‹ Marie [microform]Chapitre 14 sur 20 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

duîte b( V€Tfxtmt.

u^kipuîa oe monijSBt, je l'aToue, lajooiéié améiioaiiie perdit soù pmtigeà meg yeiUL ; la Bâtare eliB«-»èiiio., qui d'abord m'avait para si bnUaaÉe, mer sembla décolorée ; les plus beau» jours^ conraie las plus beaux sites, forant sam dusmes pour moi ftoiiteales duMes aatétiewes

deviennent indifférentes à celai que tourmente une secrète infortune ; jamais je ne sentis mieux cette Téritë qu'un jour où, parcourant les environs de New-York , je me pris à contempler sans émotion un sublime spectacle.

En face de moi se déroulaient au loin les riches campagnes du Nouveau- Jersey , toutes éblouissantes de moissons dorées et fleuries ; à mes pieds une baie majestueuse , qui s'emplit à deux sources dignes de sa grandeur , FHudson et l'Océan ; mille vaisseaux flottans ou enchaînés dans le port; des pavillons de toutes couleurs hissés aux sommets des mâts , et formant comme un grand congrès de toutes les nations du monde ; le phénomène des voiles qui se croisent , enflées par le même vent ; le prodige de la vapeur laissant loin d'elle et les vents et les voiles; le mouvement du commerce , le bruit de l'industrie, l'activité humaine rivalisant avec la nature d'éclat et de variété , et , pour fond de ce tableau magnifique j < ia . cime bteoâ des montagnes qui bordent la rivière du Nord....^

Ainsi é'ofi^rait à moi d'u|i seul coup la triple merveille de la nature fertile , de la richesse industrielle et de la beauté pittoresque; sur^ la terre, lelaboux^uretsa eharrue, le marchand et

se» vaUseaux sur l'onde ; dans le ciel ; les hauts sommets avec leurs aifj^es : triple emblée des besoins de l'homme , des conditions de s(m bien-être y et de l'audace . de son génie I

£n tournant mes yeux à ma gauche ^ j'aperçus dans, le lointain le rocher de Sandy-Hook: c'est de là qu'on voit arriver les navires qui vi^uient d'Europe et du Maryland.... la France et. Baltimore !••« mon:père et Marie! !... mapa^ trie i mon. amour. ! . • • et je me perdis dans une de ces :rêveries plus douces aux sens qu'à l'ame , où , en présence desbeaux spectacles que donnent une nature brillante et féconde, une société riche et prospère , une mer calme sous un beau ciel , l'infortuné ne cesse pas de soufirir dans le fond de son cœur.... L'air que je respirais était bienfaisant et pur ; mille objets récréaient ma vue, souriaient à mon imagination : mille sensations délicieuses s'emparaient de mon corps... j'étais heureux , mab d'un bonheur qui restait à la surface; les impressions ne faisaient que m'effleurer: elles s'efforçaient vainement de pénétrer dans mon sein. Il n'est point , hélas ! de joies profondes pour l'homme qui porte en lui-même le deuil de sa patrie absente , l'inquiétude de son amour et le vague dé son avenir.

Je ne sais quel eut été le' terme d*iuie mécU* tatioa enga^^ dans la mélanoolie : to«l à je me sens saisi par la mainç je me retbm brusquemoiit et rae trouve serre dana les 1ms de Georges.... de Georges que j'aimais si tendrement ! car j'aimais en luirhommegénéreu et le frère de Marie. Le plus grand nombre bous luit par instinet quand nous sommes malfaeu^ veux ; mais pour un ami l'infortune estaûnàalée.

Georges arrivait de Baltimore | il;aa'a]^prit^ de tristes événemens passés pendant- noDab»

senoe , et qui me prouvèrent o(mibîaa le mal* heur était opiniâtre à poursuivre sa faiwîilri>.

