SCENE III
MARIE, MÂRION, MIGNOT.
MARION , entrant par le fond, et riant aux éclats. Ah! ah! ah! bonjour, la belle Marie! bonjour, père Mif^not! ah! ah! ah!
ÎIIGXOT.
Ah ça, mais, est-ce de moi que rit madame?
MARIOK.
Non, pas cette fois-ci... Ah! ah! je venais... demander à votre nièce...
MARIE
La robe de bal? je viens de l'envoyer chez madame.
MARIO>'
A la bonne heure... car les plaisirs se succèdent.. Mon Dieu, que la vie est gaie!
MARIE
Pour vous, madame, à qui tout rit.
MARION
Et qui ris de tout... même de m'entendre appeler madame... Moi qui ai débuté, il y a long-temps de ça... par être la pauvre Marion Delorme, comme tu es la pauvre Marie Mignot; une grisette absolument comme toi.
MARIE, à part.
Insolente!
MARIO"
J'allais porter les robes de mes pratiques à pied... et maintenant je porte les miennes en voiture.
MARIE
Dame !... c'est que vous avez toujours eu du goût pour aller vite. (A part.) Attrape.
MARION
C'est le reproche de mademoiselle de Scudéry, que je viens de rencontrer. J'en ris encore.
Air du Verre.
Elle prétend que les amours Craignent le bruit et le scandale ; Comme Clélic elle fait des discours Pleins de fadeurs et de morale.
Puis elle vante son honneur, .Sa vertu !... J'y crois, et pour cause... Ne faut-il pas quQ sa laideur Lui serve au moins .'i quelque chose?
MARIE
J'espère qu'il n'y a pas que les laides qui puissent répondre...
MARIOX.
Ah! tu dis ça pour toi: tu es prude aussi. Qu'est-ce que ça prouve? que tu n'as jamais été tentée. Vois-tu , comme disait un jour Mazarin à la régente, qui prenait son éventail en entendant prononcer mon nom : — ^Est-ce que madame répondrait tcu/.ours d'elle-même?
— Quelle demande! — Ma si on offrait à madame onn million? — Quelle horreur! — Oun million de pistoles? — Finirez-vous! — Ouna centaine de millions?
MARIE
Ah! dame, vous en direz tant...
MARIO'
Allons donc... voilà des Marion Delorme toutes trouvées.
MIGNOT
Le fait est que c'est une jolie somme.
MARIE, à part.
Dieu!... est-ce que j'aurais aussi mauvais ton, si j'avais voiture? Je voudrais bien voir...
MARION
Oh! moi, je n'en rougis pas... Je serais fière de donner mon nom à la galanterie, comme Corneille au génie tragique.
MIGNOT
Et moi aux sauces.
MARION
Mon existence est si heureuse, si animée! c'est une ivresse perpétuelle. A mon lever se presse et bourdonne à ma toilette un essaim de jeunes seigneurs. Quelle sera la partie du jour? Où dinera-t-on? Graves questions que je déciilc sans appel. Le soir, j'occupe la plus belle loge à l'hôtel de Bourgogne. Ma parure fait le désespoir des duchesses. A minuit, un tapis vert. Un brillant Lansquenet. Des pyramides d'or qui s'élèvent et disparaissent. Moi , ca m'amuse... j'aime les caprices de la fortune; c'est tout simple, n'en suis-je pas un?
MARIE, à part.
Dieu ! son bonheur donne des idées.
MARION
Et les amants qu'on pren J, (ju'on laisse , qu'on désole... Ah! c'est drôle.
JIARIE.
Pourtant, quand on aime quclqu'iui , il me semble que la fidélité...
MARION
La fidélitf'? je ne l'ai connue (ju'une fois, dans un atitre temps... Pauvre Cinq-HIars !... Mais aujourd'hui...
Air du Charlatanisme.
La fidélité !... c'est mon lot !...
Je l'estime fort et pour causes ; Mais non pas en détail; il faut En grand concevoir bien des choses ;
L'ii aiuant a-t-il votre foi?
Qu'à son cœur le voire réponde ; Soyez-Ini fiiléle... Pour moi J'aime tout le monde, et je doi Être fidèle à tout le monde.