ÀCTK IV, SCENE IX
LE DOYEN
C^est vous qui, pour flatter le père de Marîe , Sans relâche , excitiez son turbulent génie !...* Repoussez, s^il se peut, cette accusation ?
HUGONNET
Vous connaissiez et Charle et son ambition : Loin qu'il fallût jamais Pexciter a la guerre, Vous-même, l'appelant du nom de te'me'raire, Vous Pavez vu voler^ au mépris de ma voix, De périls en périls , mais d'exploits en exploits !
LE DOYEN
C'est vous qui , de ce Duc armant la méfiance ,
Avez livré mon père a sa lâche vengeance :
Par vous, sur Péchafaud, il a trouvé la mort !....
HUGONNET
Il osa conspirer.... il mérita son sort!....
LE DOYEN
Quel doit-être le tien?.... de tes mains sacrilèges On t'a vu déchirer nos sacrés privilèges ; Ce crime, le plus grand de tous les attentats, N'est point assez puni même par le trépas !
HUGONNET
Ah ! loin de redouter votre fureur extrême ,
J'en appelle au conseil , j'en appelle a vous-même.
Vous ne pouvez nourrir une fatale erreur
Qui blesse ma vertu, non moins que votre honneur;
C8 MARIE DE BfOUftGOGNE.
Je ne craîns point qu^ici le fer de la vengeance
Aux mains d^un magistrat remplace la balance;
Si Pon a vu les Ducs modifier vos lois ,
Ce u^est point malgré vous qu'ils ont restreint vos droits.
Vous-mêmes , fatigue's de sanglantes querelles,
Vous vous êtes soumis h leurs cîiartes nouvelles ,
Et ces droits, dont alors vous fîtes Tabandon,
Les eùt-on tous détruits , m'en accusera-t-on ?
Faut-il , lorsqu'un parti veut frapper ses victimes,
Qup des erreurs d'un autre il leur fasse des crimes ?
S'il est vrai qu'en secret, on ait proscrit mes jours,
Frappez !.... a vos fureurs donnez un libre cours;
Je n'ai plus rien a dire , alors , pour ma défense :
Accusez , condamnez , je garde le silence :....
Au céleste séjour règne un juge éternel !....
Ce juge vous entend !.... et tout homme est mortel :
Ce juge redoutable, au jour de sa colère ,
Saura pour vous frapper , retrouver son tonnerre !
LE DOYEN
C'en est trop !.. * punissons , d'un juste châtiment, Celui qui croit braver le peuple impunément! C'est peu de nous braver: dans sa coupable audace, Par de-la le tombeau sa haine nous menace ! Vous tous qu'il outragea, vous tous qui frémissez. Vous savez ses forfaits.».» levez vous !... prononcez !....
(^ils se lèi ent,)
ÏIAVESTAIN.
Non ! arrêtez, Seigneurs, songez a Pinfamie Qui, si vous le frappez, poursuivra votre vie!
A€TE IV, SCÈNE ix; 69^
Voyez ses cheveux blancs ! songez a ses vertus !
Songez....
LE PRESIDENT
Epargnez-vous des discours superflus ; Abandonnez ces lieux; allez a la frontière Montrer aux ennemis cette fureur altière ? Tournai vient d'être pris, et vous êtes ici?....
RAVESTAIN.
D'Hugonnet c'est ici que doit être Fami î C'est ici le séjour d'une autre infortune'e, Qui j peut-être, en vos cœurs est déjà condamnée. Quand son père adoplif , languissant dans vos fers. N'a que trop a gémir sur ses propres revers ; Qui la protégerait en ce danger extrême ? La fuir serait la perdre, et m'avilir moi-même. Je cours la prévenir, et ne dis plus qu'un mot : Si vous exécutez ce funeste complot; Sous les coups des méchants, si la vertu succombe, Peut-être Gand verra creuser plus d'une tombe ! Si vous êtes unis, le peuple est divisé ; Croyez-vous qu'Hugonnet soit le seul accusé ? Tel qui parle aujourd'hui comme un juge sévère Pourrait demain du peuple éprouver la colère; J'ai de nombreux amis ; je puis les rassembler.... C'est vous qui répondrez du sang qui va couler !....
{il sort.)