LE MARÉCHAL, :M"« NACQUART, LAGARDIE
LAGARDIE, entrant à gauche.
Enfin, madame, il m'est donc permis... Ciel! quelqu'un!...
MADAME NACQUART
Ah ! Lagardie, je suis bien aise de vous revoir!... Nous ne nous retrouvons plus si jcuni's ni «i frivoles; mais hous n'en serons pas moins bons amis, n'e.-.t-cc pas ?
LAGARnlE.
Pourrie/-voiis en douter, ma chère Marie ?... Ali! c'est à vos genoux... (Le maiLclial fait un mouvement très marqué sur son fauteuil. — A part.) Mon Dieu ! que c'est gênant un téte-à-téte à
trois !
SUDAMIÎ NACQrAP.T, se rapprochant Ju maréchal.
Que la présence d'un témoin ne vous intimide pas... c'est monsieur le maréchal de l'Hôpital, le {;uide, le protecteur d'une veuve encore bien jeune et sans expérience... c'est, j'ose le dire, un ami véritable.
LE MARÉCHAL
Dites plutôt, madame, le meilleur de tous les vôtres.
LAGAItDIE.
S'il est ainsi, monsieur, je me rassure... vous ne pouvez vouloir que son bonheur, et je suis seul capable de le faire.
LE MARÉCHAL, à part.
Comme c'est flatteur pour moi!
MADAME >'ACQUART, revenant à Lagardie.
Eh quoi! mon ami, vous n'aviez donc point oublié nos anciens projets?
LE MAKÉCHAL , à part.
C'est qu'elle l'encourage encore !
LAGARDIE
Pouvez-vous me faire une telle demande !... mon sort n'est-il pas attaché au vôtre?... croyezvous que dix ans de séparation aient pu me faire changer?...
MADAME NACQCART, jetant un coup -d'oeil sur hmaréchal.
Dame! il y a des hommes qui changent en vingt-quatre heures.
LAGARDIE
C'est qu'ils n'aiment pas... qu'ils n'ont jamai.s aiiiié... Pour moi, vous allez me connaître... Lorsque je vous vis à un autre... oh! je l'avoue, j'essayai d'abord de vous haïr... j'évitai de vous voir; c'était le seul moyen ... il fut inutile... Alors, j'allai retrouver mon oncle, j'étudiai sous ses yeux... et maintenant qu'il m'a laissé toute sa fortune, que quelques talents autorisent peut-être mon ambition, je reviens à vous... dites un mot, un seul!... et demain j'échange mon héritage contre une charge au Parlement de Paris.
MADAME SACQ13ART, avec une émotion véritable.
Cher Lagardie!... tant de sacrifices!... un tel dévouement!... je n'y résiste plus!... (Le maréchal, qui tient un livre ouvert, le ferme et le jette sur la table.) Ah! le maréchal!... (Se reprenant.) C'est bien , Lagardie, le sort que v(uis me proposez me flatte infiniment...
Vous l'acceptez?
MADAME SACQUART, toujours occupée du maréchal.
Pourquoi non? J'ai eu un moment d'autres idées, j'en conviens. Oui; une charge de robe, ce n'est pas mal sans doute... mais je n'aime
plus autant cette profession-là, sur-tout depuis
que j'ai eu un mari qui en était. . j'aimerais
mieux une charge où il y eût un peu de gloire.
LAGARDIE, à part.
Encore de l'ambition !
MADAME INACQUART.
L'épée aurait des attraits pour moi... non pour le rang qu'elle peut faire conquérir, et pourtant... (élevant la voix.) nous avons l'exemple de Fabert que le roi a fait maréchal.
LAGARDIE
Ah! Marie, que n'ai-je connu plutôt vos vœux! mais non, ces goûts étaient les miens, vous ne les approuviez pas... je vous les sacrifiais... oui, je pensais encore à vous plaire quand vous m'abandonniez. Ah! si vous me l'eussiez permis alors, je me serais engagé, j'aurais suivi le roi sur la frontière, en Flandre, et j'aurais trouvé sur les champs de bataille, ou la mort, ou un peu de gloire.
Air : J'en jfuette un petit de mon âge.
Comme Fabert, ue })uis-je pas, madame.
Etre officier, maréchal, grand seigneur?
MADAME ^Af.QUART.
Mais je perdrais tous mes droits sur voire auie ; Un ordre... uu mot... l'espoir de la f.ivetu...
LAG.VRDIE.
Ah ! (picl que soit le grade où l'on me nonirue, .le remplirai tous mes serments.
MADAME >ACQrAKT.
C'est là (le que de vous j'attendais... el voilà ' Se rapprochant du maréchal. )
Ce aiie doit dire un gentilhomme.
L E MARÉCHAL
Ciel !
LAGARDIE
Et voil.à dix ans que j'ai perdus!... Encore si la France était en guerre à présent!
LE MARÉCHAL, se levant, à part.
Alî! c'est trop fort! Il faudra que le roi fasse une guerre pour qu'il soit maréchal !
LAGARDIE
Mais enfin j'ai des protecti(jns, du moins j'en aurai loin de mon pays... j'y porterai ma fortune.
MADAME NACQUART
Comment , pour l'amour de moi?...
LE MARÉCHAL, prenant le milieu de la scène.
Désolé, mon cher monsieur, mais madame a la bonté de présider à une fête que je donne, et tous ses instants sont comptés.
Pardon , monsieur le maréchal, je me retire. (11 remonte la scène et revient. — Bas à madame Narquart.) Je reviens bientôt. (Haut. ) Monsieur, je vous en supplie, protégez-moi dans son esprit, vous le pouvez, puisqu'elle vous regarde comme son père.
l'ilhuise la niLiin ii m:id;in:e N;ict|uarl.)
IV ÉPOQUE, SCÈNE Vlll,