‹ Marie MignotChapitre 47 sur 63 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LAGARDIE, CASIMIR, MIGNOT, Officiers, Huissiers, Pages et Gardes.

( Ils arrivent par la (galerie. — Au moment de l'entrée du

roi , l'orchestre joue l'air du Muletier, en sourdine.

Marie, qui va pour sortir au moment où le roi entre, le salue.)

CASIMIR

Ah ! ma petite amie ; bonjour. (Il lui présente sa main ; Marie la baise , et sort. ) C est Sans doute monsieur le feld-maréchal ?...

Oui, sire, je vous demande une audience au nom de mon souverain; mais j'attendrai le loisir de votre majesté.

CASIMIR

Ma majesté n'a pas grand' chose à faire; d'ailleurs, ne jamais faire attendre, c'est l.i politesse des rois, sur-tout quand ils ne le sont plus... Ah! Mignot... messieurs...

(Il remonte et fait signe à sa suite de rester dans le fond.) LAGARDIE, riant , à part.

Dieu me pardonne !... le vieux traiteur a un habit brodé! c'est plaisant!... (Se reprenant.) Ah ! je ne pensais plus au mien !

CASIMIR

Qu'on retarde le déjeuner d'une demi-heure '

MIGNOT

Ah ! mon bon maître, si vous saviez comme on fait du to;t à un cuisinier quand on dérange ses heures !

CASIMIR , avec bonté.

Bien! bien! nous raisonnerons de ça entre nous.

LAGARDIE, à part.

Toujours le même.

CASIMIR, h Lagardic.

Air de Colalto.

De mes gens , peut-être , avec moi , Le lou faaiilier vous étonne...

Que voulez-vous?... Je ne suis plus ce roi Arbitre des faveurs, des biens d'une couronne. A mon trésor ne pouvant envoyer Les serviteurs fidèles à leur maître ,

Kn a(ni je dois reconnaître Les soins qu'en roi je ne puis plus payer.

(Mignot s'éloigne. ) A nous deux , maintenant , monsieur le comte!... Je suis charmé de vous voir; votre nom m'est connu et votre courage aussi. Nous savons quels services vous avez rendus à la Suède contre les Moscovites, nos ennemis communs; et votre fortune rapide ne vous ho-

nore pas moins que le roi qui a su vous apprécier.

LAGAP.DIE.

Ah ! sire...

CASIMIR

Oui, monsieur, oui...

Air : Ce luth gulant, etc.

Heureux le roi qui donne sa faveur Au vrai mérite, au courage, à l'honneur ! Aux cœurs de ses sujets il fait chérir sa gloire : Quand le teni[)s aura fui.

Quand JHp,era l'histoire.

Les choix qu'il a su faire, escortant sa mémoire, Iront plaider pour lui.

Eh ! mais, c'est sintJiiiicr , plus je vous re- {yarde... Vous n'êtes jamais venu en Pologne?

Jamais, sire.

CASIMIR

Voyez pourtant, vos traits réveillent en moi un souvenir confus... Au miheu d'une fête!... d'une noce... je me rappelle... non, je ne me rappelle rien... Ah! sur mon trône, j'ai eu tant de secousses, que je n'ai phis guère la tête à moi!

F.AGAUDIE.

Ce n'est pas l'opinion de l'Europe, sire.

CASIMIR

L'Europe est trop honne, et vous aussi.

LAGARDIE

La mission dont je suis chargé prouve assez l'estime qu'elle fait de vos lumières... Votre majesté n'ignore pas que son successeur au trône de Pologne...

CASIMIR

Oui, le pauvre INIichel 1... il est mort après .s'être fait battre par les Turcs... J'ai quitté à temps; ça aurait bien pu m'arriver.

LAGARDIE

Vos dix ans do réf;ne ont prouvé le contraire... aussi le roi de Suède, mon maître, d'accord avec le cabinet de Versailles, s'est assuré de l'élection , et vous invite par ma voix a remonter sur le trône.

CASIMIR

Le trône !... Que signilie cette plaisanterie, monsieur? êtes-vous venu ici pour vous jouer de moi?

LAGARDIE

Ah! sire, pouvez-vous supposer...? Ces lettres de créance...

CASIMIR

Quoi! ce serait sérieusement!... ( Il jette un i:oup-d'œil sur les lettres. ) Oui, ma foi! rien n'égale ma surprise ! Il y a donc disette d'ambitieux, pour qu'on ait pensé à moi!... On m'avait assuré que Jean Sobicski se mettait sur les rangs; excellent choix pour cette pauvre Pologne que j'aimerai toujours... mais de loin!... 11 lui faut un héros; et sous ce rapport, Sobleski est bien mieux son fait que

teî^

iTioi; avec les meilleures intentions du monde, je ne suis pas un grand homme, c'est connu : j'ai fait mes preuves.

LAGARDIE

Ce que j'entends a droit de m'ctonner à mon tour!... Puis-je m'expliquer avec franchise?

CASIMIR

Oui... oui., nous sommes convenus que je n'étais plus roi.

LAGADDIE.

Eh bien ! sire, il me semble que mon message ne devrait pas être imprévu pour vous... Les lettres conHdentielles de madame de Maintenon , ce qu'elle m'a dit hier elle-même dans une audience secrète...

CASIMIR

Plaît-il ?

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