‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 23 sur 154 · X. La conception immaculée ne délivrait pas · texte numérisé non relu

X. La conception immaculée ne délivrait pas

Marie des douleurs physiques

La condition de Marie différait en une seule chose. de la condition d'Adam innocent : par l’exemptiom des douleurs physiques. Alors qu’Adam dans le péché n'aurait jamais dù souffrir, Marie au contraire malgré son immaculée conception souffrit et souffrit immensément jusqu'à être appelée à bon droit la femme des douleurs, la reine des Martyrs.

Pourquoi Marie souffrit-elle? Nous avons déj rappelé plus haut que la plupart des théologiens, partant du principe que là où il n’y a pas de péché originel selon l’ordre présent de la Providence, là doit êtreconséquemment l’impassibilité, — ontexpliqué la présence de la souffrance et de la mort chez Marie en disant que volontairement elle a demandé et obtenu de Dieu les misères temporelles. Mère de

celui qui devait au prix de souffrances atroces, acceptées librement, payer toutes nos dettes à la justice divine, Marie ne voulut point en une chose qui influait tant sur l’œuvre de la Rédemption, ne pas ressembler à son Fils. Dieu donc pour être logique dans les bienfaits accordés à Marie dans sa conception, aurait retenu toujours loin d’elle toute souffrance. Il n’aurait jamais permis la ruine de son existence. Mais Marie réclama instamment une part de souffrance, afin de pouvoir figurer honorablement aux souffrances et à la mort du Sauveur. Nous avons déjà dit que ce mode d’argumentation n’est pas aussi solide qu'il le paraît à première vue. Il est donc permis d’opiner diversement.

De fait quelques théologiens de grande valeur pensent que les douleurs et la mort furent dues à la grande Vierge, malgré son exemption de la faute originelle. Ils raisonnent ainsi. Marie contracta la dette du péché; sans un privilège spécial de la grâce, elle aurait eu son origine moralement souillée. Dieu la délivra parce qu’elle était sa mère, de toute difformité morale, ne lui laissant du péché que ce qui ne la déshonorait en rien, et pouvait au contraire servir comme de piédestal à sa gloire future.

Telles étaient la douleur et la mort. L’ignorance, la faiblesse de la volonté, la concupiscence, bien que n’étant point formellement le péché, n’auraient pu se trouver dans l’immaculée sans l’envelopper d'une atmosphère moralement déshonorante. Ces

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défauts ont un rapport trop étroit avec le péché. Ils en sont la conséquence et encore une prédisposition lamentable à le commettre. Toute leur action tend précisément à faire tomber celui qui en est infesté, dans la faute. Aussi saint Paul a-t-il pu désigner la concupiscence sous le titre honteux de péché. Et ce que saint Paul dit de la concupiscence, on peut le redire et pour la même raison des autres défauts qui souillent l'intelligence et la volonté. Voici pourquoi Marie dut en être exempte. Si on n’admettait point en elle l’exemption de ces défauts, alors ne se vérifieraient plus complètement les paroles de la Bulle Ineffabilis : ab omni originalis culpæ tabe, praservalam immunem.

Ces mots de toute lache de faule nous expliquent pourquoi l’Immaculée Conception comporte l’intégrité chez la Vierge bénie. Mais la même raison ne vaudrait point pour l’impassibilité. Les douleurs et Ja mort, depuis que Jésus les a voulues pour lui, peuvent se concevoir dans une nature resplendissante de la plus grande pureté, leur présence ne rappelle point méme de loin l’idée de la difformité morale. Elles servent au contraire excellemment d’occasions et de moyens pour pratiquer les vertus les plus hautes, les plus héroïques, celles qui donnent à notre nature la plus imposante grandeur.

Et c’est pour cela que Dieu, en délivrant sa mère du péché auquel elle aurait dù être soumise comme fille d'Adam, n’a point voulu la délivrer des souffrances et de la mort.

Le fait que Marie est demeurée sujette à ces misè- ‘res temporelles, a fourni aux théologiens l’occasion -de poser la question suivante : la sanctification qui lui fut concédée dans le premier instant de sa con- -ception doit-elle, oui ou non, s'appeler justice originelle comme la sainteté d'Adam?

La meilleure réponse est celle de Suarez qui s’exprime ainsi: « Si par justice originelle on entend la ‘collection, l’ensemble de ces dons, grâce, intégrité, rimpassibilité, ou encore le principe dont ils émanent, il est clair que Marie ne l’eut pas. Rien cependantn’empéche de dire qu’elle fut conçue dans la justice originelle si l'on entend par là qu’elle eut les principaux effets de celte justice, ce qu’on pourrait appeler les effets formels » (1).

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