Il existait encore à cette époque dans la Mm*' gie quelques restes de tribus indiennes du nmn de Ghéroquis ; fidèles à leurs forêts natales ^ oes sauvages avalent toujours refusé de les quitter, et dans plusieurs occasions le gouvernement des Etats-Unis s'était engagé solennellement à les y maintenir. Cependant l'Américain de la Géorgie les voyait d'un œil jaloux en possession d'un sol fertile , qui , pour donner de riohes moissons , ne demandait qu'un peu de <mltuie; il entreprit donc de les expulser de leurs lerres, et sa cupidité fut ingénieuse à leur susciter mille querelles.

to auiieAl»liidieii«étfùt4o«U^iiira

|]Aieilé V toOffoeal ayoîvdiMitré le fl«iQ0èi940:lâur hon droil ea jdMantt .tt,N<>iji9 voul^iii momir liéààaa nai «livafim <pfuro9 cpie wi^ y <90itti«es

«( nés; toute rAtiiériqiia4^^ P^I^'^^iA^^ <t a'ea ]atoA(i>plu9qii''iloa,par€eUe:,i#ilii«^7iiaus- M Jiu VQUA^nous mprtiueb^ no tm^: ^i»q«IU^ «^ le (( peu de fruits que nous tirons d'une ter]:^,!!^ M oood£)ln^i».qii6;TqMsiniporM)?/{|¥H^OA^s«^YPns «c; pou»! ûomsaf^ Tovsf bà$is des yUkf ^ inA^iv^ i^^ «f duunpa; et nous ia^*«nU^tionnooft ppiAt.yo^i*^ M indmtrie; qous préférons, é V09^i(69, jk vos «( campagnes , nos forêts i^oultes qui nous doii- M nent du gibier ponr rivre etdes voûtes de ver- «( dure pour no^s abriter , et puis nous ne po^u vons les quitter parce qu'elles contienneut .«( les ossemens de nos pères. »

Ainsi parlait Mohawtan , chef indien , fameux par sa sagesse dans les conseils et sa valeur dans les combats; l'Américain de la Géorgie écoutait ces paroles sans les comprendre , parce que Q'était la voix du cœur ; il leur répondait:

— <( Pourquoi demeurer dans ces for^to^ si « nous vous en donnons d'autres m^ijlleures?

«( aUeft' ^ki»^ kÎB , - p«r-4elà le • MÎMÎtsipi, dans u le lemtoire d- Ârkansa» , cm dans le Miehigtti u voisin des.'gnmâslacs; là tous tronvvfes de «I irais ombrages , de vastes pniims, des forte «( ]^eînes de daims et de bisons ; le mot de p»* u trie n'a pcmit de sens qoMid lat^rred'odl « vaut mieux cpie le pays' natal. »

Les Indiens ne oompr^iairait rien à ee limgage^ 'pt^Nie que c'était la v(hx de la* eorraption^.' •

Le gouvernement de là Géotj^e, digne expression dès passions cupides des^particnliers , emf^oya d^abord tons les moyens de Fastuce et de la mauvaise foi pour obtenir des Indiens une retraite volontaire. U leur représentait xfiie la contrée nouvelle où ils éraigreraient leur serait livrée à perpétuité ; il offrait de leur don* ner de For pour les terres qu'ils délaisseraient, et afin de les tenter davantage il promettait de les payer avec de Teau-de-vie.

Cependant le chef indien avait le bon sens de répondre : » Nous imiterons Texemple de K nos pères qui n'ont point reculé devant les <( hommes blancs. Lorsque ceux-ci dressèrent (( leur hutte auprès de nos forêts, ils s'engageu rent à ne point nous y troubler 5 d'où vient

u donc qu'on nons demande aujourd'hui d'en M sortir? Déjà nous avons vendu beaucoup de (( terres ; on nous avait dit cpie l'argent rendrait «( nos existences plus douces et plus heureuses; «mais il a glissé de nos mains en même temps «c qu'on nous prenait nos forêts , et notre sort M n'a point changé. Vous nous offirei l'eau de tf. feu que nous aimons ; j'ignore comment il « arrive que ce qui est bon fasse du mal : mais M depuis que nons buvons cette liqueur déli- «ceieuse, les disputes^ les rixes, les meurtres^ u abondent parmi nous* Hommes blancs ! je ne « sais point répondre à vos paroles, sinon que (( nous sommes toujours plus malheureux en M vous écoutant. »

