M""^ FOI.IGNY
Je ramène Fifine.
MÈLETOrT.
Les témoins sont en bas. dans une citadine.
MARIE
ALiis qu'est-ce (jua ma lillc? elle a lair tout cnniiii!
MARIE HONNÊTE. o3
Mme FOIJGNY.
Ce mot dp mariage! elle est coinnie un conscrit Qui. la première fois, se trouve à la bataille.
MÈLETOrT.
Mais l'hymen en est une!
M™"^ FOLIGNY.
11 faut toujours qu'il raille.
Dis bonjour à Chariot !
MARIE, à sa fille.
Tu le connais, comment ?
CnARLOT, à part.
Si je pouvais filer, ce serait le moment.
MARIE
Parlez donc tous les deux ?
CHARI.OT, à part.
Je sais ce que je risque.
MARIE
Il reste planté là, sot comme l'obélisque.
FIFINE , timidement et chantant.
Ah! vous dirai-je maman!..
MARIE, à part.
• Je comprends la chanson ,
Et je vois que Chariot est un grand polisson.
(Avec inspiration.)
Mes bons amis . il faut que je fasse inie épreuve , Je ne vous dirai pas quelle sera bien neuve : Mais pour percer vos cœurs d un clairvoyant regard. Je m'en vais me servir d'un petit savoyard ;
[Ou entend jouer dehors i'air ; NOS AMOLHS i)-ST DURÉ TOLT liME SEMAINE.)
Et de sa comédie éminemment classique.
(Au Savoyard )
Entrez.
(Le petit Savoyard pose sa lanterne magique sur une table ; il est suivi d'un autre qui pose un orijue
de Barbarie.} MARIE, aus autres.
Vous allez voir la lanterne magique.
(a la servante.
Emportez la kuuière.
M""^^ FOLir.NV.
On n'y voit plus.
'JARIE.
("est sûr.
Mais notre dénoùment en sera plus obscur. * Allez.
Voyez présentement ce tableau qui vous représente le Tliéàlro-rraïKais, rue Hicbolieu, vis-à-vis le pâtissier; voyez la foule accourir, c'est une Coule de femmes; elles pleurent en lisant ralficlie, elles pleurent en prenant des billets, elles pleurent!.. Les femmes sont fort sensibles cotte année. — Changement de décoration! — Vous voyez un ancien général ienq)li dbon-
' l.cs talilcaux sont iiiiil/'s au moyen dc' Iranspareiis i|uc l'on fait passer derrière une ouveilnrc prali(|uéc au Tond.
34 AIUSÉEDHAMATlQt'E.
rifiir. qui veut >o brûler la cervelle par suite des brillantes alTaires qu'il a laites à la Bourse. Devant cet ancien général rempli d'honneur, est sa lille qu'il a vendue à un vieux capitaliste pour payer ses dettes. Sa fille brûlait jtour un joli garçon; elle lui brûle la politesse et le général ne se brûle rien du tout. — Changement de décoration! — La fille est mariée; l'amant s'introduit dans la maison avec des intentions criminelles ; il se démène comme un télégraphe : la femme innocente, heureuse et persécutée envoie l'amant au diable, et part avec son mari pour Bordeaux, afin d'y goûter la paix du cœur et du vin de Château-Margot. — Changement de décoration ! — Vous voyez un homme entre deux femmes , l'une est la mère, c'est la plus jeune; l'autre est plus âgée, c'est sa fille. L'homme a l'impudeur d'hésiter entre les deux. Voyez comme il balance , tantôt à droite, tantôt à gauche, on dirait l'ours du Jardin-dcs-Plantcs. Enfin il donne à gauche !..
FIFI.XE. s'écriaiit.
Ah ! maman . j'y vois clair!
MARIE
Puisqu'elle y voit clair, rapportez les chandelles.
FiFlNE.
.fe vois que tu sais tout . je n' te cach'rai plus rien. Hélas! je n savais pas que 1' mien était le tien.
M""^^ FOLIG>V.
Moi qui voulais le leur!
MARIE, à p.ir(.
Il faut que j'accomplisse .
Pour chaulTer l'intérêt, mon dernier sacrifice.
(a l-'iliric. avec abandon.) ,
Tu vois ce beau garçon, Fifine? il est à toi. (eiic ini pou^.f cim.ioi.)
FIFINE, le repoussant.
Vous êtes bonne enfant ! mais je n'en veux pas, moi.
M.4RIE. le repoussant.
Ma fille, ne crains pas/iue je te le conteste.
F1FI>E, de même.
Ou dira c' qu'on voudra, je n' veux pas d" votre reste.
MARIE, de même.
Va. je t'en lais cadeau.
FIFIXE, de même.
Je vous en fais présent.
CUARLOT.
Elis sont conmj' deux raquolt's et moi comme un voiaiil.
F1FI?«E. à Charliil.
Si vos enfans, sur moi , compt'nt pour avoir un' mère. Vous pouvez vous flatter de n' jamais être père.
S'il n'étail (iiic nous deux sur la terre aujourd'hui, Le monde, mon garçon, serait bientôt fini.
FIFINE
.Mlez, grand scélérat, trompeur de demoiselles.
CHARIOT
Voilà coiMMic Mil aiiiani se (roiive cuire deux selles.
MARIE-HO\NÈTE.
Soiiveiil pnr leirc.
M"'" FOLIGNY.
Eh bien! grand nigaud, tu le vois.
Il ne faut pas courir deux lapins à la fois.
MÈLETOIT.
Enfin, de tout ceci, quelle est donc la morale?
MARIE
Je vais vous l'expliquer dans ma phrase finale : Ce drame intéressant finement vous fait voir, Qu'on n'est jamais heureuse en faisant son devoir; Que sagesse et vertu ne donnent que des peines; Qu'il est plus doux de vivre en faisant des fredaines, Que chacun a son lot dans ce monde , et qu'il faut , Afin de réussir, être heureuv en ce lot.