GASTON, LAGARDIE, LA MARÉCHALE, MIGNOT, MARION, MARIE
GASTON , sortant de la chapelle.
Sa Majesté va sortir de la chapelle.
MIGNOT , qui entre avec lui.
Le déjeûner de Sa Majesté I
LA MARÉCHALE , à Lagardie.
M. l'ambassadeur m'excusera . . .
( Elle lui fait une révérence , et donne la main à Mignol. )
GASTON , bas à Lagardie.
Monsieur , avez-vous parlé pour nous?... cela presse.
LAGARDIE , le retenant.
Pardon, Madame... Mignot , me reconnaissez-vous?... ua ancien ami. . . Lagardie? . . .
LA MARÉCHALE
M. le feld-maréchal comte de Lagardie.
MARION
Lagardie!. . . Pas possible ! . . . Ce Monsieur si beau , si bien doré?. . . Comme l'autre! ( Riant. ) Ah ! mon Dieu î que le monde est drôle!
MIGNOT
Commeut ce serait toi !.. . votre excelleuce I
LAGARDIE, à MigtloL
Voas m'aimez encore , vous , n'est-*l-pas vrai ?. . . Eli bien! vous avez «ne fille , confiez-moi le soin de son boaheiir , je lui donne un éponx !
LA MARÉCHALE , à part.
Il l'e'pouseraitl
, MARION
Encore un mariage !.. . Ces gens-là ne se corrigeront pas ! . . .
LAGARDIE
Je connais celui qu'elle aime. . . j'ai jmé de le protéger. ( Présentant Gaston. ) Le voici.
Un simple secre'taire !
MARION
Qu'est-ce qu'il lui f^ut donc? ( A part. ) La fille d^un cuisinier ! . . .
LAGARDIE
Mignot ! . . .
LA MARÉCHALE
C'est impossijjle.
LAGARDIE
N'êtes-vous pas le maître de votre fille?
MIGNOT
Sans doute , je commande à ma fille ; mais le roi me commande , et ma nièce commande au roi. . . ainsi, adressezvous à elle.
GASTON
Madame. . .
MARIE
IMa cousine. . .
MARION
Allons, père Mignot, allons, montrez-vous une bonne fois ! . . . Oh ! Madame , quand vous devriez me faire chasser , il faut que je parle I... ( i ) C'est être aussi par trop dure. . . Cette pauvre petite qui a eu pitié de moi ! ... C'est
(i) Madame NacquarJ, Marion , Marie.
sage , c'est honnête , ça n'a qn'un amant , et encore on ne veut pas le lui laisser! . . . { A Mignot. ) Il vous faut peutêtre un grand seigneur pour gendre?... Elle sera bien plus heureuse , et vous aussi!. . , Eh! songez au temps où > ous étiez traiteur , et nous deux blanchissenses. Nous n'avions rien... C'était là le bon temps!... Si alors on vous eut offert un homme de pluiue , un secrétaire de bonne maison , hein ? quelle joie! quel honneur!... Eh bien ! figurez-vous que vous y voilà reveau... Donnezlui votre fille , soyez le maître , ou vous n'êtes qu'un cuisinier décénéré !
MIGNOT , entraîne.
Au fait , elle a raison, la vieille Marion Delorme... Qu'estce que c'est donc que ça , ma nièce ? . . . Je me révolte à la fia !.. . C'est pour vous obliger que j'ai renoncé à Pofïlce; v^ous m'avez pendu au cou une chaine dorée. , . (A Marion qui le pousse. ) Laissez donc , j'irai bien ! ( i ) Vous^
avez presque fait de moi un gentihomme Je ne
suis plus bon à rien. . . La nature pâtit. . . je ne voîis demandais que de faire un sort à ma fille; mais s'il faut lui en faire un moi-même , je ne suis pas tout-à-fait rouillé , il se trouvera d'anciennes connaissances , des vétérans de la gourmandise, qui n'auront pas oublié mon nom et mes sauces ! LA MARÉCHALE , lui lançant un regard expressif.
Et qu'est-ce que vous ferez?
MIGNOT , intimidé.
Moi, madame la Maréchale ? je ferai... je ne ferai rien, assurément. ( A part. ) Oh! si elle me regarde en lace. . . MARION , bas.
Quoi ! vous cédez ?
LA MARÉCHALE
Silence , mon oncle. Comme premier officier du roi , c'est à vous de faire justice d'un de ses gens qui a pu s'oublier à ce point.
MIGNOT
Comment, tu veux?. . . ( Elle le regarde. ) C'est juste. Allons, mon ami, il faut s'en aller , mon garçon. . . sans rancune.
(i) Madame Nacquart, Mignot, Marion,
LA MARÉCHALE
Ce ton ! . . . Est-ce là la dignité de votre charge? MIGNOT , avec dignité.
Retirez-vous , Monsieur, et ne reparaissez jamais ici. . . ( A part. ) Diable de dignité, je l'oublie toujours ! LAÇAREIE , retenant Gaston.
Arrêtez!... (i) j'ai voulu écouter jusqu'au bout... Ainsi, Madame, votre ambition est insatiable, et vous aurc/c fait le malheur de tous ceux qui ont mis leur sort dans vos mains. Ah! Marie, vous , tendre et généreuse, quand nous commencions à nous aimer! ... Rappelez-vous ce que nous éprouvions alors, nos plaisirs purs , nos vœux modestes, nos projets de bonheur, vous les avez détruits pour nous. Etes-vous heureuse? Oh! non , j'en juge par moi, que vous avez forcé à m'élever , et qui regrette les beaux jours que ces eafans vous demandent. Cedex , laissez-vous fléchir.
MIGNOT
Madame ma nièce . . .
UN VALET, à Lagardie.
Monsieur le comte. . .
Ah! pardon, c'esl un de mes gens. . .
MARION , à part.
Encore un qui a des gens! .. . Ils en ont tous, et je n'en ai plus.