Voyant qu'ils n'obtenaient rien par l'adresse et la ruse , les Américains ont eu recours à la violence , non i la violence des armes , mais à celle des décrets ; car œ peuple , faiseur de lois j placé en face de sauvages ignorans, leur livre une- guerre de procureur * ; et, comme pour couvrir son iniquité d'un simulacre de justice^ les expulse des lieux par acte en bonne formée La législature de la Géorgie statua que les Ii^ diens n'étaient point propriétaires , mais seulement usufiruitiers ; qu'il appartenait a la souve-

raineCé nationale de fixer la durée deoet usufruit^ et déekorant qu'il a^ait cessé , elle autorka les AmMcains à praadre les terres des Indiens; oeux-ci, peu yersés dans les distinctions que fyài la juri^nrudence entre rnsuômit et la propriété , ne comprirent rien à ce déceet, sinon qu'on les chassait pour se mettre à leur place; ils protestèrent encore une fois.«.. La querelle fut déférée au jugement de la oonr suprême dles Etats-Unis $ ee tribunal auguste y placé au ^elnmet de l'échelle sociale , dans deB-régioos inaccessibles aux basses fassions, se pionooça solennellement en ûiveur des indigènes^^dédara qu'on n'avait poiiU le droit de les di^posséder ; le débat semblait terminé. Cependant oomme des gens d'affidres ne manquait jamais de raisons légales, même pour désobéir aux lois, les Géorgiens repoussèrent aveo mëprû l'arrêt de la suprême cour , disant que la question jugée par ce tribunal n'était point de sa oompétenœ* €e n'était pas déclarer ia guerre , mais c'était ia rendre inéritable.

Tous ces faits s'étaient passés peu de temps après mon dépari de Baltknore; ils arjôrnit ex^ cité une rive indignation dans toutes les âmes généreusesrNelson, qui toute savie avait éprouyé

une profonde sympathie pour le malheur de»

Indiens , ne put , à la nouvelle de ces ëvéner mens , contenir Tardeur de son zèle. « Ces malu heureux, s'écria^ t- il, trouyeront quelques u sentimens de pitié dans la NouTelle-Angleu terre ; mais aucim habitant du Sud ne les se- « courra contre l'oppression; une faible distança «me sépare d'eux, je leur dois mon appui; « j'irai soutenir leurs droits , et saurai si la jus* *i tice et la loi sont devenues de vains mots dan» tt un pays où jadîa elles régnaient en souverain « nés. n

Nelton passa aussitôt dans la Virginie, et de là dans le pays des Ghéroquis , laissant George» auprès de Marie. Il gagna d'abord la confiance des Indiens en leur parlant de religion, et tenta de se faire entendre des Géorgiens en tenant le langage de la raison et de l'équité. Ses parolet eurent de la puissance sur les uns et sur les autre»; elles animèrent les Chëroqui» à la défense de leurs droits , et firent chancder les conviction» de plusieurs Américains , jusque-là fbri ennemis des Indiens, et qui soupçonnèrent pour la première foi» que leur haine était aussi injuste que cruelle. Cependant le plus grand nombre des Géorgiens s'endurcit dans ses instincts

cupides ; et la conduite de Nelson les irrita tellement que la législature , se faisant l'instrument de leurs passions, ordonna que le ministre presbytérien fût jeté dans une prison , comme fauteur de guerre civile. Cette violence excita une grande rumeur parmi les Indiens et leurs partisans. Un régiment de Tarmée des États-Unis fut envoyé par le président pour prêter main-forte à l'arrêt de la suprême cour, dont les Géorgiens méconnaissaient l'autorité. Ceux-ci, de leur oôté , bravant le gouvernement fédéral , convoquèrent leurs milices ; et tout annonçait une violente et prochaine collision, lorsque cédant, soit à un sentiment de crainte , soit à l'ennui d'une existence sans cesse troublée par la chicane et la mauvaise foi , la moitié des Chéroquis se résolut à l'exil , et, sans formalités , livra aux Américains les terres , objet de leur convoitise. Après une détention de deux mois , Nelson fut tiré de son cachot ; il revint aussitôt à Baltimore, se ressouvenant peu des traitemens barbares qu'il avait subis , mais le cœur pénétré des infortunes qu'il avait vues , et dont il avait inutilement tenté d'adoucir la rigueur. Dès le retour de Nelson à Baltimore , Georges en était parti pour venir à New-York.

