‹ Marie Jobard, imitation burlesque, en six actes et en vers;Chapitre 7 sur 18 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

MARTE, sur le devant de la scène , LESTOUFER , quelques pas derrière elle , et REINETTE, dans le fond, parlant à Petitlaid.

REifriTTE, tenant à la main son ombrelle ouverte .

Fort bien, cher Petitlaid , je vais voir le jaidin ;

Faites à votre porte attendre le sapin.

Avec hauteur.

Dites-lui qu’on le prend à l’heure!

marie, à part.

Dieux ! quel faste !

Quelle magnificence !

reinette , regardant le jardin.

Il paraît assez vaste.

Apercevant Marie.

Mais quelle est cette femme ?

LESTOUFER.

Alt. ndu qu’en ces lieux Il n’en est qu’une, on peut deviner qui.

reinette , feignant V étonnement.

. Grands dieux!

Me mettre au vis-à-vis d'une .. dévergondée !

marie, à part, se retenant.

Je bisque en ce mom ut, on n’en a pas d’idée!

lesT'.ufeb , bas à Beinette.

Elle est humble et tretub.anle, <t son cœur est touché!...

reinette , la regar dant et élevant la voix.

Vous croyez?... On dirait plutôt d’un coq fâché.

marie , s’avançant vers elle d'un air soumis.

Hé bien , puisqu’il faut donc avouer ma débine...

En hésitant.

Cousine...

, lestoufer , bas à Beinette.

Allons, trouvez quelque rime à cousine.

MARIE

Excusez mes propos , quand a vous j’ai recours.

Fléchissant le genou s

Relevez ma personne , et non pas mes discours.

reinette, i<ms lui tendre la main'. ~

C'est très bien , mais pltas bas , plus bas encor. * lestoufeb , à Ueinelle.

De gr&ce!

reinette , regardant quelque temps Marie qui est à deux genoux.

( Air : Si vous restez à cette place. )

Nous voilà l’une et l’autre enfin à notre place?

marie, se relevant.

Ah! son orgueil , je crois, plus qu’elle a d’embonpoint.

REINETTE

Parlez , mais soyez brève et ne divaguez point.

marie. i . . • .

Ai-je bien pu l’entendre ? elle a dit : sovez brève. . .

Ah! contre un tel arrêt souffrez que je m’e'iève.

Un silence assidu garde' depuis un mois ,

De bavarder un peu m’a bien donne - les droits!.

Hièce du grand Jobard , comme vous he'riticre,

Je pouvais du gâteau demander part entière ,

Quand vos hommes de lois, qui sont peu gens de bien, • . ■ ; Donnèrent en partage à vous tout , à moi rien ! biais la justice est juste et je dois y souscrire!

Dans ces lieux' cependant à quoi bon me conduire! f

Craint ou en me laissant la Bride sur leçon.

Que je mange mon bien , moi qui n’ai pas le sou !

M 'accusant de folie , un geo!#* malhonnête Pour ravoir mon bon sens me fait perdre la tête? > t Qu’ai-je fait? qu’ai-je dit? pour mériter vos coups ! lYoilà pourtant mon sort, parlez et jugez-nous?

REINETTE

Que me cÜantez-vous-là ? . . . deviez-vous vous permettre Des Lanka us scandaleux faits pour me compromettre ?*

MARIE

Sur vous je me taisais.

REINETTE

Vous iüe l’aviez promis '

Et pourtant ce festin où vous et vos amis. . .

marie.

Il est vrai . . . mais faut-il que votre orgueil se blesse De couplets eufaute's par le punch et l’ivresse'.

reinette , avec ironie.

Fort bien ! ... pour s'exempter ainsi du décorum ,

On s’excuse aussitôt sur le punch et le rhum ;

En vain i’on 9 jure d’èirc discrète et sage. .

Est-il quelque serment dont le rhum ne dégage ?

MARIE

D’un discours innocent quand vous vous indignez,

Vos potins orgueilleux nous ont ils épargnés ?

BEINETTE.

Moi , cctait différent , devais-je être discrète Sur des amours connus de toute la Villette ?

Vos cascades , vo> traits , et vos transports jaloux.

Chacun en fut instruit, hormis feu votre époux, ‘

Et je ne pensais pas, s’d faut ne vous rien taire,

Que vous dussiez un jour vous piquer de mystère.

marie , à pari.

Ah! c’est trop fort ( avec ironie) ! sur moi quoiqu’on jase en tout lieu. On ne dit pas du moins que je cache mon jeu ?...

lestotifer , se mettant entre elles.

Mesdames!

REINETTE

Lcstoufer, voyez comme elle fume.

marie, amèrement.

Moi. jepuis me montrer , soit dit sans amertume;

Quels que soient mes attraits, au moins ils sont à moi!

Je n’en dirai pas tant de tous ceux que je voi.

lestocfer, les séparant.

Mesdames , allez-vous, ainsi que des harpies...

REINETTE

Je vois qu’on disait juste et qu’elle a des lubies.

MARIE

Oui, j’en eus , quand jadis je te nommais ma sœur,

Toi qui de la famille as compromis l'honneur ;

On connaît dans Pantin lesfr.isques de ta mère,

Et tu ne fus jamais la fille de ton pçre.

reinette, hors d'elle -même.

Cen est fait, sa raison déménage au galop.

Et c’est à Charenton des douches qu’il lui faut ;

Je vais les commander . ..

S'approchant de la table et prenant une plume.

Et si j’éciis ! prends garde !

marie , furieuse.

Ton écriture, va , n’est que de la bâtarde.

reinette , dans la dernière colère.

Bâtarde!... ce mot seul décide de ton sort.

lestoufer , qui est entre les deux femmes et qui des deux cités • reçoit des coups de poing.

De grâce éloignez-vous, ou bien frappez moins fort !

reinette.

Non , non, et mon courroux n’est que trop légitime.

MARIE

Il n’est point comme toi. . .

lestoufer , accablé de coups.

Je suis votre victime.

Les deux femmes se battent sur l’air: Amusez-vous , trémoussez-vous.

reinette, arrangeant son bonnet.

Sois tranquille , bientôt les douches prouveront Si je sais bien ou mal me laver d’un affront.

Elle sort.

( Air : Tout le long de la rivière.)

Page 1