SCENE I
MARIE, ensuite GASTON.
Au lever du rideau, Marie est occupée à éplucher des
fraises dans une corbeille élégante.
GASTON , au fond , aux gardes.
Eh bien! allez-vous m'enipêeher d'entrer,
inoi, un des secrétaires de sa majesté !
MARIE, se levant.
Ah! c'est monsieur Gaston !
GASTON , entrant.
Ah! mademoiselle Marie, c'est vous... quel bonheur!
>LARIE , lui montrant l'hnissier.
Chut! de la prudence!
GASTO>".
C'est juste. Quand je pense qu'il y a trois jours qtieje ne vous ai seulement entrevue!... l'di ! mais , à quoi vous ocoupez-vous tîonc là ?
MARIE
Allons , monsieur, aidez-moi.
GASTON
Comment, mademoiselie , c'est poiu' cela
que vous me faites venir... pour éplucher des fraises!... cela me rappelle le temps où votre père me faisait copier ses notes de cuisine.
MARIE, se levant.
Ingrat! vous ne voyez pas que c'est pour vous ce que j'en fais.
GASTON
Je ne comprends pas.
MARIE
Voilà ce que c'est : depuis que le roi Casimir a quitté la Pologne, où mon père était entré à son service...
GASTON
Lorsque j'y entrai moi-même, il y a dix ans, après le mariage de votre cousine , madame la maréchale.
Oui, depuis que le roi a quitlé la Pologne, et s'est réfugié à Paris, vous savez que sa majesté Louis XIV lui a donné l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés...
GASTON
Otii , de monarque à moiiar(|ue, on se fait
de petits présents... abbayes, châteaux, villes, provinces , avec les dépendances , bétes et gens, tout compris.
MABIE.
Le nouveau propriétaire de Saint-Gorniaindes-Prés n'a rien voulu oter aux anciens habitants... seulement, il s'est choisi un petit coin de terre pour le cultiver lui-même.
GASTON
11 est si bon , si simple dans ses goûts !
MAIIIE.
Ce n'est que par lui que nous pouvons être heureux... je cherche à lui plaire... Aussi, quand je puis l'approcher , je lui demande des nouvelles de ce qu'il aime le mieux, de son petit jardin, qu'il cultive avec tant de soins!... et ce matin, il m'a fait appeler : «.Tiens, «petite...» m'a-t-il dit, «es-tu contente? u voilà de mes fraises. ■ Je l'ai remercié de son cadeau... J'ai consulté mon père pour les assaisonner, et je veux qu'on les serve , ce matin, au roi... Il sera flatté, très flatté... et l'on a beau avoir abdiqué, voyez-vous, ça fait toujours bien... et s'il voulait nous protéger...
GASTON
Vous croyez, mademoiselle Marie, que nous jiourrions obtenir ...? Oh ! non, tenez, je n'espère plus rien depuis que votre cousine s'est impatronisée ici; je crois qu'elle a fait un pacte avec le diable!... Avec ça qu'à présent elle est prude, et même elle fait la... (Il lui parle bas.) Parole d'honneur !... On dit que c'est pour ressembler en tout à madame de Maintenon! mahie.
Vous la croyez capable...
GASTON
Je la crois capable de tout!... Une femme qui vous retient dans les salons où je ne puis entrer, doit avoir tous les défauts.
MARIE
Allons, ne vous emportez pas.
GASTON
Si vous me laissiez baiser votre jolie main?
MARIE
Eh bien ! monsieur...
GASTON
Un seul!
MARIE
Air de la Fiancée.
Cessez votre prière ; .Sur ma ruaiu un baiser !
C'est par trop téméraire !
Je dois vous refuser.
Finissez; cette audare, Monsieur, me fâchera...
Quand j'avais quinze ans, passe !
Il m'en souvient déjà,
En ce lemps-là C éiaii toujours comm" ça.
Ne venez pas sans ces.sc , Maintenant, demander
Ce qu'liélas ! la sagesse Me défend d'accorder ; .Sitôt qu'un nœud prospère Enfin nous unira , A ce refus sévère Rien ne me forcera.
(Gaston lui baise la main.) Mais qu'en c' lemps-I.i Ce soit toujours comm' ça.