Après m'avoir raconté ces tristes événemens, le fils de Nelson m'entretint longuement de sa sœur. Je ne me lassais point de l'entendre et de l'interroger.... Il me dit de Marie des choses si touchantes , que j'eus honte de mes incertitudes. J'oubliai les funestes chances de l'avenir, pour ne penser qu'à mon amour.... c'est d*ailleurs un lien puissant que l'estime d'un ami ! Georges , si sincère , si confiant dans mes sentimens pour sa sœur, m'enchaînait plus par sa droiture qu'il ne l'eût pu faire par la ruse et par rhabOeté.

Je ne tardai pas à remarquer dans la physionomie de Georges quelque chose d'extraordinaire : son langage , ouvert et naturel quand il me parlait de sa famille , devenait mystérieux et embarrassé dès que notre conversation prenait un tour plus général. Des réticences , des exclamations brèves, des mouvemens soudains et comprimés , tout annonçait en lui le travail intérieur d'un sentiment profond qu'il s'efibrçait vainement de renfermer en lui-même. Je ne fus pas long-temps sans comprendre que le trouble dont je le voyais agité se rattachait à sa position d'homme de couleur. Quelques-unes de mes observations sur la misère des noirs l'avaient

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fait tressailhp, et, connue je lai peigtMtis avec émoticm k» iiyustioaB que j'aiMd» remftrqiiëes dans la sociëtë amérioaiiie, j'aperçus «necMiihiiB ée sonrÎFe errer sur ses lèrres , et , saisiMant ma main , il me dit d*iiiie v<»x ferme : u Ani , pre- K non» eoorage, ooo» Terrons des temps meil- « leurs, •••le» jours de liberté ne sont pas loin... « l'oppi^ession qui pèse sur m)s frère» de Virgîic nie est à 8<m comble.... la mémo tyraimie « poussera les Indiens à la réyd[te.<. bîeaitôt«.<» Et , comme s'il eét regretté d'aTC^ dit ces mots, il s'arrêta tout à coup ; son visage derârt scneu* bre, son regard terrible. U avait cessé déparier, mais sa pensée suivait son cours, te Fînterrogeai : «L'avenir, me dit-il d'un ton mystérieux, « un avenir procbain vous r^Mmdra. » Ces paroles , et l'accent dont il les avait prononcées , étaient propres à m'inquiéter ; cependant Georges écarta ce sujet. Alors nous nou» id^ndonnâ^ mes à ces doux entretiens que l'amitié seule connaît , et dont l'amour peut seul fourni le textCé il est si rare de rencontra un «ni qui comprenne les mystères du coeur t

Georges ne m'offrait pas un confiéent vulgaire : ce titre de frère de la femme que j'aimais donnail à mon amitié pour lui tous les charmes

d'un fieaiime&t plus tendre; il y arait dans «on ame un peu de l'ame de Marie.. •• celle que jV dorais , il la chérissait. *.. et, dans sa •confiance naïve , il aimait d'arance en moi l'époux é^ «a sœur.

Tout en nouis épanchant ainsi l'on dans l'autre 9 nous allions où le hasard eondmsait nos pas , et nous vînmes à passer près du théâtre de New- York. La foule s'agitait à l'entour; nous nous approchâmes, et j'y entendis quelques voii^ prononcer ces mots 2 Napoléon à Schœnbrun^ et à Satnie-Hélàne. C'était l'annonce de ce speo^ tacle qui peuplait les abords du théâtre, ordi* nairement déserts , et anrachait les Amérioaint à leur indifférence accoutumée.

Le nom de Napoléon est grand dans tous Içs mondes I il n'est point de contrée si lointaine qui n'ait reçu le reflet de sa gloire ; point de sol si ferme qm n'ait tr^oihlé de sa chute. Le Français peut voyager par tous les pays sajii craindre le mépris et l'injure ; il trouve partout bon visage d'hôte ; l'honneur du nom françaif est toujours là pour le recevoir.

L'Américain de la Louisiane et l' Anglais du Canada n'avouent point la Franœ malheureuse et abaissée ; mais , quand vous leur parler de

Napoléon , ils se rappellent tout d*im coxtp que leurs aïeux étaient Français.

J^entrsdnai Georges au théâtre , attiré moimême bien moins par un intérêt d'amusement que par un instinct d'orgueil national. Hélas ! j'étais loin de prévoir que cette «oirée terminerait amèrement un jour qui n'avait pas été sans douceur.

