‹ Marie-JeanneChapitre 22 sur 85 · ACTE II, T. I, SCENE î · texte numérisé non relu

ACTE II, T. I, SCENE î

M\RIE

La misère !... plus souvent!... Ah ! peut-on dire des choses comme ça !... Tiens, je vais le prouver que je ne suis pis si à plaindre que lu le prétends , je vais te prouver que Bertrand est phis rangé, plus travailleur qu'on ne dit!... [File va à la commode, en ouvre le tiroir du haut . et lui montre dn l'argent qui est caché dans la corne d'un mouchoir.) J'vas te montrer, enfla, qu'il n'me laisse pas sans pain, comme l'as l'air de le croire... Regarde.

MARGUEUiTE, surprise.

Trente francs!... Ah ! c'est diirérent.

MARIE

Tu n'en as peut-èlre pas autant à Ion service.

MARGUERITE

Je lecroyaisplus pauvre que ça... j'avais même pensé que l'ouvrage n'allant plus, lu ferais bien d'accepter une place que je l'avais trouvée, pour tenir la lingerie dans une bonne maison ; mais je me suis trompée... n'en parlons plus... {Elle prend son panier.)

MARIE

Attends. .. une place .. Oîi ça?...

MARGUERITE

Chez une jeune dame qui revient de voyage ; mais ça ne le convient pas; d'ailleurs, il faudrait te séparer de ton enfant.

MARIE

M'en séparer... qui saii... le médecin dit qu'il le faut... qu'il le faut pour lui. .Mais abandonner mon mari ! Oh! non , non . .Marguerite , ie n'en suis pas là... Bertrand m'aime loujours... jsuis ht^urense, Irès-heureuse dans mon ménage, et je ne peux pas. je ne veux pas le quiiier.

MARGUERITE

Soit, puisque je me (rompais ; ce que j\mi dirais, c'é-

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lait dans ton iniérêt , lu ne m'en veux pas... Adieu,

MarieJeanne !... adieu !.-.

Elle sort.

MARIE, la reconduisant.

Adieu, Marguerite, adieu !

Heureuse !... moi !... Oh ! oui, je devrais l'être si le bonheur se payait avec des larmes ! car j'ai bien pleuré depuis un an !... Elle me plaignait , Marguerite, elle me plaignait ! el si elle savait tout ce que jai souffert déjà , tout ce que j'ai encore à souffrir... si elle savait combien il m'a fallu de travail, de veilles et de fatigues pour amasser le peu d'argent que j'ai là. {Elle s'assied à droite et regarde son argent.) (^ l'argent, je mourrais a côté, plutôt que dy toucher... carne n'est pas assez de mon mari qui m'abandonne , bientôt je n'aiirai même plus mon enfant pour me consoler... il lui faut une nourrice, que m'a dit le médecin! Lesprivations et la misère ont épuisé mes forces , et maintenant j'ai peur quand mon enfant, s'éveille, quand il me tend les bras , j'n'ose pas le presser sur mon sein, car c'n'esl pas la vie, c'est la mort qu'il y trouverait! Et comme je ne veux pas qu'il meure, depuis un mois j'ai gardé le prix de mon travail de tous lesjours,el j'y ai ajouté le travail de mes nuits... Qu'est-ce que ça me tait que le boulanger me refuse du pain, pourvu que mon enfant ne manque de rien !... Cachons-le bien, cet argent... {Elle le remet dans la corne du mouchoir^ j)uis, dans le tiroir (ju' elle referme à c/^/".)Que Bertrand ne le voie pas surtout... {.'Jvec douleur.) Ah ! s'il m'avait aimée du moins !... {Elle va à la table ci range ce quil y a dessus , s'assied et coud.) Mais non, quand il rentre ici, il n'a avec moi que de la brusquerie , de la colère !.. Je ircmble devant lui comme si j'étais cou-

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