‹ Marie Mignot (volume 2)Chapitre 11 sur 44 · LES MÊMES, MIGNOT · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MIGNOT

MIGNOT , entrant par le fond , à droite.

A la broche ! chaud , chaud. . . Ah ! te voilà... J'ai pensé

à ta proposition; me succéder ! c'est ambitieux , mais ça ne

me déplaît pas ; ça vaut mieux que d'aller se faire tuer sur

la frontière. Sois tranquille, une fois entre mes mains...

C'est que j'ai fait des élèves !... Vatel , par exemple , le petit Vatel 5 le maître-d'hôtel du prince de Condé , il sort de mes fourneaux ... Et , dis - moi , qu'est - ce que tu crois que ton oncle pourra bien te donner à-peu-près ?

LAGARDIE

Il m'avait parle' de 4jOOO ëcus; mais à présent, qu'importe?

MIGNOT

Comment, diable!, . . 12,000 livres; mais avec ça nous nous entendrons bien.

LAGARDIE

Au contraire , j'ai peur que non^ votre nièce. . . Ah! père

Qu'est-ce que c'est? une querelle? allons donc ! L'amour c'est comme un dîner , ça ne vaut plus rien quand ça refroidit. Ce mariage-là me convient très-fort. Je viens d'en toucher , tout-à-l'heure , deux mots à M. Nacquart , qui te baise bien les mains , Marie.

LAGARDIE

Ah! M. Nacquart. Quel est cet homme-là?

MIGNOT

Oh dame î c'est un homme charmant , un procureur honnête et de'sintéressé , seul et unique de son espèce... Croirais-tu qu'il n'a jamais voulu recevoir mon argent?., il me fait remise des frais , c'est superbe. . . Ah ! c'est qu'il est riche , celui-là.

MARIE

Je crois bien ! à la bonne heure , voilà un état , , . procureur!

LAGARDIE

Comme mon oncle. Quoi ! vraiment, ça ^ous plairait?

MIGNOT

Un procureur doit toujours plaire à une femme, quand il fait bien ses affaires. Et M. Nacquart! il faut voir dans son antichambre, des grands seigneurs, et je dis des plus hupés; les mains dans leurs poches, ou bien soufflant dans leurs doigts. Voilà comme il les traite. Moi , c'est différent j reçu tout de suite, et des politesses. . . — Comment va la helle Marie? Pense-t-cUe toujours à moi? — Aussi , quand je lui ;ii parlé de ton mariage , çu a paru l'intéresser, qu il eu est de\cnu lout pâle, quoi 1

Qu'en pense-t-il?

MIGNOT

11 allait me le dire , quand nous avons e'té interrompus par une duchesse. 11 voulait la renvoyer pour moi; parce que lui, les duchesses, ce n'est rien du tout. JNIais je me suis retire', et il m'a fait reconduire de force en carosse.

MARIE

Comment ! il en a un ?

MIGNOT

Celui d'un marquis dont il a fait saisir les meubles.

AIR : Kaudeville des Maris ont tort»

Ah! dam', c'est un beau privile'ge , Un procureur voit chaque jour , Dans son e'tude qu'on assiège , A ses pieds la ville et la cour.

On cède à tout ce qu'il ordonne , Les plus grands implor'ut son appui ; Comme il n'a d'égards pour personne, Ça fait qu' tout 1' inonde en a pour lui.

MARIE

Comme sa première femme était heureuse I

MIGNOT

Je crois bien.

LAGARDIE, à part.

Que dit-elle? Ce caprice. . .

MARIE

Un mari qui tient dans ses mriins le sort de tant de personnes.

Et leur carosse.

MARIE

Qni peut humilier les uns.

MIGNOT

Qui fait remise des frais aux autres.

MARIE

Courir en poste à la fortune.

MIGNOT

Courir! dis donc voler I... Et puis le désintéressement. . . Moi, si je n'étais pas pâtissier , je voudrais être procureur.

MARIE

Dieu ! si vous l'étiez !

LAGARDIE

Qu'entends je? Lui ou moi, n'est-ce pas?

MIGNOT

Eh bien ! qu'est-ce qui te prend donc?

MARIE

Lagardie!

MIGNOT , apercevant Nacquart , gui paraît dans le fond. Ah ! tenez , c'est lui ; c'est ce bon M. Nacquart, mon digne procureur.

LAGARDIE, à part.

Procureur , pourquoi pas?... J'écrirai à naon oncle. Je coure voir mes amis. . . Marie, vous serez contente. . Père

( // lui secoue la main. )

MIGNOT

Mais encore , dis donc ? . . .

LAGARDIE

Ne me retenez pas . . . Adieu , Marie , adieu.

(Il sort par le fond, très -vivement^ en heurtant M. Nacquart , qui se trouve sur son passage.')

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