‹ Marie MignotChapitre 3 sur 63 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MIGNOT, MARIE; Garçons, portant .les ballots;

ils entrent par le fond.

Allons, allons, tous les ballots... <lu courage!

MARIE

Ah mon Dieu ! mon oncle , qu'est-ce que c'est que ça?

MIGNOT

Ca, ma nièce?... c'est ma vengeance! une satire contre ce Despréaus!... Ah! monsieur le satirique :

...Mignot, c'est tout dire, et dans le monde entier Jamais empoisonneur ne sut mieux son métier !

Me larder ainsi, moi qui fais la meilleure pâtisserie!... Ça ne peut pas se digérer!... Et le Châleiet a pu l'absoudre !

MARIE

Vous n'êtes pas encore consolé de la perte de votre procès?

MIGXOT.

Consolé!... moi qui avais envoyé des pâtés à tous les conseillers!... On dit même que le président Bellièvre s'en est donné une indigestion , et qu'il ne m'a fait condamner que parcequ'il avait ça sur le cœur... C'est affreux !... Aussi M. Nacquart, mon procureur, m'a dit : Appelez-en à Apollon! Et j'en ai appelé à Apollon... c'est-à-dire à l'abbé Cotin; il a été insulté comme moi... et le ressentiment d'un poète ou d'un cuisinier, c'est tout comme... Rien ne porte à la tête comme le feu du génie ou des fourneaux!

MARIE

Jésus, mon Dieu!... comme en voilà! c'est une édition complète !

Juste!... il n'y manque pas une page... Dame! allez chez Barbin, le libraire au Palais... demandez du Despréaux , il n'y en a plus... mais du Cotin, il y en a toujours, et ce n'est pas cher!... Comme m'a dit cet honnête Barbin : « Prenez toute l'édition , vous me « donnerez quebjues brioches , et nous serons (■quittes.» Pour moi , j ai mon plan: chaf[ue exemplaire servira d'enveloppe à un pâté, à un biscuit, même à la modeste tartelette... tout y passera!... Hein! quel débouché pour les auteurs!

Air : C'est l'hippocréne de Voltaire.

Je veux, par un si beau traite ,

Unir leur génie et le nôtre;

Et chez moi, satire et pâté Vont se vendre l'un portant l'autre.

Confondant nos talents divers, Qu'on dise des traiteurs-poëtes :

Vive Mignot pour les beaux vers !

Vive Cotin pour les galettes!

Ah ça, ma nièce, tu t'es installée chez moi, c'est très bien... mais c'est ici que je reçois tous nos grands seigneurs, ainsi fais-moi le plaisir... (Quelques garçons, sur un signe de Maiic, enlèvent les tables des blanchisseuses.) Vite une fournée de poésie et de gâteaux feuilletés.

( Us emportent les ballots, en sortant par la droite'. ) MARIE.

Il vous en faudra, des fournées comme cellelà, pour payer les honoraires de M. Nacquart !

5UGNOT.

Mon procureur !... je crois bien!... il ne se paie pas de brioches , lui !... mais dis donc, je crois qu'il en tient, M. Nacquart; tu lui as tourné la tête... c'est peut-être pour cela que j'ai perdu mon procès... j'ai eu le contre-coup de sa passion... Hein! qu'en dis-tu?... Eh! M. Nacquart est un bon parti, et pour une blanchisseuse...

MARIE

Laissez donc!... si je voulais écouter fleurette, j'aurais mieux que lui; des gens de qualité ! L'autre jour encore, le maréchal de l'Hôpital, qui m'a rencontrée chez Marion Delorme... mais je m'y fie comme à Jean de Wert; ces gros messieurs, procureurs et courtisans , ça se ressemble pour la bonne foi.

MIGNOT

Et puis, ce que tu ne me dis pas... Lagardie va revenir. Il voulait s'enrôler... il a peut-être la casaque de soldat... Mais attention , Marie: au physique il est gentil, c'est vrai; mais au moral, il n'a pas le sou.

MARIE

Je sais bien!... et c'est désolant, sur-tout pour une fille qui veut être riche... mais c'est égal; quoique simple blanchisseuse, je vous réponds qu'il n'y aura pas plus de tache sur ma réputation, que sur le linge de mes pratiques.

MIGNOT

A la bonne heure!... quoique les taches... Moi , par élat , je n'y prends pas garde... mais la vertu... (On entend le bruit d'une voiture.) Eh mais, quel est ce bruit?... un carrosse à ma porte...

C'est Marion Delorme.

MIGNOT

Un drôle d'à-propos, quand on parle de vertu.

MARIE

Est-elle heureuse!... quel luxe!... quels

' Marie, Miguot.

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