SCENE I
MARGUERITE, CATUKRINE, BliRLIiNGUET, Paysans.
Au lever du rideau, à gauche. Marguerite. Catherine' assises; BiMliiiguet. Grosnirnii et quclipies invités sont debout. Près delà maison est une petite tabledejardin sur laquelle il y a des rafraichissemens.
BERLINGDF.T.
Eh beo ! mère C.aihenne, c'est donc aujourd'hui la noce fie vol' pelite lille \l;irie-.lfanne!... Vous qui disiez que vous ne verriez jaiiiins ç.:»!.., catiikhise:.
Ah! daineî... il élaii temps !... J'ai qualre-vingt- Imil ans . sais-lii ?... je ne pouvais plus ^nère attendre... et çi m'aurait (;iil de la peine de partir sans voir le bonheur de ma pauvre Marie-Jeanne !... Elle est si bonne !
nERLINGUET.
Oh ! pour ça, oui !
CATHERINR.
El comme elle a eu soi*) de mes vieux jours !... c'est pour moi (pi elle a voulu que sa noce ail lieu ici... Grand'mère est trop âgée pour venir à Paris, qu'elle a dil !... après la bénédiciion de M. le curé, nous irons danser aux Prés Saint-Gervais...
lî MARIE-JEANNE.
BEP.LINGUET.
En v'ià une que je donnerai pour modèle à mes filles... fiLlures!
MARGUERITE
Ah î oui, c'est une f;iniense ouvrière !
CATHERINE
Et travailleuse, et riingée, ei économe.
MARGUERITE
Ce n'est pas comnie celui qu'elle épouse.
CATHERINE
Bah ! bah ! ma fille a trop d'espril pour avoir nral choisi. Grand'iiièie . qiiVIle \nv. disait lonjotirs . j'snis pas pressée de me marier, luoi ; mais celui (|ue je voas donnerai pour fils sera un bon garçon et un liounêie homme !,..
MARGUERITE
Je désire que Bertrand soii tout ça... mais il a si peu de tèie!
CATHERINE
Elle en aura pour eux deux.
BERLINGUET.
Voulez-vous que j'voiis dise, mère Calherioe? eh ben ! elle aurait mieux fuit de m'épouser.
sccrsi: 1 1.
LES MÊMES, BLBTIiA.ND, RïtMY.
BERTRAND . RÉMY ct PLUSIEURS VOIX, C7l clcIlOrS, à droUc^
Eh ! la coleiie. oli ! oh 1
BERLiNGUET, (]u% (sf muoiUé voir du rôle des cris. {)uéi]\ie c'est qne ça? Eh 1 c'est 1 niané 1 TOUS. C'est le marié ! c'est le marié !... Bertrand el Rémy entrent chargés de comestibles; ils sonl suivis par d'autres invilés.
BERTRAND
Eh ! oui, c'est le iTiarié... l'heureui époui, le roi de lafèle... Bertrand premier... quoi?
àCTE I. SCENE II. t
RÉMY
Et son premier garçon d'honneur... Rémy d«uxi4roe... Bonjour, les amis... bonjour...
BERTRAND, à Catherine.
Bonjour,grand'mèie, vénérable grand'mère, bonjour!
CATHERINE
Eh ben ! et la noce?
La noce... elle arrive... ils sont tous serrés, entassés, empilés dans les équipages.
BERTRAND
Rémy et moi, nousavons préféré venir à pieJ, parc« qu'il y a plus d'air...
RÉMY
Oi»i ! et piiis, àcausedii nom d la voilure... coucou!... Ça a fait peur à Oerlrand...
Tous parlent d un éclat de rire, BERTRAND.
A moi ! plus souvent... Nous les avonslaissés passer devant...
RÉMY
Et nous arrivons les premiers... Les coucous datent de loin, mais ils n aiment pas le progrès... ils n'enfonceront pas les chemins (le 1er... les coucous!...
CATHERINE
Mais, débarrassez-vous donc de tout ce que vous portez...
BERTRAND
Eh ! oui, au fait... faut entrer ça chez le père Paradis, qui fournira le vin... Avance ici, Berlinguet.
BERLINGUET.
Voilà, cousin.
BERTRAND, îui rcmcltant tout ce qu'il porte.
Tiens... un canard rôti , un pâle de canard et dei foies de canard... j'aime le canard... {Il lui frappe sur la joue.) Va. petit.
BERLINGOET.
Oui, cousin...
Il va pour sortir.
RÉMY, même jeu.
Eh ! là-bas ! Portez encore ceci , cousin de mon ami Bertrand... {A Bertrand.) Ah ! t'as des cousins... l'as des cousins et lu te maries... chut ! attention, ouvre l'œil!... Tenez, jeune homme, du jambon deBayonne, du petit salé, des andouilletles, des langues fumées et des petits saucissons chinois...
BERLINGOET, flaWailt.
A l'ail...
RÉMY
Et oui , à l'ail... c'est fameux , ça... ce n'est pas du canard, ça... ça fait boire, l'ail... Allons, aille... a-t-il l'air serein, ion cousin.
BERLI.NGL'ET.
Ah ! qu'il est aimable !...
II sort.
RÉMY
A présent, faudrait préparer le festin.
BERTRAND
Oui, pour n'avoir plus qu'à danser, quand la noce arrivera.
M.XRGUERITE.
Nous autres, entrons mettre le couvert.
CATHERINE
Oui, entrons... Au revoir, mon gendre !
BERTRAND
Au revoir, la mère !
CATHERINE
N'est-ce pas que ma fille a bien choisi, et qu'elle ïera heureuse?
BERTRAND
• Soyez tranquille, j'en réponds.