Je jouissais vivement d'un spectacle qu'un an auparavant j'avais vu en France. Le costume , le geste, la parole brève, et le silence de l'homme du siècle, étaient aussi puissans sur l'assemblée américaine que sur une réunion de Français; le nom de Napoléon était, à vrai dire, toute la pièce ; car le plus grand nombre des spectateurs ne comprenait pas un mot de notre langue. Cependant l'enthousiasme était général : la liberté applaudissait la gloire.

Je sentais enfin arriver jusqu'au fond de mon ame une impression de bonheur , lorsque mon oreille est subitement frappée du bruit de clameurs violentes qui s'élèvent de l'assemblée ; je regarde au-dessous de moi , et vois mille gestes injurieux dirigés vers la place que j'occupais auprès de Georges. Bientôt nous entendons ces cris : « Qu'il sorte ! c'est un homme de couleur ! )>

Tous les regards étaient fixés sur nous. Les exclamations ^'apaisaient par intervalles, mais bientôt elles recommençaient avec une nouvelle force ; la foule passait alternativement du calme à l'agitation et de l'agitation au calme , comme si le fait qui l'irritait lui eût paru tour à tour certain et douteux* Je distinguai , dans la mul»* titnde , un homme qui paraissait diriger le mouvement , et faisait de grands efforts pour communiquer aux autres son indignation feinte ou réelle : «< Quelle honte ! s'écriait-il; un mulâtre parmi nous ! » En parlant de la sorte , il montrait Georges du doigt. Alors un cri général s'élevait dans la salle : » Qu'il sorte ! c'est un homme de couleur ! n

Je compris, dès l'origine de cette scène , tout ce qu'elle aurait de funeste , et mon cœur se serra. Georges demeurait immobile et muet :

ses yeux lançaient des éclairs de fureur. Cependant les clameurs allaient toujours croissant; le trépignement devenait général . Alors un homme se lève dans la foule, et, du geste, imposant silence , il fait signe qu'il va parler. Chacun se tait aussitôt. <( Pourquoi , dit cet Américain , K dont je n'ai jamais su le nom , et qu'à sa phi- (( lanthropie j'eusse pris pour un quaker, si les

« quakers ne s'interdisAÎent le théâtre; pour* « quoi chasser de la salle celui qu'on désigne ! u Rien n'indique qu'il soit de race noire 2 on dit u que c'est un homme de couleur , mais on ne «( le prouve pas. n Ces paroles , prononcées froidement, toent accueillies aTcc un lég^r mur* mure d'approbation. Aucune voix ne s'éleva pour contredire; l'instigateur de la querdUe n'était plus à la place où je l'avais remarqué. Le calme 9 qui , chez les Américains , a quelque chose d'une passion violente , avait soudain re« pris sur eux son empire; et un orage terrible jetait conjuré , lorsque Georges , dont la colère long-temps étouffée avait besoin d'cdater :

«Oui,» s'écria-t-il d'une voix formidable, en promenant sur l'assemblée un regard qui semblait la défier ; « oui , je suis un homme de coûte leur. » Un tonnerre de clameurs accueillit cette déclaration, u Qu'il sorte , le misérable ! «( l'infâme ! » cria-t-on de toutes parts. Le fils de Nelson restait impassible. L'irritation de la multitude était arrivée à son comble ; déjà elle éclatait en grossières injures. Alors se levant de son siège et envoyant aux spectateurs un geste méprisant : «Lâches , s'écria Georges , qui vous 't liguez mille contre un seul , je vous défie tous.

<( et vous demande raison de vos outrageai »

Cette apostrophe violente et digne exôita Une huée de rires et de murmures. «(Cet homtne u trouble le spectacle , dit sans s'émouvoir un <( Américain qui était près de moi ; il estde mm^ tf leur, et s'obstine à rester près de nous. »

Il disait ces paroles en montrant Georges à des agens de police survenus pour exécuter Içs ordres du public, u Quelle honte I >» m'écriai-je, et , me tournant vers l'Américain, dont la tranquille inimitié m'irritait plus que la bruyante haine de la fbule :

«Je sub heureux, lui dis-je, dans la oonfu*^ <( sion générale , de pouvoir distinguer un en^ <i nemi ; celui que vous insultez m'est aussi cher t< qu'un frère , et je vous demande réparation « de l'outrage fait à mon ami. — Votre ami !

