CASIMIR, LA MARÉCHALE
x: c • ^^ MARÉCHALE, ^eM/e
' bnliu , je touche au trône! ... H ne fanf n?n. »
et vouloir que j'accorde ma cousine! .ja^Jsf '^ "" ^'^ '
TJN HUISSIER, a«„o«canr.
i-«e roil ...
( Casimir revient de la chapelle, précède d^ ... Marie Mignot.
sortent par la galerie. — Deux pages restent à la porte du fond, et les gardes au dehors. )
CASIMIR
Grâce au ciel! je vais donc de'jeûner tranquille !
LA MARÉCHALE, à Vhuissier. La voiture de Sa Majesté' et la mienne , à Tinstant même.
( Vhuissier, après avoir reçu cet ordre , s'incline et sort par la galerie. )
CASIMIR
Nos voitures ! . . . et pourquoi donc , Madame ?
LA MARÉCHALE
Il faut nous rendre à Versailles Votre Majesté est
attendue dans le cabinet du roi de France , et moi chez madame de Maîntenon. Le roi vous amènera auprès d'elle; elle me pre'sentera comme votre épouse; les portes s'ouvriront, et, en présence de tous les courtisans, nous serons salués roi et reine de Pologne . . . c'est ainsi que le cérémonial a été réglé entre la marquise et moi.
CASIMIR
Le cérémonial!... je vous remercie de l'attention que vous avez de m'en prévenir.
LA MARÉCHALE
Votre Majesté ne savait-elle pas déjà , par l'ambassadeur de Suède?. . .
CASIMIR
Oui , oui. . . je ne m'étais pas trompé. . . des folies ! . . ,
LA MARÉCHALK.
Comment?
cAsiMiR.
Oh ! rien ne presse. . . excepté le déjeuner qui refroidit.
LA MARÉCHALE
AIR : Un homme pour faire un tableau.
Ah ! pouvez-vous parler ainsi !
Eh , mais ! quelle erreur est la vôtre! Je puis prétendre , Dieu merci , A déjeuner tout comme un autre ;
( 83 ) Oui , c'est un droit qu'on ne peut attaquer, El ce droit-là .. dussé-je vous surprendre,
Kst, si j'avais pu l'abdiquer ,
Le seul que je voudrais reprendre.
LA MARÉCHALE
Quoi ! il serait possible! Votre Majesté hésiterait
à remonter sur le trôae?
CASIMIR
Dq tout , je n'hésite pas ... je refuse.
LA MARéCHALE.
Vous refusez?
CASIMIR
BieD résolument.
LA MARÉCHALE , à part.
Quel égoïsme ! . .ne pas vouloir être roi ! . . .
CASIMIR, s'asseyant.
Pour calmer vos scrupules, je vous ai signé une promesse. . .
LA MARÉCHALE
Oui , Sire , vous m'avez promis .. .
D'être votre mari; mais non pas de vous faire reine.
LA MARÉCHALE , penchée sur le fauteuil du roi. Ah ! croyez-vous que mon intérêt. . . Non . . . ( D'un air caressant. ) Vous savez bien que je vous aime , que je n'aiiue que vous. . .
CASIMIR
Oui, ma chère Maréchale , je connais votre bon cœur, je me rappelle votre ancien dévouement , lorsqu'on me retenait à Vinceunes , et que vous étiez. . . Depuis , vous êtes montée, moi je suis descendu... nous voilà de niveau, restons comme nous sommes. . . Oh 1 vous ne me quitterez pas?. . .
LA MARÉCHALE , d'un ton Uès-se'iluisant,
Ponvez-vous le penser?... mais du moment (]uc nous avons été engagés l'un à Inutre , votre gloire est devenue l;i mienne, et je dois vous forcer à être grand malgré vousmême; oui, malgré vous, Sire... Ma tendresse va jusque-là. , .
( 84 ) CASIMIR
Ah! Madame, je vous en prie, ayez-en moins.
AIR efArislippe.
Non , c'en est fuit, je nie résigne , Je ne veux plus de la grandeur !
Si quelqu'autre s'en trouve digne, 11 peut y chercher le bonheur,..
Mais si je cédais. . . par malheur!
Si j'allais sous une couronne Mettre mon repos en péril , Je remonterais sur le trône , Comme l'on retourne en exil.
Et qu'est-ce que je ferais d'an gouvernement, puisque sans vous, je ne saurais pas même gouverner ma maison?
LA MARÉCHALE
N'est-ce que cela qui vous effraie ?. . . les soins, les embarras des affaires?. , . n'aurez-vous pas une amie pour les partager avec vous?
CASIMIR , se levant , et passant devant elle.
C'est ça, vous ferez la guerre aux Turcs?
LA MARÉCHALE
S'il le fallait, Sire; plus d'une reine. . .
CASIMIR
Doucement, doucement, soyez moins belliqueuse... laissons tontes ces chimères , et . . . {^ Il va pour sortir. )
LA MARÉCHALE
A merveille , Sire ! vous ne me jugez digne que de tenir votre ménage.
CASIMIR
Eh bien! oui , c'est ce que j'espe'rais. . . Et tenez , cette suite , ces huissiers , ces gardes... tous ces restes mesquins de la royauté, je pensais à m'en débarrasser pour vivre en France, à Paris, comme un riche gentilhomme, voilà tout. Ce sort bien simple , mais bien heureux , si vous le partagiez . . .
LA MARÉCHALE
Ahl quelles idées bourgeoises pour un monai-qucl. . .
CASIMIR
Mais quand ce monarque n'est plus qu'un bourgeois, . .
Dëtronipez-vous. Si vous êtes assez faible pour résister à la Providence qui vous appelle , ne comptez plas sur moi, ni comme amie , ni comme épouse. Je sors de votre palais , je vous laisse seul.
CASIMIK.
Par exemple ! a-t-on jamais vu !.. . si brusquement! . . . On donne au moins aux gens le temps de se reconnaître. LA MARÉCHALE , aj)rès un mouvement de joie.
Le roi de France vous attend , Sire ; il lui faut une réponse. Dans un quart-d'heure , votre voiture doit être sur la route de Versailles, ou je me décide. . .
CASIMIR
Madame , Madame, je n'aurais jamais cru cela de vous. Encore des tracas ! de nouvelles habitudes à me faire ! à mou âge !. . . Il faut que ma maison me donne autant de peine que mon royaume. ( Elle lui prend la main; il se dégage. ) Ah ! mes moines me disaient bien que je ne serais heureux que dans mon abbaye de Saint-Germain-dea-Prés. LA MARÉCHALE , avec douceur.
Vons, Sire, vous irez à Versailles.
CASIMIR
C'est bien... Je rentre chez moi, mon directeur m'attend. Vous aurez une re'ponse, puisqu'il le faut absolument. Là! j'avais tant d'appe'tit !. . . et c'est passé!... Maudite grandeur, tu ne m'as jamais fait que du mal!... Adieu , Madame. ( // remonte la scène^ se retourne et lui tend la main avec e'motion.) Adieu , Marie.
( Elle lui baise la main. — Casimir sort par la porte à gau' che , précède' de ses pages , et suivi des gardes. )