‹ Marie MignotChapitre 23 sur 63 · CHOEUR · texte numérisé non relu

CHOEUR

Air du Chœur de l'introduction de Léncadie. ( Auber. )

Nous répondrons à votre confiance Pour les ap])réts de ce jour solennel ; Oui , nous devons aveugle obéissance A l'intendant de ce brillant hôtel !...

MIG^OT, aux valets.

Messieurs, je n'ai pas besoin de vous répéter que vous êtes chez monsieur le maréchal de l'Hôpital, et que la fête qu'il donne ce soir doit être digne de son rang et de sa fortune ; allez... (Ils sortent à droite et à gauche.) Voyez un peu les grands airs, ça se prend tout de suite... Qui est-ce qui m'aurait dit, il y a dix ans, quand ma nièce épousa M. Nacquart...?

GASTON, entrant à gauche.

Monsieur Mignot, vous êtes seul*?

MIGNOT

Ah! Gaston, mon petit ami, venez; oi» ne peut nous surprendre... Vous avez copié...?

GASTON

Oui, le uaenu de votre dîner. Savez-vous (lue c'est une singulière occupation (jue vous me donnez?... Aussi voilà que je commence .à me connaître en cuisine.

* Gaston, Miguel.

un papier.) Oh! la belle écriture ! (Lisant.) « Pre- « mier service. » Depuis qu'ils m'ont forcé à vendre mon cabaret, voilà ma consolation... diriger les autres... donner des conseils en secret...

GASTON

C'est vrai, depuis votre entrée dans la maison du maréchal, on vous défend d'aller à la cuisine, à l'oftice... Mais le maître-d'hotel... Si l'on savait que tous ses dîners sont votre ouvrage!... que c'est vous qui gagnez les appointements qu'il touche !

.\in : Conmic il ni'niniait !

Toujours au feu , ( bis. ) Vous êtes son chef de bataille...

MIGNOT

chut !... il faut bien cacher son jeu ; Car pour lui (|ucl danger, grand Dieu!... De n'être qu'un honnne de paille Dans un état oit l'on iravaillc Toujours au feu !

Vous voyez, mon ami, le malheur de ma po- .sition ! réduit à faire de la cuisine comme un conspirateur... Quelquefois je surprends mes yeux mouillés de larmes de joie , lorsque j'entends les convives du maréchal faire l'éloge des dîners qu'ils mangent... je jouis de ma

yloire incognito... c'est égal , va ne me console pas.

GASTON

Bah! une belle place, un beau traitement ! ça ne vaut-il pas mieux que d'être cuisinier en boutique?

MIGNOT

Eh bien! non, ce n'est pas la même chose... Depuis que je suis entré dans la bouche du maréchal, je ne suis plus à mon aise comme autrefois; je deviens triste, je maigris...

GASTON

Mais si vous le re{;retteztant, votre cabaret, qui vous empêche de le rouvrir?

J'ai une fille, mon garçon, une fille dont madame Psacquart est la cousine et la marraine... elle m'a promis d'en faire son héritière, si je ne la contrariais pas dans ses idées d'élévation, et il vaut encore mieux être cuisinier malheureux que père dénaturé!

GASTON

Vous avez raison ; et puis, dites donc, mousieur Mignot, elle sera jolie , votre fille , votre petite Marie! vous allez la mettre au couvent; et dans une dizaine d'années d'ici, vous la marierez... alors, moi je suis-là. et je la retiens d'avance.

MIGNOT

Malheureux!... quelles idées!... si madame Nacquart l'entendait !...

GASTON

Hem! qu'est-ce qu'il y a déniai à cela?... Moi, petit commis du secrétaire de l'hôtel, je suis en secret votre copiste et votre confident... quand vous me donneriez mademoiselle Marie ijour honoraires!... Mais je vois, c'est parceque je n'avance pas... rassurez-vous... le prince Casimir, qui vient d'être élu roi de Pologne , monte sa maison à la française... Monsieur le maréchal, qui était son ami, lui envoie les gens qu'il lui faut... et j'en suis.

MiGNOT, vivement.

Faut-il un maitre d'hôtel?... (Se reprenant.) Aie!...

GASTON, riant.

Est-ce que vous voudriez, vous...? tiens, pourquoi pas?...

Je n'ai pas dit ça... pour moi... certainement... mais pour un de mes élèves... Adieu, monsieur Gaston... je vais méditer sur ce menu avant de l'envoyer ; ça me distraira.

{ Il s'assied à pauclie, ) GASTON , à part.

C'est un brave homme!... il vaut mieux que sn nièce !...

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