K vous êtes donc aussi un homme de couleur?

(( — Si je l'étais je n'en aurais point de honte ; <( mais détrompez-vous , et si vous ne donnez <t point satisfaction aux gens d'origine africaine, <( vous ne la refuserez pas sans doute à un Fran- «( çais. n

L'Américam me répondit avec un grand sangfroid : — «Je suis venu ici pour le spectacle, et K non pour avoir un duel. . . . non , je ne me bat-<

<( trai point.... faut-il, parce que œ mulâtre u 8*entète a rester ici, que je vous tue ou que «( je sois tué par vous? >»

— « Quelle lâcheté ! . . . n m'écriai-je dans un transport de colère et d'indignation. Et j'allais le frapper au visage , lorsque je vois Georges se débattant entre les mains deà hommes de la police , qui l'arrachaient de sa place ; l'aspect des violences auxquelles il se livrait fut peut-ôtre ce qui me rendit calme ; je sentis tout le danger d'une lutte déjà trop grave ; je saisis Georges, et l'entraînai hors du théâtre en lui disant ces mots toujours puissans sur lui : «Pensez à Marie.» Je m'empressai de satisfaire l'autorité ; nous nous transportâmes chez un alderman, auquel je donnai caution pour Georges et pour moi. La liberté nous fut aussitôt rendue.

Aux États-Unis comme en Angleterre , l'argent est un passeport universel, et il n'y a guère de lois pénales qu'on ne puisse éluder en payant. Ce phénomène se conçoit encore dans un pays aristocratique comme l'Angleterre ; mais il se comprend à peine au sein d'une démocratie qui ne reconnaît point la supériorité des richesses *»

Le lendemain , Georges avait passé de l'exaspération la plus violente à une fureur muette

et sombre ; son silence m'effrayait plus que les éclats de sa colère ; je l'entendis murmurer sourdement ces paroles : u Quelle destinée ! recevoir « l'outrage , et ne le point venger ! ... »

— « Ami , lui dis-je en l'interrompant, n'ex- « haie point cette plainte en ma présence : car (( je suis heureux ; c'est moi qui vengerai ton 4( injure; l'orgueilleux Américain sera bien forcé u de m'accorder la réparation qu'il refuse à ton (( sang.... »

Tandis que nous parlions ainsi sur la voie publique , notre attention fut excitée par un entretien assez vif auquel se livraient plusieurs personnes réunies. La querelle du théâtre était le sujet de leur débat. — » C'est, » disait l'un des interlocuteurs, «une chose étrange que « l'audace des gens de couleur. » — «Que pente sez-vous , » disait un autre , «de ce Français « qui propose un duel à un Bostonien ? on dit « que le Yankee a reçu un soufflet ; eh bien ! « celui qui l'a donné aura un procès * ! » ii— « Quels hommes ! » s'écria Georges avec méprkr, et nous nous éloignâmes.

Telle est en effet l'opinion publique dans le Nord des États-Unis. Toutes les querelles aboutissent aux tribunaux ; on suit dans tqnte sa

riffueur le principe qtie nul ne doit ae faire jastiee 8oi-mènae$ et ehacon la demande à la loi.

Il n'en est point ainsi dans tons les Etats dtt Sud et de TOvest ; là le duel se retroore , ou du moins quelque chose qui lui ressemble.

Ce n'est plus ce combat élégant , aux armes eoartoises et eheralevesques , où l'on voit, moins avides de sang que dlionneor, deux champions intrépides, qui craignent presque autant d'être vainqueurs que vaincas ; et qui , rivaux plutôt qu'ennemis, plus esdaves d*un préjugé que d'une passion , aspirent moins à tripm]^er l'un de l'autre par la foroe et l'adresse , qu'à se vaincre en générosité.

En Amérique, le duel a toujours une cause grave, et le plus souvent une issue funeste ; on envoie, ou l'cm accepte un cartel, non pour être agréable au monde, mais afin de complaire a son ressentiment. Le duel n'est pas une mode^ un préjugé ; c'est un moyen de prendre la vie de son ennemi. Chez nous, le duel le plus se* rieux s'arrête en général au premier sang : ra* rement il cesse en Amérique autrement que par la mort de l'un des combattans.

Il y a dans le caractère de FAmérioain un mélange de violence et de froideur qui répand

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