a, dans ses jours de souffrance ,

Le long du Mugnoné de Fiesole à Florence.

On revient sans ennui par un si doux chemin, Disait le prince errant sous des berceaux de roses: Et les choses d'hier plairont encor demain , Si le cœur se mêle à ces choses.

.T'ai dit : tu vas la voir pour la dernière fois, Regarde bien ses traits pendant que tu les vois ! Regarde bien ses tempes florentines, Et ses yeux bruns, et sous ses lèvres fines Toutes ses belles dents ; regarde bien encor Ses cheveux sur ce front couleur de miel et d'or ; Surtout retiens soji geste, ses manières , Et garde en toi ses paroles dernières;

Et puis, en t'en allant, attendris ton regard Afin qu'on se souvienne un peu de ton départ.

Quels furent les adieux du prince et de la tee ? Elle écarta les plis de son voile d'azur ; Et lui, comme un parfum pour son âme étouffée , S'enivra de son souffle pur.

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